… et une place pour Camille
A part un documentaire en 2018, Hélène Medigue était d’abord actrice dans de très nombreuses séries TV. Ces 100 minutes de comédie dramatique constituent donc sa 1ère réalisation et scénario de fiction. Pierrot, 45 ans, est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Déterminée à lui offrir une vie digne, sa sœur Camille le prend chez elle et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place. « Tout en douceur » semble être le meilleur résumé de ce beau moment de cinéma qui s’intéresse plus au sort des « aidants » qu’à celui des « malades ». Emotion garantie avec un casting en état de grâce.
Hélène Médigue s’est inspirée très largement de son expérience personnelle puisqu’emme a un frère autiste. Elle nous dit : Être différent, c’est éprouver des limites. Et chacun d’entre nous, au cours de son existence, est amené un jour à éprouver des limites. Que ce soit personnellement, en étant confronté à la maladie ou en accompagnant une personne fragile, dépressive, ou une personne en fin de vie, etc. Oui, si, comme dans la réalité, le « malade » tient énormément de place, il fallait aussi s’intéresser au sort de ceux qui accompagnent, c’est ce que fait avec habileté et tendresse ce très joli film. Pour une première réalisation, la cinéaste s’en sort impeccablement, alternant la caméra sur pied et sa longue focale pour filmer Paris, sa densité urbaine, sa pollution sonore, son rythme agressif parfois anxiogène qui peut donner une sensation d’enfermement et ses deux caméras à l’épaule, parfaitement maîtrisées, pour sublimer la nature sauvage et ses éléments, la terre, la mer, le ciel, la puissance des marées et la force du vent qui apportent un souffle organique et de liberté sur la Côte d’Opale. Oui, à bien y réfléchir, ce film laisse une jolie trace dans le cœur bien après la sortie de la salle. Les intentions sont plus que louables, l’écriture ciselée, la technique est au rendez-vous, et le casting à la hauteur des ambitions. A voir absolument.
Enfin, oserais-je dire, Marie Gillain retrouve un vrai 1er grand rôle dans un vrai bon film. Ça faisait longtemps. Elle est parfaite de force et de fragilité conjuguées, face à un énorme Grégory Gadebois, qui reste pour moi, un de nos plus grands acteurs. J’admire à chaque fois, son économie de moyens. D’un geste, d’un regard, sa présence irradie dans chaque situation… du grand art. Les seconds rôles sont également très bien campés par Patrick Mille, la jeune Mathilde Labarthe, Vincent Elbaz, Marianne Basler, sans oublier d’impliquer des artistes autistes dans le tournage. Ce film parvient à raconter sans maquiller, à montrer sans grossir le trait, à révéler notre lenteur à accueillir la différence. Tout simplement beau.