L’histoire de ce mythomane espagnol de haut vol, qui pendant de très nombreuses années va se faire passer pour un ancien déporté dans les camps nazis, est assez édifiante et mérite d’être connue. L’acteur principal est impeccable, dans le rôle de cet homme a la personnalité assez singulière, et on ne s’ennuie a aucun moment. A voir
Que le début est LONG, si LONG à se mettre en place, pour des personnages certes, bien "campés", mais "soulignant" plus l'intrigue qu'ils ne la "portent", la faute à une mise en scène poseuse et redondante, volontairement arty dans l'air du temps, "auto-publicitaire", comme la suite de Blade runner a pu l'être. Alors certes, c'est esthétique "zen épuré", "moderne", froid "immaculé" (arty quoi), mais beaucoup trop LONG à démarrer, ce qui suscite ennui et baillements soporifiques; les spectateurs qui y auront survécut au lieu de s'endormir ou de quitter la salle auront eu droit a un peu plus de suspens dynamique vers les 1h10/15 de visionnage, tout en restant inférieur (pour moi) à l'artisanale cuisine (aujourd'hui) kitsch de David Lynch...
Basée sur le drame humain des camps de concentration pendant la deuxième guerre mondiale, cette histoire d'usurpation d'identité et d'imposture est tout de même insensée. D'autant plus qu'elle est bien réelle et qu'elle dura des décennies. Le travail de mémoire, de reconnaissance et de transmission est un message fort mais il est biaisait par le mensonge, la mise en avant publique d'un individu. Cette chute alors révélée est bien retracée et interprétée par E. Fernández.
Qu'y a t-il derrière le mensonge pathologique ? Dans le cas de Marco, homme insignifiant, une envie féroce de reconnaissance sociale puis médiatique. D'une certaine manière, il a réussi son coup puisqu'il restera longtemps dans les annales de l'imposture. L'acteur principal est formidable et le film est prenant. Une réserve pourtant. La campagne de promotion relève elle aussi d'une forme de mensonge et d'imposture. On y évoque, je cite, l'holocauste espagnol pour qualifier la déportation depuis la France de Républicains espagnols réfugiés dans les camps nazis. Or que l'on sache, l'Holocauste désigne la politique d'extermination des juifs par l'Allemagne entre 1941 et 1944. Rien à voir donc avec le sort, certes tragique, réservé à ces combattants voués au travail forcé et dont beaucoup sont morts du fait de la famine et des épidémies de typhus qui sévissaient dans les derniers mois de la guerre. Un autre point historique qui m'a intrigué est la référence à la Guerre d'Espagne. A la fin du régime franquiste, le héros essaie d'attirer l'attention des jeunes anarchistes en disant qu'il a participé à la bataille de l'Ebre avec Durutti, le chef des anarchistes de la CNT-FAI. Or Durutti est mort à Madrid en novembre 1936 et ladite bataille a eu lieu presque deux ans plus tard. Il paraît invraisemblable qu'aucun militant n'ait réagi, surtout à cette époque.
Ce n'est pas un film qui marque par son scénario ou ses audaces de mise-en-scène. Sa force vient du simple récit d'une histoire méconnue en France mais totalement édifiante, celle d'un responsable d'association de déportés espagnols affabulateur. On est abasourdi par cette histoire vraie et la folie de ce Marco et tout l'intérêt tient à cette découverte. Le sujet aurait cependant mérité plus d'approfondissement. Au lieu de se contenter de suivre l'enquête ayant révélé la supercherie, le réalisateur Jon Garano aurait pu s'intéresser davantage au parcours psychologique d'Enric Marco pour aborder plus en profondeur la question du rapport intime des hommes à la vérité et à la culpabilité, à l'instar de Jacques Audiard dans "Un héros très discret". Une histoire passionnante, un film bien réalisé, mais plus axé sur le suspense que sur la réflexion.
