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Rien, dans le salon de Paul, ne laisse deviner la catastrophe.
Une table, un jouet d’enfant, une tasse encore tiède. Et pourtant, tout va rapetisser — la maison, la voix, la certitude d’exister. Dans L’Homme qui rétrécit, Jan Kounen adapte le mythe de la disproportion à notre époque : celle d’hommes trop grands pour le monde, soudain ramenés à l’échelle du grain de poussière.
Le film s’ouvre sur la mer, bleue, rassurante, presque publicitaire. Puis vient la tempête, et le miracle — ou le châtiment. Jean Dujardin, impeccable d’économie, s’efface sous son propre rôle. On ne voit plus l’acteur, seulement un visage qui perd pied, centimètre après centimètre. La science l’abandonne, les mots se vident. Le rétrécissement devient une parabole : celle d’un masculin qui, après avoir tout voulu dominer, découvre la fragilité de la matière.
Kounen, fidèle à sa mise en scène psychédélique, choisit ici la retenue. Pas de transe, pas de délire visuel : seulement la banalité qui se tord. Une cave, une souris, une goutte d’eau devenue océan. C’est dans ces moments-là que le film frôle la grâce — quand la peur se fait minuscule, presque tendre. La photographie, grise, humide, capture la poussière comme une métaphore du monde moderne : tout se rétrécit, même la foi dans le progrès.
Mais l’allégorie tourne court. À force de symboles, le récit perd son ancrage. On cherche l’émotion, on ne trouve qu’un dispositif. La deuxième moitié, enfermée dans la cave, tourne en boucle. La survie devient répétition. Le fantastique s’use. On ne tremble plus : on observe. Dujardin fait ce qu’il peut, mais le scénario, didactique, n’ose jamais le vertige.
On sent pourtant l’intention : dire la crise de l’homme occidental, son effacement, sa honte écologique. Tout est là — mais trop expliqué. Kounen filme les fourmis comme des monstres et les humains comme des insectes, sans choisir vraiment de quel côté se placer. Il manque le trouble, la poésie du déclin.
À la fin, quand Paul n’est plus qu’un point dans la lumière, on voudrait ressentir la sidération de l’infiniment petit. On ne ressent qu’un concept.
L’Homme qui rétrécit laisse une impression étrange : celle d’une expérience pensée avant d’être vécue.
Un film réduit à son idée, élégamment tourné, lucidement vain.
Un rétrécissement du corps — et, hélas, du cinéma.
Note : 6 / 20
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