On va mettre les choses au clair d'emblée pour qu'il n'y ait pas de malentendus : moi qui ne suis pas du tout amateur de lecture, c'est donc en simple spectateur que je vais juger ça. Même si, comme beaucoup, j'ai eu envie du désaveu total de Robert Merle et de la déception toute aussi totale de ceux qu'ils l'ont lu. Même si l'on ne connaît rien au roman de Merle, il est évident que ce "Malevil" est une adaptation ratée. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a aucun doute possible sur une chose : toute cette histoire de péril nucléaire, de monde post-apocalyptique et de survie en milieu rural possède une forte dimension politique. On peut même légitimement penser que toute l'histoire existe pour ça. Or, à l'écran, toute cette dimension politique est si vite abordée qu'elle en donne l'impression (et ce n'est pas qu'une impression) d'être totalement diluée. La preuve ? Le personnage du Directeur qui disparaît presque aussi vite qu'il est apparu et ce personnage du Commandant auquel allusion est faite plusieurs fois sans qu'on nous en dise quoi que ce soit, ni même imaginer quoi que ce soit à son sujet. On aurait aimé quelques petits trucs ça et là pour déterminer d'un placement sur un échiquier politique par exemple. Ou s'il s'agit du spectre d'une dictature militaire pouvant s'apparenter à celles que l'on a connues en Amérique du Sud ou en Grèce du temps de la Dictature des Colonels, pour ne citer que celles-là. Ou une dictature communiste menée par un militaire comme ce fut le cas en ex-Yougoslavie. Parce que dans l'état, le terme de Commandant veut tout dire et rien dire. Quant au final (visiblement réécrit de toutes pièces), il peut amener à plusieurs réflexions, notamment sur la crainte d'une récupération d'État, mais telle qu'il est amené, il fait complètement contresens. Cela dit, tout n'est pas à jeter. Par exemple, la lenteur si décriée, permet selon moi de bien se familiariser avec cet univers en ruines. C'est toujours ça de pris. Et ça pèse sur une balance. Et puis Trintignant, malgré la maigreur de son personnage, a le temps de faire son impression. Finalement, quand on y réfléchit, ce n'était pas si incongru que ça de le retrouver dans "Bunker palace hôtel" quelques années plus tard.