On se croirait dans les premiers films de l’actrice et réalisatrice Maïwenn, de son long-métrage inaugural « Pardonnez-moi » à son suivant, « La Bal des actrices ». La manière dont « Marcello Mio » utilise des acteurs qui jouent leur propre rôle pour décortiquer les rapports entre Chiara Mastroianni en tête d’affiche et ses deux illustres parents et monstres de cinéma, d’abord et surtout le défunt Marcello Mastroianni mais aussi Catherine Deneuve qui est également de la partie, est similaire mais plus légère et frivole. En allant braconner sur les terres de la psychanalyse teintée d’absurde, de tendresse et d’humour, on n’est pas loin ici des films précités de la jeune cinéaste de « Polisse ». Sauf que cette fantaisie n’est pas réalisée par Chiara elle-même comme le fait Maïwenn mais pas un cinéaste à l’univers marqué en la personne de Christophe Honoré. On est à la fois étonné de voir le cinéaste s’emparer d’un projet si original et casse-gueule mais l’actrice est un peu sa muse de cinéma, alors cela fait sens. Il est également habitué des acteurs présents ici et la tonalité de certains de ses films, les plus métas on va dire, ne sont pas très loin de celui-ci si on se réfère à la sublime comédie musicale désenchantée « Nos chansons d’amour » ou au moins convaincant « Chambre 212 » (tous deux déjà avec Chiara en tête d’affiche justement). Il est donc évident qu’une forte complicité existe entre les deux ce qui a dû faire murir cette idée de scénario aussi saugrenue qu’alléchante. Entre rêverie, errance nombriliste, réflexion sur la mémoire dans le cinéma et sur l’héritage familial, « Marcello Mio » est unique, risqué et fait souvent penser à un film d’auteur prétentieux et hermétique dans ses intentions. Sauf que le début est assez savoureux et qu’on se laisse prendre au jeu.
En effet, entre la scène d’introduction amusante, l’audition de Chiara dans un faux film de Nicole Garcia ou encore ses déambulations initiales déguisée en son père, on trouve la première partie de « Marcello Mio » amusante et plaisante. Il y a de l’idée, des séquences cocasses, bien imaginées et cet étrange postulat fait mouche. La distribution d’acteurs jouant leur propre rôle ou presque est également de toute beauté. Chiara Mastroianni est impeccable dans un rôle casse-gueule tout comme sa mère mais on retiendra une prestation encore une fois hilarante et délirante de Luchini dont les débordements correspondent parfaitement à l’ambiance et au propos du film. Cependant, le long-métrage dure plus de deux heures... Et pour un film pareil qui tient sur son idée et ses psychanalyses et considérations sur le cinéma (pas toujours heureuses), c’est beaucoup trop. Petit à petit, on entre donc dans les mauvais travers du cinéma d’auteur bourgeois, parisien et hermétique. Honoré semble se regarder filmer, retourner dans ses pires travers et finit par nous ennuyer notamment dans le dernier tiers en Italie. « Marcello Mio » se mue alors en une sorte d’œuvre musée qui plaira aux cinéphiles fétichistes avant tout ou aux nostalgiques des grandes heures du cinéma d’antan. Et tout cela devient lassant à tel point qu’on en occulterait presque les moments drôles, délectables et inventifs de la première partie du film. Bref, particulier et pour amateurs seulement, le grand public ne devrait d’ailleurs probablement pas vraiment apprécier ce type de proposition trop référencée et de niche.
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