Dans la vallée de Pankissi, en Géorgie, à la frontière avec la Tchétchénie, Déni est le nouveau propriétaire d’un lopin de terre. Lui qui s’est exilé depuis l’enfance (il vit entre Paris & Bruxelles) pour fuir la guerre (lors du siège de Grozny), débarque dans un pays qu’il ne connaît pas, une famille et un pays dont il faut réapprendre à connaître les us et coutumes.
Sur place, tout le monde projette ses envies, on lui prédit une femme et des enfants (c’est une obligation pour la survie du clan) et surtout, une belle maison, sauf que Déni ne voit pas du tout les choses du même oeil. Pas de femme, ni d’enfant pour le moment et pire, il imagine sa maison sur pilotis (un rêve de gosse qu’il souhaite réaliser).
Mais son retour sur sa terre natale sera aussi (et surtout) l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec un père (vivant à Moscou) qui ne l’a pas vu grandir et qui ne se connaissent pas tant que ça.
Bien évidemment, son retour en Géorgie ne passe pas inaperçu, lui, avec sa mentalité d’occidental face à ceux qui ne sont jamais partis de la région, engoncés dans leurs carcans religieux et vouant un culte à la virilité (alors même que Déni affiche une masculinité pas des plus… conventionnel), Déni sent bien qu’il n’a pas sa place ici et son installation risque bien d’être plus compliquée qu’il ne l’avait imaginé.
Imago (2025), de et avec Déni Oumar Pitsaev, est avant tout un film sur l’identité et la transmission, l’héritage et la paternité. Scindé en deux parties, la première évoque les retrouvailles au sein de sa famille (au sens large) et la seconde, se focalise essentiellement sur son père (c’est cette partie (le plus beau moment du film) qui m’a le plus intéressé et le plus touché). Une rencontre émouvante où foisonnent mille et une questions qui ont bien du mal à trouver réponse.
Un film éminemment touchant et émouvant (dans sa dernière partie), qui aurait grandement mérité, à mon sens, de se focaliser uniquement sur la relation entre Déni et son père, il y avait tant de choses à raconter.
Déni Oumar Pitsaev est né en 1986 en Tchétchénie. Il a grandi à Grozny puis à Saint-Pétersbourg avant de venir en France poursuivre ses études. Sa mère et son père sont séparés. Elle vit à Bruxelles, lui en Russie. Sa mère lui a fait cadeau d’un lopin de terre en Pankussi, sur le versant géorgien du Caucase. Déni Oumar Pitsaev s’y rend avec l’intention peut-être d’y construire une maison et d’y prendre femme, ainsi que toute sa famille l’y exhorte. Une équipe de cinéma l’y accompagne.
"Imago" est un documentaire autobiographique qui filme un retour au pays natal. On pense à Césaire bien sûr. La référence est écrasante. On pense aussi à Didier Eribon et à son "Retour à Reims". Le thème n’est pas nouveau, dans la littérature comme au cinéma. Il connaît d’ailleurs ces temps ci en France une popularité étonnante avec "Partir un jour" ou "Connemara" que j’avais beaucoup aimés l’un et l’autre.
Ce retour au pays natal est pour le réalisateur l’occasion de revoir sa mère et son père, séparément car elle refuse tout contact avec lui. Ces deux rencontres scandent le film et le divise par son milieu. La seconde aurait gagné à être plus brève. Car même si elle est l’occasion de solder un passé qui ne passe pas, notamment chez le fils le sentiment persistant d’avoir été abandonné par son père en pleine guerre à Grozny, elle tourne au règlement de comptes familial auquel le spectateur ne se sent pas légitime à participer.
À tort ou à raison, j’ai imaginé dans "Imago" un secret dont la révélation serait sans cesse repoussée : celui de l’homosexualité de son héros qui, si elle venait à se savoir, horrifierait cette société très patriarcale et ruinerait définitivement les projets de mariage qu’elle avait commencé à fourbir pour son fils prodigue. Je ne sais pas si cette lecture est pertinente ou pas. Toujours est-il que le film n’en dit rien et se termine sans lever cette hypothèque : est-ce le signe que je me suis complètement trompé ? ou bien au contraire que cette interprétation était juste mais que le réalisateur a fort finement estimé bon de laisser la question en suspens ?
