Biopic façon puzzle
La filmographie de Guillaume Nicloux est faite de hauts et de bas – parfois même très bas -. Je ne me souviendrais donc que de Valley of love, La religieuse, Les rois de l’arnaque ou La petite. Cette fois il se lance dans le biopic avec ces 98 minutes qui promettaient beaucoup mais qui sont gâchées par un choix scénaristique que j’avoue ne pas avoir compris. Paris, 1896. Sarah Bernhardt est au sommet de sa gloire. Icône de son époque et première star mondiale, la comédienne est aussi une amoureuse, libre et moderne, qui défie les conventions. Découvrez la femme derrière la légende. Que l’on prenne des libertés avec la vérité, soit, que l’on assume toute une série d’anachronismes, soit encore, que le décor, les costumes, la mise en scène l’emportent sur tout autre contingence, là, je commence à regimber, mais qu’on arrive à perdre en route le pauvre spectateur que je suis, à coup d’allers et retours et de flashbacks là, je ne comprends plus rien. Grosse déception.
Car j’attendais beaucoup de récit de la vie de la 1ère grande star internationale connue. – D’ailleurs, n’est-il pas symptomatique que jusque là, un seul film lui ait été consacré et qu’il vienne des USA, The Incredible Sarah, de Richard Fleischer en 1976. Nicloux nous entraîne dans un tourbillon incessant et épuisant, car la caméra constamment en mouvement est totalement folle. Il nous confie : Nous avons progressivement dégagé deux axes parmi la folie et le tourbillon que fut sa vie : la journée de son jubilée et l’amputation de sa jambe. Pour s’atteler à ce « monstre sacré », nous avons rapidement éliminé l’obligation du biopic réaliste et du récit totalisant… Effectivement ! Incontestablement le film est beau, très beau, chatoyant, luxueux, baroque et aussi déjanté que son sujet. Mais, comme je l’écris souvent, trop c’est trop. Et là, l’ensemble est trop improbable et dispersé pour séduire.
Sandrine Kiberlain, engagée, vibrante, relève le défi avec maestria. Quel dommage de l’avoir noyée dans une mise en scène boursoufflée. Mais c’est une immense actrice et s’il reste une bonne raison de voir de film, c’est elle. A ses côté, c’est du tout bon aussi avec Laurent Laffite, Amira Casar, Pauline Etienne, Laurent Stocker, Grégoire Leprince-Ringuet. Nicloux n’est pas Milos Forman, ce n’est pas une découverte, juste une confirmation. En vérité, les seuls moments d'émotion sont les documents d'époque où on voit réellement la Divine. C’est un peu court jeune homme, car on aurait pu dire bien de choses en somme…