Lorsqu'Universal Pictures a proposé à Raoul Peck les droits exclusifs de l'œuvre entière de George Orwell, une question clé a émergé : Pourquoi Orwell ? Pourquoi maintenant ? : "Aujourd’hui, nous avons la réponse. Il a tout vu. Tout analysé. Tout prédit. Il est presque ironique de constater à quel point, dans un monde déjà bouleversé, chacun cherche désormais à se réclamer de lui. À l’époque, j’avais interrogé deux de mes amis écrivains – parmi les plus respectés et reconnus – sur Orwell. Leur réaction mêlait enthousiasme et agacement contenu. Je ne m’y attendais pas. Cela n’a fait qu’aiguiser ma curiosité."
"Des exaltés à l’extrême gauche. Des voix en colère à l’extrême droite. Et tant d’autres, entre les deux. Il est salué comme un prophète de l’apocalypse. Accusé d’avoir trahi les idéaux socialistes. Diabolisé comme un colonisateur. Instrumentalisé par des néo- conservateurs en quête de légitimité. Vénéré comme un messie par ceux qui recherchent une foi aveugle. Et pourtant, il demeure singulier, à la fois intransigeant et indomptable. Un visionnaire. Un anarchiste sous couverture. Un journaliste lucide au cœur tendre. Un romancier qui révèle le monde tel qu’il est", confie le metteur en scène.
Donner vie à George Orwell n’était pas une mince affaire pour l’équipe du film. La voix de l’icône littéraire est interprétée par l’acteur britannique Damian Lewis, célèbre acteur vu dans des séries comme Homeland et Billions.
Ce projet résulte de la collaboration inédite entre le réalisateur Raoul Peck et le prolifique producteur Alex Gibney, tous deux reconnus pour leurs démarches incisives et engagées. "Raoul Peck a fondé Velvet Film avec l’ambition affichée de produire des œuvres qui interrogent les récits dominants de l’histoire et de la culture", ce qui se marie parfaitement avec la vision dont Gibney fait preuve dans son travail documentaire. Ensemble, ils apportent un nouvel éclairage sur les questions de colonialisme et d’injustices sociales.
Orwell est devenu un adjectif extrêmement évocateur – « orwellien » – pour désigner les mécanismes autoritaires et les mutations de notre monde contemporain : surveillance, censure, corruption politique, fausses informations, luttes des classes, séductions du pouvoir, double pensée, algorithmes, drones, guerres permanentes, distraction érigée en forme ostensible de répression moderne. Raoul Peck explique :
"Ses formules littéraires et ses idées sont partout, reprises telles quelles ou sous de nouvelles déclinaisons : « Big Brother », « Police de la pensée », « Deux minutes de la haine », « trou de mémoire », « novlangue », « double pensée », « non-personne », ou encore « crime par la pensée ». Il est désormais partout autour de nous."
"En ces temps d’incertitude, près d’un siècle plus tard, le moment est venu de confronter le mythe à la réalité, à la lumière d’un péril aussi manifeste qu’imminent – un monde où 2 + 2 égalent définitivement 5."