Piégé dans une situation précaire dont il n'attend plus aucun échappatoire, Arj entre un jour en contact avec l'ange subalterne Gabriel (spécialisé dans le sauvetage de personnes rivées sur leurs téléphones au volant) qui, pour faire ses preuves auprès de ses pairs, va chercher à le remettre sur les rails d'une meilleure vie...
Déjà, merci à Aziz Ansari pour son premier film d'enfin remettre sur le devant de la scène le genre de comédies US fantasques que l'on adore et qui semble avoir déserté les salles depuis la fin de l'ère de la bande à Judd Apatow (et, mine de rien, cela commence à remonter, les productions des plateformes de streaming ayant cherché à en prendre la relève n'ont jamais livré grand chose de mémorable derrière).
Après être passé avec succès au format série en tant qu'auteur et réalisateur ("Master of None"), le comédien humoriste s'essaie en effet au grand écran avec une fable existentielle, plutôt maligne sur ce qu'elle a à dire sur le marasme de stagnation sociale dans lequel se meurent doucement les "invisibles" qui survivent en enchaînant les petits boulots dans l'indifférence générale, et bien sûr joyeusement absurde par son concept d'ange maladroit, lui aussi cantonné à un statut médiocre par ses collègues et voulant concrétiser ses espoirs de déployer de plus belles ailes par la guérison de l'âme perdue idoine représentée par Arj...
Certes, on ne retiendra pas "Good Fortune" pour la qualité de sa mise en scène, trop passe-partout pour imposer ici Ansari comme une révélation derrière la caméra (la platitude formelle et le montage des débuts font même presque craindre un condensé du pire d'une majorité de comédies US sur ce point, cela s'arrange heureusement par la suite), ni même sa sous-intrigue sentimentale très oubliable (le personnage de Keke Palmer est cantonné à un rôle de faire-valoir) ou encore son dénouement répondant à des standards beaucoup plus attendus que le reste.
Mais la fougue comique de son auteur-interprète (et, si vous le suivez depuis "Parks & Recreation", vous savez de quoi on parle) imprègne d'emblée le film, lâchant un irréfrénable vent fantaisiste sur le quotidien pourtant très terne de son héros (Ansari n'oublie d'ailleurs pas d'y trahir les traces de mélancolie qui lui sont inhérentes) et celui de son futur bras cassé d'ange gardien jusqu'à leur inévitable rencontre parfaitement orchestrée en termes de rires délivrés.
Surtout, là où la plupart des comédies se seraient doute servies de la simple idée de faire goûter les joies d'une vie rêvée à Arj comme d'un rapide scène comique pour vite revenir dans les clous d'un déroulement plus convenu (et trop vite moraliste), Ansari, lui, va la pousser très intelligemment à son paroxysme, entraînant l'ensemble de ses personnages dans le délire très jubilatoire créé par son héros tout content de cette expérience et qui compte y bien rester aux dépends d'autres.
Dès lors, "Good Fortune" va franchement remplir son contrat comique en termes de situations improbables, constamment porté par le talent de son trio d'acteurs: Ansari lui-même en tête bien entendu, parfait dans ce rôle écrit par ses soins mais il est aussi génialement secondé par ce diable de Seth Rogen qui sait régaler comme personne dans ce type de rôle et cet ange de Keanu Reeves qui s'amuse de son image publique avec une autodérision communicative (citations naïves comprises).
En espérant que des ailes de réalisateur continuent de pousser dans le dos d'Aziz Ansari en vue d'une seconde comédie de ce genre, nous, on sera assurément là pour se marrer avec lui à nouveau.