Rumours, nuit blanche au sommet
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Rumours, nuit blanche au sommet" et de son tournage !

Un film fait à six mains

Rumours, nuit blanche au sommet est réalisé par Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson. Les trois hommes avaient déjà signé Le Brouillard vert, et Maddin et Evan Johnson avaient co-réalisé La Chambre interdite. S'il est peu commun de voir des trios mettre en scène des films, les choses se sont faites naturellement pour eux : "Nous travaillons ensemble depuis si longtemps maintenant, et nous sommes vraiment une petite unité autonome. Pour les courts-métrages ou les films à petits budgets, nous pouvons nous occuper de tout : de l'écriture, de la direction des acteurs, du tournage, du montage, de l'étalonnage, des effets spéciaux et même de l'éclairage, dans certains cas. Nous sommes trois cinéastes, et au générique de nos films il y a trois réalisateurs. Nous avons décidé de travailler ensemble pour faire en sorte que les choses se fassent, et ce n'est que justice que nous soyons crédités de la même façon."

Genèse

C'est le fait de travailler à trois qui a donné l'idée à Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson de mettre en scène un groupe de personnages qui doivent élaborer une déclaration commune : "Les tensions et les conflits qui surgissent lorsque trois personnes travaillent sur un scénario se retrouvent dans les tensions et les conflits qui surgissent entre ces sept personnes. Le point de départ du film vient en partie de là. Le film aborde en quelque sorte les thèmes de la collaboration, de la collaboration ratée ou de la collaboration réussie."

L'écriture

Les trois réalisateurs ont écrit l'histoire ensemble, avant qu'Evan Johnson n'élabore le scénario dans une "sorte d'état de flux, un état de transe, de transe scénaristique." Si bien qu'il écrivait entre huit à dix pages par jour, achevant le scénario en deux semaines. Le fait que le trio se connaisse très bien a facilité les choses et la plupart des dialogues du film sont restés inchangés depuis le moment où ils ont été écrits par Evan Johnson.

Note d'intention

Les réalisateurs ont choisi comme cadre pour leur récit le sommet du G7, en raison de sa dimension comique : "Des étranges réunions de personnages très puissants mais grotesques dans ce qui semble toujours être un colloque parfaitement vain, sur fond de drapeaux pendant mollement et de communiqués de presse inutiles – voilà qui est amusant !" Ils ont voulu plonger leurs personnages dans une crise qui ne soit pas géopolitique, mais qui représente une menace directe pour leur propre vie, et où les grands discours et les déclarations n'ont pas d'effet : "Nous regardons ces dirigeants se démenant pour rester en vie, et on se pose cette question, comme lorsqu’on lit les unes des journaux : à quel point dois-je me soucier de ces gens ? Et eux, de quoi se soucient-ils ?"

Les difficultés du tournage

Les réalisateurs pensaient que le tournage serait facile, car il n'y a que sept personnages dans le film, et pas de déplacements pour aller d'un décor à l'autre. La réalité a été toute autre : "ce dialogue en sept parties signifie qu'il faut tourner chaque scène encore et encore pour obtenir la couverture nécessaire. [...] Nous aurions évidemment pu faire autrement, par exemple tourner en plan large et ne pas faire de coupes dans les gros plans. Mais cela a aussi ses inconvénients, surtout lorsqu'on essaie de sculpter les performances et le rythme. Il aurait fallu répéter pendant six mois pour arriver à un bon résultat sans montage !"

Le pouvoir de Cate Blanchett

Les réalisateurs reviennent sur l'incroyable pouvoir de Cate Blanchett, qui officie également en tant que productrice exécutive sur le film : "Quand Cate est arrivée, elle est instantanément devenue la personne la plus puissante sur le plateau. C'est grâce à elle que la plupart des autres acteurs avait signé et grâce à elle que nous avions obtenu le budget nécessaire. Et ce qui est très appréciable, c'est qu'elle s'est immédiatement alliée à nous. Elle était consciente de son pouvoir et elle nous l'a confié, parce qu'elle sait que beaucoup de ceux qui donnent l'argent vont avoir une opinion."

La pression du temps

Rumours, nuit blanche au sommet bénéficie d'un budget plus conséquent que les précédents films de Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson. Cela n'a pas eu d'impact sur leur liberté artistique. En revanche, l'ampleur d'un tel tournage s'est faite ressentir dans la logistique. Ils se souviennent : "Il fallait tout planifier un mois à l'avance et si une idée nous venait sur le plateau, il n'était pas toujours possible de la réaliser parce qu'il fallait par exemple déplacer les lumières de la nacelle, ce qui aurait pris deux heures. Et nous n'avions pas deux heures." Ils se sont sentis constamment pressés par le temps, et finalement moins libres que sur leurs précédentes œuvres.

Une satire politique ?

Rumours, nuit blanche au sommet peut être facilement désigné comme une satire politique. Ce n'était pourtant pas l'intention première des cinéastes, bien au contraire : "Nous avons voulu créer un monde par une écriture soutenue et je pense que si les gens y voient une satire, c'est simplement parce que les personnages sont des politiciens. C'est peut-être satirique par inadvertance parce que les politiciens s'avèrent ne pas être très doués pour trouver leur chemin dans une forêt – mais il n'est pas si facile de trouver son chemin dans une forêt". D'ailleurs, ils n'ont jamais défini le bord politique de leurs personnages, et voulaient éviter toute allégorie politique.

Ils ont été les premiers surpris par les rires du public du Festival de Cannes, où le long-métrage a été présenté hors-compétition en 2024 : "Les gens riaient et après, ceux qui aimaient le film disaient que c'était vraiment drôle et ceux qui ne l'aimaient pas disaient que ce n'était pas si drôle que ça. Cela semblait être le seul critère de jugement. Nous n'avions jamais voulu faire une comédie satirique, et si cela avait été le cas, nous aurions fait plus d'efforts en ce sens." Leur ambition était plutôt de s'inspirer de cinéastes comme Alexandre Sokourov, qui crée "une ambiance languissante, belle et onirique".

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