Mais c'est quoi donc, Spectateurs! ? Une déclaration d'amour au cinéma et aux salles qui le célèbrent, oui, assurément. Mais c'est surtout un objet hybride où il est question de ceux qui le font et que Arnaud Desplechin admire : Bergman, Rossellini, Ford, Truffaut, etc, et de ceux qui le regardent, vous, moi, lui, spectateurs de films d'auteur mais aussi de blockbusters. C'est un fourre-tout, un objet hybride, aussi bien un documentaire qu'une fiction, avec quelques saynètes décrivant Paul Dédalus, le double de Desplechin, à l'enfance, l'adolescence et la jeunesse, avant de passer derrière la caméra. Comme Carax, récemment, le réalisateur de Rois et reine égrène, sème et se souvient. Certains passages sont plus marquants que d'autres, ceux où il évoque longuement Jacques Lanzmann et son monumental documentaire Shoah, en particulier. Pas d'ennui véritable à signaler dans Spectateurs! car tout s'enchaîne sinon naturellement, du moins avec un certain rythme, même si le commentaire pontifie parfois en voix off. L'enthousiasme et la générosité de Desplechin sont palpables mais prennent-ils vraiment une forme susceptible de susciter une adhésion immédiate ? Disons qu'on a le droit de rester quelque peu circonspect, comme on a pu l'être, il y a quelques années, devant un essai cinématographique de Jean-Luc Godard.
Un peu déçu par ce Desplechin, présenté en avant-première - et en sa présence ! - à l'initiative d'une école de cinéma, l'ÉSEC - École Supérieure d'Études Cinématographiques, qui nous offre donc un avant-goût de 2025. Quelques séquences sont très réussies : celles qui suivent le cahier des charges, à savoir un hommage à tous les cinéphiles. D'autres sont plus loupées car trop longues et pesantes, même si on aime écouter le cinéaste nous faire le récit de la toute première projection du film « Shoah » au cinéma Les 3 Luxembourg. On est loin de l'émotion suscitée par « The Fabelmans », pourtant cité par l'auteur !
Arnaud Desplechin raconte sur plusieurs époques son rapport au cinéma et comment il est tombé en amour devant le septième art. Enfant, amené pour la première fois par sa grand-mère. Adolescent, mentant sur son âge pour accéder aux séances interdites. Jeune adulte, allant voir plusieurs fois le même film pour en saisir tous les aspects. Il s'interroge : pourquoi nous aimons tant le cinéma ?
spoiler: "Spectateurs!" a été d'un ennui mortel pour moi. J'ai ressenti dans ma chair chaque minute de ce délire arrogant du réalisateur, qui n'a rien à nous raconter réellement. Se créant une mythologie à partir de sa petite histoire personnelle, commune mais tout de même snob, il prétend explorer une question dont il n'a que faire de la réponse. Pourquoi va-t-on au cinéma, alors ? Le film est un agrégat de lieux communs sur le 7e art, prenant la forme d'un documentaire mais ne valant pas mieux qu'un micro trottoir de 1h28.
Après avoir vu la bande annonce et le résumé j'avais hâte de voir ce film, mais j'en ressors plutôt déçu. Un film mi documentaire mi fiction qui mêle des images d'archives, des scènes de fictions (autour de Paul Dédalus, personnage récurrent dans les films de Desplechin), des images tirées de divers films ainsi que des réflexions philosophiques sur ce qu'est le cinéma. Ce mélange donne un rendu assez brouillon qui je trouve part dans tout les sens biens que le film soit segmenté en chapitres. De plus j'ai trouvé très longues les scènes où le narrateur entame des discussions philosophiques sur la projection de la réalité etc... Si cela doit plaire à certains, j'ai trouvé que ça tournait un peu en rond : des formules stylistiques dans tout les sens pour en revenir aux mêmes idées.
"Spectateurs !" est un film étrange à mi-chemin de l’autobiographie, du documentaire, de la fiction et de la leçon du cinéma. Arnaud Desplechin y raconte sa cinéphilie.
