Une gifle.
Scénariste prolifique et reconnue, c’est le 1er film en tant que réalisatrice pour Nathalie Najem. Et le moins qu’on puisse dire c’est que ces 100 minutes de drame sous haute tension sont une parfaite réussite dans le genre. Nice, de nos jours. Laura, la trentaine, essaie de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille, en élevant seule sa petite fille. Mais l’accident de Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, va faire ressurgir son passé. Les deux femmes, en proie à la violence du même homme, vont peu à peu se soutenir… Une véritable découverte, sur le thème de l’emprise et des violentes faites aux femmes, le tout défendu par un casting en état de grâce.
De toute évidence, la cinéaste a voulu raconter une histoire intime mais avec une dimension universelle, et surtout éviter les caricatures. Elle ne voulait pas d’un récit où l’homme est, selon ses dires, méchant dès la première image et la femme simplement aveuglée. Aussi les deux personnages féminins sont-ils car ni victimes passives ni figures héroïques idéalisées. Elle ouvre ainsi la voie à un discours sur la sororité, la honte, la résilience, et la difficulté de juger clairement des relations humaines. Autre point fort, de nombreuses scènes ont été tournées dans des lieux publics, sans blocage ni figuration organisée. Les acteurs ont été plongés dans le réel, avec des passants non avertis autour d’eux. Belle musique originale de Tal Zana qui m’a semblé inspirée du Cum Dederit de Vivaldi. Donc beaucoup d’atouts pour ce 1er film qui, malgré quelques coups de mou dans le rythme, fait passer un excellent moment de cinéma intimiste. A voir !
Côté casting, comme je l’ai dit plus haut, on continue de mesurer l’immense talent de Bastien Bouillon, qui de film en film, tous aussi différents que La nuit du 12, Le Comte de Monte-Cristo, Monsieur Aznavour ou Partir un jour, s’impose comme un de nos acteurs de tout 1er plan. Zita Hanrot, qu’on voit décidément trop peu sur les écrans, est magnifique tout comme Alexia Chardard. Un retour apprécié, celui de Marianne Basler. Mais la grande découverte reste la petite Maya Hirsbein, absolument épatante, dont a su préserver la fraîcheur et la vérité du jeu enfantin. Nathalie Najem parvient à trouver la note juste, sans effets spectaculaires, pour donner à voir très clairement la manipulation et les mécanismes qui mènent à la violence. Du thriller psychologique au centre d’une spirale sans fin. Prenant et très juste.