Ce n'est pas sans un petit a-priori qu'on va voir un film présenté comme étant un documentaire dont le réalisateur tient le rôle principal : dans quelle mesure ce qu'on va voir n'est pas scénarisé ? la vision du film est loin de dissiper ce doute. Après tout pourquoi pas ? Nous vivons une période où la frontière entre film de fiction et film documentaire est de plus en plus floue, avec, par exemple, un film comme "Les filles d'Olfa" présenté comme étant un documentaire et qui s'apparente beaucoup à une œuvre de fiction, et "On vous croit", un véritable et extraordinaire film de fiction qui va sortir prochainement dont on pourrait penser qu'il s'agit d'un documentaire. En tout cas, "Imago", tourné dans la vallée de Pankissi en Géorgie, a pour lui de nous amener dans une région qui a vécu de nombreux bouleversements du fait des guerres en Tchétchénie, une région souvent présentée comme étant la vallée des djihadistes et qui, dans le film, se révèle bucolique et très calme ; de nous faire vivre des discussions très intéressantes entre femmes ; et, surtout, de nous inviter à une discussion passionnante entre un père et son fils que des problèmes familiaux et la guerre en Tchétchénie ont séparés pendant de longues années. Petit défaut : ce film est peut-être un poil trop long !
D’origine tchétchène, le réalisateur Déni Oumar Pitsaev qui vit à Bruxelles retourne momentanément dans son pays où sa mère lui a acheté un terrain. Avec l’intention qu’il y construise une maison, où elle pourrait avoir une ou deux pièces. Ce qui parait normal dans cette région où le sens de la famille est très développé. Le réalisateur va ainsi les revoir et comprendre combien on attend son retour. Il joue le jeu en présentant les plans d’une maison quasi futuriste dans le paysage traditionnel géorgien. Et fait comprendre à sa mère qu’il n’a pas l’intention d’y vivre. Une occasion pour revenir sur l’enfance et les blessures de la guerre que son père cette fois tente d’ignorer. « Avoir un père c’est aussi avoir des souvenirs ». Cette fois, la discussion est âpre, tendue, révélatrice de cicatrices à jamais refermées. Ce sont celles d’un exil que le réalisateur renvoie à tous les déplacés de la terre. Une interpellation à l’égard du spectateur ….4 AVIS BONUS Un court métrage , préparant le film, et des scènes coupées
Ce film documentaire est très original dans sa forme et dans ce qu’il raconte. C’est le premier long métrage de ce réalisateur d’origine Tchétchène qui se met lui-même en scène car c’est son histoire qu’il raconte. On le suit faire sa démarche pour revenir s’installer dans son pays d’origine. Dans cette démarche très bien relatée, il va reprendre contact avec sa famille et ses amis mais va parallèlement aussi se remettre en question. Il y a beaucoup d’émotions et de questionnements lors de ses rencontres notamment avec son père et sa mère. Le film est très bien réalisé et intéressant. Il nous fait réfléchir sur le sort des tchétchènes exilés et à leur avenir.
Bernard CORIC Film visionné aux journées GNCR/ACRIF des 27 et 28/08/2025 au Mélies de MONTREUIL
Documentaire racontant le voyage de Déni, nouveau propriétaire d’un lopin de terre en Georgie, à la frontière de la Tchétchénie qu’il a fuit avec la guerre. Le réalisateur se met en scène dans ce film où son intimité est source de grande préoccupation autour de lui. Malgré des dialogues drôles et touchant par moment, ce film manque de rythme et traine en longueur.
un retour au sources d'un jeune homme qui veut construire une maison originale dans un terrain à la frontière de la Tchechenie... une aventure humaine intime et forte
Imago est un cri feutré venu des profondeurs de l’âme, un film qui gratte sous la peau jusqu’à faire remonter ce qu’on ne voulait plus voir ni en soi, ni chez les autres. La mise en scène avance à pas de loup, hypnotique, presque irréelle, mais chaque plan frappe comme un verdict : intime, brut, sans plaidoyer. Ici, le traumatisme n’est pas raconté il est incarné, disséqué, offert au spectateur comme un miroir fêlé. Imago ne cherche pas à plaire, il cherche à marquer et il y parvient, à coups d’éclats et de silence.