Il se met en scène à travers son double fictionnel, Paul Dedalus, qu’on retrouve dans plusieurs de ses films depuis "Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle" (1996). À l’époque, Mathieu Amalric – qui fait un caméo à la fin de "Spectateurs !" – interprétait ce rôle, celui d’un jeune universitaire amoureux de plusieurs femmes (parmi lesquelles Marianne Denicourt qui, à l’époque, avant leur retentissante séparation, était la compagne de Desplechin à la ville). Dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015), c’est Quentin Dolmaire qui interprète le rôle de Paul adolescent. Dans Spectateurs ! le même Paul est interprété par quatre acteurs à plusieurs âges de sa vie : Louis Birman à six ans, accompagnant sa grand-mère pour la première fois au cinéma et y découvrant, fasciné, Fantômas, Milo Machado-Graner, la révélation d’"Anatomie d’une chute", à quatorze se glissant en trichant sur son âge dans une salle pour y voir un Bergman interdit aux moins de seize, Sam Chemoul à vingt-deux sur les bancs de Censier et Sali Cissé enfin à trente ans, remettant en question tout ce qu’il croyait savoir sur le cinéma.
Desplechin tourne un film de cinéphile pour les cinéphiles. Il sait pouvoir compter sur un public acquis à sa cause, partageant avec lui sa passion. Il pousse d’ailleurs la démagogie jusqu’à accorder au pluriel son titre – et à lui ajouter un point d’exclamation dont on se demande bien le sens – alors que "Spectateur" aurait parfaitement convenu à ce film égocentrique.
Certes, les spectateurs cinéphiles que nous sommes prendront un plaisir régressif et auto-satisfait à identifier les passages des films qui ont construit notre regard (Lumière, Keaton, Hitchcock, Cimino…). On en prendra autant à écouter quelques leçons de cinéma, comme si on assistait à un cours à la Fémis ou à Paris-III, en décortiquant les écrits critiques de Cavell, Bazin ou Sadoul.
Mais, la formule lasse. Ou plutôt elle ne mène pas loin. Le film dure 1h28. Il aurait pu durer le double ou la moitié. Je dois humblement confesser la part de subjectivité qui leste mon jugement : le cinéma de Desplechin, qui passe dit-on pour l’un des plus grands réalisateurs de notre époque, m’a toujours semblé surfait, ampoulé, auto-centré et creux. Le voilà rhabillé pour l’hiver alors que, bien entendu, on a le droit de porter sur lui un jugement autrement moins sévère.
Un film qui se veut ambitieux mais qui n’est en réalité pas un film mais plus un plaisir personnel.. dans lequel il est difficile de s’insérer émotionnellement.
Arnaud Desplechin signe un film qui ressemble plus à une introspection qu’à une véritable œuvre de cinéma. Entre fiction et essai documentaire, il s’enferme dans un projet si personnel qu’il en devient hermétique : loin d’inviter le spectateur à partager son regard, il le laisse sur le seuil, exclu d’un film qui tourne sur lui-même, et se perd dans un dispositif qui étouffe toute forme d'émotion. Un comble.
En partant de la photographie, le réalisateur enchaine très vite sur le cinéma et rend ainsi hommage aux salles de projection à travers de nombreux témoignages qui émaillent le film. Les réflexions des spectateurs sur le cinéma sont bien amenées avec leurs souvenirs et leurs émotions rencontrées : la séquence de la grand-mère qui emmène ses deux petits enfants pour la première fois au cinéma est particulièrement réussie. On prend plaisir à visionner ce film et y partager aussi nos propres souvenirs. Ce film qui oscille entre la fiction et le documentaire conviendra en particulier à tous les cinéphiles et amoureux du 7ème art.
