Et si, plutôt que d'attendre bêtement une fortune familiale qui n'arrivera jamais au vu du nombre important de plausibles héritiers devant lui, Becket prenait les choses en main en élaguant lui-même son arbre généalogique afin de se placer plus vite dans une situation bien plus favorable à cette succession tant convoitée ?
Fils d'une mère répudiée par cette famille richissime pour la seule faute d'être tombée trop jeune enceinte de lui, Becket n'aura en effet jamais connu les avantages de la vie aisée à laquelle il était promis, s'y raccrochant par cette seule chimère d'héritage que sa mère lui évoquait lors de sa jeunesse vécue dans des conditions précaires.
Bousculé à nouveau dans sa vie adulte par une nouvelle déconvenue professionnelle et la réapparition de son amour d'enfance (elle aussi issue de hautes sphères) qui lui chuchote de façon badine cette solution extrême à tous ses problèmes, le malheureux prend ainsi la décision d'éliminer les membres de son clan lui barrant encore la route vers la fortune.
Vu à quel point on avait adoré "Emily The Criminal", premier film de John Patton Ford offrant à Aubrey Plaza un de ses rôles les plus géniaux, il n'est pas peu dire que l'on était curieux de découvrir "L'Ultime Héritier", une relecture libre du "Noblesse Oblige" de Robert Gamer, transformé en pitch moderne de comédie noire aussi redoutable qu'alléchant...
Bon, ne tournons pas autour du magot, il est vrai que le résultat s'avère ici bien plus anecdotique que son précédent fait d'armes mais il n'en demeure pas moins éminemment sympathique.
Notamment par sa première partie qui voit son protagoniste, à quelques heures de son exécution, déballer toute sa vie à l'aumônier de la prison, en commençant par sa genèse de destinée dorée brisée en plein vol et principale motivation de sa carrière de meurtrier improvisé une fois adulte. Porté par un ton léger tout autant maîtrisé que communicatif pour retracer le parcours d'un homme ayant loupé l'ascenseur social que sa mère lui a laissé miroiter comme seule lueur d'espoir à une meilleure vie, "L'Ultime Héritier" séduit vraiment par l'énergie enthousiasmante de sa mise en place qui nous conduit à l'engrenage des premiers crimes opportunistes (très amusants) de son héros vis-à-vis des victimes pour lesquelles il est bien difficile d'avoir la moindre empathie tant elles transpirent la superficialité par tous les pores (on n'ira pas jusqu'à dire qu'elles ont bien mérité leur sort mais bon...).
Seulement, en mettant en cours de route Becket dans une position beaucoup plus épanouie qu'auparavant ( à la fois d'un point de vue professionnel et amoureux) en vue de le faire s'interroger sur la pertinence de son obsession pour cet héritage, le récit prend un virage moral malheureusement plus convenu et choisit de l'incarner dans une donne romantique (Becket est pris en étau entre l'influence de son amour d'enfance vénéneux et celle bienfaitrice d'une âme sœur en devenir) qui se met même à supplanter l'engrenage meurtrier devenu toile de fond de l'ensemble. En soi, cette bifurcation sentimentale n'est pas désagréable à suivre (d'autant plus que ses extrêmes sont superbement campées par Margaret Qualley et Jessica Henwick) mais, pendant un bon moment, elle fait perdre ce qui faisait la réelle force de percussion de "L'Ultime Héritier" pour le diriger vers quelque chose de plus attendu, comme peut par exemple le traduire l'implication peu originale du personnage de Qualley au sein de toute cette affaire.
Dommage car la tournure très corrosive du dernier acte vient nous rappeler à quel point le film aurait pu être une comédie noire bien plus atypique via la cartouche plutôt originale et cynique à souhait qu'il dégaine en guise de conclusion. Mais, en l'état, même si l'héritage laissé dans les mémoires par ce "How to Make a Killing" en . sera plus maigre que prévu, il n'en demeure pas moins un divertissement de très bonne tenue, soutenu par son excellent trio d'acteurs principaux et ses seconds rôles.