Chroniques de Téhéran
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Helene Tourbine
Helene Tourbine

25 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 janvier 2026
Ce serait bien de voir un mauvais film iranien de temps en temps, mais depuis le surgissement sur la scène internationale d’Abbas Kiarostami et de Mohsen Makhmalbaf, vers 1987, ça ne m’est jamais arrivé. A force, ça rend difficile l’exercice de critique sans redondance de superlatifs.
Mais trêve de plaisanterie, il y a quelque chose de doublement bouleversant dans ce film au titre aussi banal que son récit est percutant et son dispositif formel implacable : un simple contre champ. Nous (spectateur·trice·s) sommes à la place d’une autorité publique (service de l’état civil, directrice d’une école, comité de censure…) ; face à nous : un homme qui vient déclarer la naissance de son enfant, une écolière soupçonnée d’avoir été vue avec un jeune homme, un cinéaste qui tente d’obtenir des autorisations de tournage, une femme dont le chien a été emmené par la police… Dans ces neuf séquences, nous incarnons toute l’injustice, l’absurdité, le cynisme, l’incohérence du discours opposé à ces citoyen·ne·s plongés dans le règne de l’arbitraire et de la violence symbolique pour de banales situations quotidiennes. Et le film nous mène à nous interroger : quel serait mon degré d’acceptation, de complaisance, de zèle, à faire appliquer ces ordres absurdes ?
Comment un film si critique du régime et de l’intrusion de la religion dans les moindres recoins de la vie privée (la voiture n’est pas un espace privé, votre logement non plus car on peut vous voir de l’extérieur) peut-il être produit en ce moment ? Cela suscite admiration mais aussi inquiétude pour les réalisateurs - déjà co-auteurs de Juste une nuit, sorti en France l’an dernier - quand on connait l’acharnement dont l’immense Jafar Panahi, Mohammad Rasoulof et Mostafa Al-Ahmad, entre autres artistes, ont fait l’objet ces dernières années pour leur militantisme « antirévolutionnaire » (comprendre : leur opposition au régime ultraconservateur qui réprime violemment tous les mouvements sociaux).
Tourné en quelques jours (et sans doute sans autorisation), conclut par une scène… détonante, Chroniques s’inscrit dans cette histoire du cinéma iranien où la forme sert le fonds, l’un et l’autre puissants, décidément unique dans le paysage cinématographique contemporain.
Charles-Maxime
Charles-Maxime

62 abonnés 58 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 janvier 2026
Neuf visages, une caméra fixe, une voix off expression de la brutalité, la cruauté et l’absurdité de ce régime. C’est tout, mais suffisant pour ressentir à travers ces neuf instants de vie les humiliations quotidiennes qui touchent tous les iraniens, partout, tout le temps. Œuvre essentielle.
Lynebonnaud
Lynebonnaud

2 abonnés 131 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 26 novembre 2025
CHRONIQUES DE TEHERAN

L’affiche du film avec ses neufs carrés aux 9 visages, sont autant d’histoires de vie des Iraniens, confrontés aux affres de l’administration de leur pays.
Un homme vient déclarer la naissance de son fils, qu’il souhaite nommer David. Une jeune femme conteste une contravention pour n’avoir pas couvert ses cheveux, qu’elle a rasé. Un réalisateur demande une autorisation de tournage, et se voit effeuiller l’intégralité de son histoire pour pouvoir tourner un film qui n’existe plus. Une femme cherche à retrouver son chien, mais doit partir avec celui d’un autre. etc…

Neuf saynètes qui nous font pénétrer dans l’univers absurde et contemporain de l’une des plus anciennes civilisations. Neuf visages de la vie quotidienne à Téhéran pour raconter l’absence de perspectives dans les choses de la vie, telle une métaphore de la société iranienne sous la charia.

Le dispositif de mise en scène adopté par les réalisateurs est minimaliste, neuf scènes en plan fixe.
C’est ce dispositif, qui fait le lien entre tous les personnages, et nous raconte une société iranienne en pleine déliquescence. L’administration n’est pas ici au service des administrés, mais corrompue, avec des normes saugrenues érigées en règles de vie.

La caméra ne quitte jamais le demandeur, celui qui vient chercher quelque chose et doit se mettre à nu pour espérer une issue favorable.
De celui en face, on ne verra jamais les traits du visage exception faite de l’avant dernier plan du film, seule sa voix est présente à l’écran. Diffus, il n’a pas de chair sous nos yeux. Nous l'entendons restreindre les espoirs avec des ordres absurdes et incohérents. Invisible, il abuse d’une supériorité et d’un mépris de classe constant face à une personne qui tente de vivre dans le cadre bordé du champ de la scène qui se déroule, métaphore de la vie à Téhéran qui se fond dans celle de l’écran de cinéma.