Bernard CORIC
(film visionné en projection de presse au Club Marbeuf le 06/12/2024)
J'ai vu ce film en avant première à l'UGC de Lille en présence du réalisateur. 55 extraits de films pour en faire un c'est ce qu'a voulu faire Arnaud Desplechin pour rendre hommage au cinéma celui qui modifie le regard et la pensée mais il a aussi cherché à exposer celui qu'il aime tout simplement.. Il cherche également à montrer comment le spectateur reçoit un film. Comme il le dit lui-même ce n'est pas un documentaire, et ce n'est pas une fiction, même si pour approcher certains extraits de film, il met, comme il le dit, des petits bouts de lui, des histoires racontées. C'est d'ailleurs ce que j'avais envie de voir, un enfant, un adolescent qui cristallise sa vie sur le septième art. Malheureusement le temps n'est pas assez suspendu sur ces rencontres personnelles et on voit trop d'extraits de films dont les propos qui les accompagnent sont souvent trop intellectualisés et désincarnés pour intéresser un public même curieux.
Un bel hommage au cinéma, à l’image et aux émotions … sans une once de mégalomanie. Une fusion de docu et d’histoire romancée. On ressort sous le charme
Vraiment pas terrible. Un entre-soi autocentré sans queue ni tête. On a beau essayer de se plonger dans la peau du narrateur on a du mal à suivre l’enchaînement des idées. Ce film se veut probablement un peu intello et pour cinéphile mais le résultat c’est qu’on s’ennuie, et c’est pourtant pas faute d’être très cinéphile et d’aimer les films un peu intellos. Sans grand intérêt.
Spectateurs est un film surprenant d’Arnaud Desplechin. Le film oscille entre moments passionnants, comme une analyse de ce qu’est le cinéma, vu côté spectateurs. Mais dans ce film totalement inclassable, le spectateur est pour le coup vite oublié, perdu, au profit d’un film un peu démagogique.
Présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, le dernier film d'Arnaud Desplechin est loin d'être son plus accessible. En plus des quelques scènes de fiction durant lesquelles l'on suit le personnage qu'il a créé et fait évoluer tout au long de sa filmographie, Paul Dedalus, le film convoque également le documentaire, l'essai et l'autoportrait pour nous proposer une oeuvre d'une très grande richesse.
Une large partie du long métrage est en effet consacrée à une vaste réflexion sur le cinéma et sur ce que représente le statut de spectateur pour le réalisateur, mais également pour des intervenants à qui il a décidé de donner la parole.
Ultra théorique, le film en refroidira certainement plus d'un. Une séquence avec Micha Lesco en Professeur des Universités, par exemple, nous raconte de manière éclairante que le passage du théâtre au cinéma correspond dans l'Histoire à l'introduction de la démocratie participative. Ainsi, de la même façon que chaque électeur déléguait désormais son vote à un député, le spectateur déléguait son point de vue au réalisateur. Ce point de vue ne dépendant plus, comme au théâtre, de l'endroit à partir duquel il appréhendait le spectacle depuis la salle. Passionnant.
Voilà donc le genre de pensées développées tout au long de ce film tout à fait singulier qui fait se mêler interviews et souvenirs personnels à des extraits de films cultes, illustrant la richesse de ce média qui nous réunit tous ici et nous fait tant vibrer.
Dans les passages fictionnels, l'originalité réside dans le fait que l'on suit le personnage mythique de Paul Dedalus interprété par quatre acteurs, à différents moments de sa vie. Parmi eux, l'on est heureux de retrouve le jeune Milo Machado-Graner qui nous avait impressionné dans Anatomie d'une Chute.
Spectateurs ! est donc un film qui assume totalement son côté "intello" et foisonnant mais une belle déclaration d'amour au cinéma qui parviendra malgré tout à toucher les plus passionnés de par la finesse de son propos et la nostalgie véhiculée par les images qu'il convoque, qui donnent envie de se précipiter dans les salles pour toujours plus d'émotions.
Vu en avant première.avec Arnaud Desplechin, très sympa, très intéressant. En revanche le film se suit un peu passé à côté notamment sur la partie fiction, j'ai préféré les vrais moments documentaire.