un coming out qui ne dit pas son nom car impossible dans ces lieux sclérosés de pouvoir exprimer sa différence alors elle se fait par le biais d un plan de maison hors sol ou avec un autre homme sensible
Ce film me touche beaucoup parce que. Mais je pense que le réalisateur aurait pu faire preuve de plus de transparence dans sa démarche (l'histoire de ce cadeau empoisonné de la terre achetée presqu'à son insu, le traumatisme de la guerre qui s'exprime dans le rejet de la cave, etc.). Cela n'enlèverait rien du film, au contraire, cela nous permettra de mieux saisir le dilemme existentiel dans lequel il se trouve et d'évaluer le parti pris éthique de à sa juste proportion.
Un film documentaire d’un jeune réalisateur Tchétchène qui vit entre Bruxelles et Paris.
Oumar puise au cœur de son intimité, tout ce qu’il voudrait dire aux siens, la matière de son film documentaire. En filigrane et par transparence, son film va aborder aux confins de son histoire personnelle d’autres thématiques profondes : le devenir d’une communauté contrainte à l’exil, l’éclatement familial, la liberté des femmes, la manière d’habiter le monde différemment au sens propre comme au sens figuré…
La métaphore de l’imago chez le jeune quadragénaire est très forte. La larve est le stade intermédiaire entre l’œuf et l’imago, qui en biologie est le stade final de l’insecte. C’est ce qu’Oumar cherche à dire à son père qui vit à Moscou et qu’il a réussi à faire venir, et qu’il ne connaît pas vraiment. Il est en train de devenir celui qu’il a besoin d’être pour exister indépendamment de tout ce qui pourrait le rendre vulnérable.
Comment être un homme dans une communauté ultra virile ? C’est le chemin d’Oumar et son questionnement intime. Sa mère lui a acheté un terrain au Pankissi en Géorgie à la frontière tchétchène, là où les montagnes ressemblent à celles de l’autre côté de la frontière et où ses voisins seront des leurs, réfugiés dans un exil aux portes de chez eux.
Aux travers de plans de pan-cabin en accord avec une maison qui colle à ses rêves de petit garçon, il tente de se montrer aux siens tel qu’il est vraiment. Il est prêt à décoller vers une vie d’homme qui pourrait le rendre heureux, bien différente de celle qu’on attend pour lui.
Le film est très beau à voir. Les stratagèmes astucieux qui vont être mis en place par le réalisateur pour avoir avec son père une conversation de cœur à cœur bouleversante, quand ce dernier vient de loin pensant l’aider à construire sa maison et peut-être ainsi se rattraper du temps qu’il n’a pu lui consacrer à l’abri du quand dira t’on…
On touche alors au sublime dans la délicatesse des rapports humains sur des sujets tabous d’une histoire beaucoup trop sensible qui rejoint celle de tout un peuple tout en apaisant les traumatismes personnels du réalisateur. La scène sous les arbres a l’abri des regards entre père et fils est unique. Sous une confondante simplicité, tout cela est cinématographiquement et humainement magnifique
Imago (Géorgie - 1h49) de Déni Oumar Pitsaev avec lui-même et les siens
Retour difficile aux sources d’un village qu’il a dû quitter à cause de la guerre, ce jeune homme se pose beaucoup de questions existentielles dans la longueur de plans un peu longs. C ´est un documentaire …
Wow ! Sacré meilleur documentaire de l’année à Cannes et en le voyant on comprend pourquoi. Ce film a été une véritable merveille à découvrir en salle, d’autant plus qu’il a été suivi d’un débat passionnant avec le réalisateur. MAGNIFIQUE !
Rasoir ! On se demande comment ils ont pu penser intéresser les spectateurs avec un tel film. Et encore plus, comment ils ont pu décrocher la palme du meilleur documentaire à Cannes 2025...