C’est aussi là toute l’ingéniosité du processus cinématographique et la malice dont font preuve les réalisateurs de ces Chroniques de Téhéran.
L’oppresseur est enfermé hors-champs par une caméra qui lui refuse l’accès à l’image. Il n’a pas de corps, ni de regard pour nous renvoyer sa part d’humanité. Dans l’avant dernier plan du film les cinéastes nous donnent à voir les traits de son visage et la représentation qu'ils en font est poignante dans la mise en abîme d'un système à bout de souffle, en fin de vie. Nous spectateurs, nous nous la prenons en pleine figure.

Quant au 1er et au dernier plan sur la ville de Téhéran, ils se font échos. La boucle est bouclée non sans humours et poésie.
C’est percutant et sublime à la fois.

Chroniques de Téhéran (Iran – 1h17) de Ali Asgari, Alireza Khatami avec Bahman Ark, Arghavan Shabani, Servin Zabetiyan...
Florence E.
Florence E.

9 abonnés 110 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 juillet 2025
Des tranches de vie à Téhéran : des face à face avec calme et rigidité souvent, toutes sortes de profils … très touchant…
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 1 avril 2025
Après une ouverture singulière sur cette ville, les Chroniques de Téhéran propose une multitude de sketch pour décrier tout ce qui ne tourne pas rond et qui est complètement honteux dans ce pays des interdits.

Entre conservation absurde et réglementation culturelle étouffante, chacun caché ses secrets dans ce pays censuré.
Des lois ridicules qui se contredisent, des critères déplorables concernant la féminité ou même la masculinité.
En passant par le harcèlement morale et sexuelle lors d'un simple entretien, ou le fait d'être toujours coupable dans ce pays.
Inconfortable au possible, un quotidien remplis d'interrogatoires manquant de respect à ses habitants, en les mettant à nu.
Ce pays, où la foi semble plus importante pour trouver un travail que nos capacités pour celui-ci.
Celui, où il est interdit de se promener et de posséder un compagnon, pourtant décrit partout ailleurs dans le monde comme le meilleur ami de l'Homme.

Autant de situations alarmantes et choquantes en 2024 est tout simplement honteux.
C'est simple, efficace et profondément marquant.
anonyme
Un visiteur
3,0
Publiée le 3 février 2025
Dès le départ, quand j’ai lu dans le premier segment, « David », je me suis posé spontanément la question suivante : « Tiens, David est un prénom employé en Iran ? » spoiler: Mauvaise langue que je suis, le LFI pourrait me taxer d’islamophobe !
Ben non, je fus rapidement rassuré : mon interrogation était légitime ! « David » n’est pas un prénom autorisé par le pouvoir des Mollah. spoiler: Le père face caméra est invité par l’agent administratif hors champ à revoir sa position.


Ce premier plan fixe captivant teinté d’un humour grinçant donne déjà le ton du film et surtout de son dispositif artistique.
Une promesse tenue dans le second segment avec « Selena », petite fille entre 7 et 10 ans (je vois large !) ; elle danse face caméra avec aisance, porte des écouteurs et un sweat Mickey dans un magasin d’habillement. Là aussi, je suis étonné : Mickey, figure iconique de l’Amérique considérée comme Satan, est autorisé à s’afficher en Iran !? Pendant que sa danse ravit mes yeux, sa maman prépare la rentrée scolaire et demande conseil à la vendeuse. spoiler: Et petit à petit, la petite fille abandonne la danse pour revêtir des vêtements qui entravent sa danse
et par la même sa liberté de mouvement dans le futur.
Humour malaisant.

Bref, les plans suivants dévoileront une photographie sans concession de cette société iranienne. Un fonctionnement qui ne nous est pas vraiment étranger dans la mesure où nombre de films iraniens nous parviennent. Et force est d’avouer que tous ces films sont intéressants comme ces «Chroniques de Téhéran ».
Toutefois, je reconnais que la démarche artistique s’essouffle un peu vers la fin. On sourit jaune devant tant d’interdit, tant d’absurdité, tant d’hypocrisie.
La figure de Mickey n’est plus tolérée pour les adultes, la séquence de Farbod, le jeune tatoué m’a rassuré !
Enfin j’ai l’impression que le réalisateur Ali Asgari n’a pas connu la même mésaventure que spoiler: son personnage Ali lequel voit peu à peu son scénario censuré…
Pierrro
Pierrro

