L'original de 1957 était une prouesse technique (les trucages, croyez-le ou non, n'ont pas mal vieilli, le détourage du héros étant particulièrement propre), tombé dans l'oubli jusqu'à ce que ce remake décide de le ranimer pour un public familial (les salles sont garnies de familles, à notre grand étonnement : l'effet Jean Dujardin et récit fantastique, sans doute). Le problème (c'est notre principal grief, donc on l'évacue en premier) c'est que le film est d'une morosité infernale, à la limite de nous tendre un flingue pour en finir, "puisque tout espoir est vain, on n'est que poussière insignifiante, etc..." (il y a vraiment des dialogues où l'on se dit que l'on ferait bien un gros câlin à Jan Kounen, il a l'air d'en avoir besoin), alors que l'original s'achevait simplement sur cette morale (ça durait une seconde). Mais pour ne pas trop accabler cet honnête remake (il est suffisamment tristounet comme ça, n'en rajoutons pas), on va plutôt s'attarder sur les bons points, car il y en a beaucoup. Ainsi, les effets spéciaux numériques sont très beaux, de la miniaturisation de Dujardin jusqu'aux bestioles géantes qu'il croise... Dont cette fichue araignée (tirée de la petite séquence de bataille contre une mygale dans l'original) qui nous a littéralement fait revivre notre cauchemar d'arachnophobe devant Vermines (elle est là TOUT LE TEMPS, bon sang). C'est donc une séance mouvementée que l'on a passée, à bondir "en aller simple pour la Lune" à chaque intervention-surprise (et elle va vite, en plus... Damned, c'est Spidey...Gonzales) de l'horreur à huit pattes géante (nos condoléances au voisin de siège), séance heureusement sauvée par quelques très jolis plans (la photo est soignée), par le jeu investi de Dujardin (il est impeccable et son personnage nous fait vite pitié), et par les quelques scènes de bagarre (un papillon, un moustique, un chat, et évidemment cette vilainie d'araignée) qui remettent du punch dans le récit assez monotone. La scène avec le poisson rouge est certainement une des plus réussies, le montage sonore est également ultra bien pensé (ça n'existait pas dans l'original, et l'idée est excellente), et la morale "universaliste" ("On n'est rien, dans l'immensité de l'Univers, on ne contrôle rien, pas même sa propre fin") est évidemment très claire. D'ailleurs, l'origine du rétrécissement qui n'est ici pas expliquée, est une petite déception (la version 1957 décriait le nucléaire, ce qui ici aurait été daté, mais quand même, il y a beaucoup de motifs valables pour le réactualiser... L'espèce de "Doigt divin" qui touche le héros au début est vraiment étrange, ridicule, et jamais contextualisé, ça ressemble plutôt à un "Chut, c'est magique" du scénariste). Bref, L'Homme qui rétrécit est un honnête remake plein de bonnes intentions, marqué par son envie de taper dans l’œil par ses effets spéciaux (et c'est réussi), par l'investissement de Dujardin et par une ennemie à huit pattes beaucoup trop énervée et rapide pour nous (au secours). Faites passer le pschitt-pschitt Raid.