Sans être un grand film de cinéma, Marco, l’énigme d’une vie passionne parce que la manipulation révèle toujours quelque chose de fascinant et de profond chez les personnes qui en usent. Le film interroge aussi sur ses mécanismes, et comment l’émotion peut prendre parfois le pas sur la vérité, et combien le travail des historiens est plus que jamais nécessaire au temps des fake-news. /
L’histoire d’une imposture. Mais ce qui était un acte individuel avec des raisons personnelles deviendrait presque aux yeux de certains un combat politique. Le film ne juge rien et laisse le spectateur trancher. Une fois l’imposture dévoilée, le film tourne un peu en rond.
On ressort de ce film avec une étrange sensation : celle d’avoir été témoin d’un mensonge si bien construit qu’il en devient presque crédible. La mise en scène, sobre et précise, nous plonge dans les méandres d’une mémoire falsifiée. Eduard Fernández incarne Marco avec intensité, bien que son jeu manque parfois de nuances pour saisir toute la complexité du personnage. Un film qui interroge sur notre rapport à l’histoire et à ceux qui la racontent.
Individu connu en Espagne sous l'intitulé "l'imposteur" mais qui à mon avis, pourrait être aussi "l'incompris". A la sortie du film, on comprend que derrière ce personnage se cache toute une vie consacrée à la lutte contre l'Espagne franquiste. D'abord anarchiste puis syndicaliste puis....puis ancien faux déporté espagnol. Totalement méconnus des espagnols et de lui-même, Enric Marco voit dans les camps de concentration nazis une formidable opportunité pour poursuivre sa lutte anti-franquiste. Il a compris le pouvoir des mots et des symboles. Mieux que personne, il parlera pour les 9000 déportés espagnols dont beaucoup ne sont pas revenus. Bien sûr, on lui a reproché d'avoir alimenté le moulin des négationnistes mais cette histoire méritait certainement d'être portée au cinéma magnifiquement interprétée par l'acteur espagnol. .
Une histoire incroyable et qui porte bien son titre, que celle de cet homme prêt aux plus odieux mensonges pour être aimé, admiré et pour être au centre de l'attention. Il s'enferme dans le déni même quand la vérité le rattrape petit à petit. Le personnage conserve une part de mystère, on se demande comment sa psyché fonctionne. Le film comprend quelques scènes fortes en émotion, spoiler: comme celle du déporté qui pleure au restaurant en découvrant la vérité de la bouche de Marco.
Un autre personnage très intéressant, même si on le voit peu, est celui de la femme de Enrique. spoiler: Elle connaissait probablement depuis de longues années les secrets de son mari, mais elle s'est voilée la face en voulant peut-être elle-même croire à ce mensonge, à un mari héroïque.
Film important pour réhabiliter le travail difficile et sincère mené par l'association espagnol des déportés, pour que soient reconnues les souffrances des déportés espagnols et que le pays s'acquitte de son travail de mémoire à leur égard, un mouvement à qui la révélation du mensonge de Enrique a fait beaucoup de mal.
Une histoire vraie totalement hallucinante! On suit cet homme gentil, serviable à une cause noble qui est la commémoration des espagnols qui ont connu la Shoah et les camps de concentration.
Ici, c'est le fond qui est plus intéressant que la forme. Le récit est fort : si on nous annonçait pas directement que cette histoire était vraie on aurait du mal à y croire ! Plus on avance dans ce récit, plus l'étau se resserre sur cet homme à qui on donnerait le bon dieu sans confession !
La forme, quant à elle, est plutôt classique car le film est tourné comme un documentaire et il est très linéaire dans son traitement.
On ne va pas se mentir : c'est un film qui marque surtout par le sujet qui est impensable et qui mérite d'être connu de tous !
Après, je trouve qu'il aurait été plus judicieux de faire un documentaire avec des images d'archives pour que le récit soit plus percutant.
Une si belle réussite ! Comment s'inventer une vie que l'on n'a pas eue ? Comment s'enferrer dans le mensonge ? Comment être intoxiqué par ledit mensonge au point d'en être dépendant et d'étendre le mensonge aux moindres replis de sa vie ? Centré sur ce questionnement le film est par ailleurs une vraie leçon de montage et de maîtrise avec un acteur principal, Eduard Fernàndez, qui ne se contente pas d'avoir un rôle rêvé pour un acteur , il est pro-di-gi-eux. A voir absolument !