2 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 janvier 2025
Magnifique série d’entretiens qui nous font comprendre l’absurdité du quotidien en Iran. Plans fixes, cadrages, couleurs, et cette fin, tout est beau.
Thibaud Il Capitano
Thibaud Il Capitano

11 abonnés 224 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 20 janvier 2025
9 courtes scènes de la vie quotidienne à téhéran, où des individus affrontent les absurdités et difficultés de l'administration et des moeurs de la société islamique iranienne, en bref font face au régime actuel (le choix des plans fixes et des interlocuteurs invisibles renforcent d'ailleurs cette oppression)
certaines prêtent à sourire, d'autres beaucoup mais alors beaucoup moins... le film est court (à peine plus d'une heure) mais on en ressort amer et un peu lessivé...
à noter que les scènes d'introduction et de conclusion rappellent les versets coraniques cités dans le film et dans le titre original (pour ceux à qui ça avait échappé)
christophe D10
christophe D10

33 abonnés 975 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 18 janvier 2025
Le fond est intéressant, mais je n’ai pas du tout adhéré a la forme vraiment très particulière de la mise en scène.
On a droit à 9 histoires différentes avec une manière de filmer très spéciale où à chaque fois quasiment un seul personnage est visible, ce qui rend le visionnage du film assez vite pénible et ennuyeux…
Raphaël G
Raphaël G

40 abonnés 37 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 9 décembre 2024
Que ce cinéma iranien est puissant, d'autant plus ici avec une mise en scène minimaliste quasi documentaire. Durant ces neuf scénettes, on est abasourdi par la vie quotidienne marquée par une violence constante appuyé par des rapports de domination et un dogme éminemment puissant. Un procédé filmique simple mais redoutablement efficace nous fais ressentir une autorité invisible, sonore et omniprésente.
elriad

517 abonnés 2 024 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 26 juillet 2024
Passé le parti-pris de galerie de portraits en plan fixe avec des dialogues hors-champs, le réalisateur dont la volonté est de mettre en valeur toute l'absurdité du régime autoritaire d'Iran, touche les limites de ses choix artistiques en tournant un peu en rond. Certains modules fonctionnent à merveille et font mouche comme cette petite fille moderne dans un magasin de vêtements glacent le sang. On comprend que le film soit court par sa structure redondante.
FaRem

10 571 abonnés 11 451 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 juillet 2024
Après avoir réalisé de nombreux courts-métrages en solo ainsi qu'un long-métrage chacun, Ali Asgari et Alireza Khatami s'associent pour mettre en scène des gens ordinaires confrontés à des personnes avec un certain pouvoir de différents milieux. Neuf vignettes qui font un constat absolument terrible d'une gestion liberticide et totalement intrusive. Interdiction de donner un prénom occidental, de s'habiller comme ils veulent, de faire ce qu'ils veulent avec qui ils veulent, etc. Il y a des donneurs de leçons, des procédures administratives qui se transforment en interrogatoire, du harcèlement moral, de l'abus de pouvoir, etc. On ne voit jamais les interlocuteurs, mais on sent leur pouvoir et surtout leur emprise sur la personne qu'ils ont en face d'eux. Certains sont des employés de l'état, mais pas tous, ce qui rend leur façon de faire encore plus perturbante. Une satire simple et efficace qui est à la fois amusante et dérangeante. En tout cas, une œuvre qui a tout d'une plongée en enfer...
Mister Cv
Mister Cv

7 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 mai 2024
Une plongée fascinante dans le quotidien absurde que subissent les iraniens face à une dictature impitoyable d'un autre temps... À voir absolument
TheMadCat
TheMadCat

2 abonnés 16 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 2 janvier 2025
Neuf scènes du quotidien, neuf face à face entre illustrant les déboires d’un personnage, à chaque fois différent, face à l’administration ou aux injonctions officielles. Si le film est léger (par sa durée, son ironie et son format), il est aussi politiquement explosif. Car il s’agit ici de montrer comment la rigidité d’un système politico-religieux dépassé vient s’insinuer dans la vie des Iraniens pour en broyer les élans. Une charge ardente et efficace, pleine de fraîcheur et d’ironie amère, contre l’absurdité d’un régime kafkaïen et conservateur qui pèse sur le quotidien des Iraniens.
Beeeezzz
Beeeezzz

2 abonnés 13 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 6 mai 2024
Une superbe et passionnante succession de bouts de vie iraniennes qui mettent en exergue les injustices et contradictions de ce pays.
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