Après le succès du premier film, Scott Derrickson n'avait aucune intention pressante de produire une suite. Cependant, un e-mail de Joe Hill, l'auteur de la nouvelle originale, a semé les graines de l'idée. Hill a proposé une base pour une suite qui a intrigué Derrickson par son concept central. Ce dernier a réalisé que laisser le temps aux jeunes acteurs de mûrir permettrait d'explorer de nouvelles dynamiques entre les personnages désormais adolescents. "Je trouvai très intéressant de développer l’évolution de Finney et sa sœur Gwen, surtout à ce stade de leur vie", confie le réalisateur.
Black Phone 2 est la suite de Black Phone, adapté de la nouvelle Le Téléphone noir (2004) de Joe Hill, fils de Stephen King. Scott Derrickson se rappelle : "J’avais lu son histoire il y a plus de seize ans en lisant son livre dans une librairie. Je ne savais pas que c’était le fils de Stephen King et j’ai juste pensé tout de suite que cela pourrait faire un film formidable."
"Il y a environ un an, j’ai eu la chance de pouvoir me lancer dans une nouvelle aventure cinématographique et je me suis plongé dans l’adaptation de cette nouvelle. Je voulais revenir à ma passion du cinéma d’horreur et Black Phone était une opportunité parfaite."
Pour que les jeunes acteurs soient crédibles dans leurs rôles, ils ont suivi une formation avec un expert en communication non verbale. Cela leur a permis de développer une gestuelle expressive, essentielle pour transmettre la peur et la tension sans trop de dialogues. Cette approche immersive a ajouté une dimension captivante à leurs performances.
Afin de garder le mystère intact autour de Black Phone 2, les scènes cruciales ont été tournées dans un entrepôt désaffecté et insonorisé à l'extérieur de Toronto. Ce choix de lieu a contribué à créer une atmosphère authentique et oppressante qui se retrouve à l'écran.
Dans cette suite, le terrifiant tueur joué par Ethan Hawke revient hanter les jeunes personnages dans leurs rêves. Si ce pitch vous dit quelque chose, c'est normal : Black Phone 2 s'inspire du classique Les Griffes de la nuit de Wes Craven, premier volet des aventures de Freddy Krueger.
Jeremy Davies, qui incarne Terrence, le père complexe des protagonistes, a apporté une profondeur inédite à son personnage pour ce second volet. Alors que Terrence était dépeint comme un père instable dans le premier film, cette suite lui offre une véritable rédemption. "Jeremy est fait du même bois" que les acteurs légendaires, selon Scott Derrickson, ce qui lui a permis de capturer "les nuances de la fragilité humaine avec une sorte d'élégance brisée".
Depuis quelques années, Scott Derrickson suit une thérapie en raison de mauvaises expériences survenues dans sa jeunesse à Denver, durant les années 1970. Avec Black Phone et Black Phone 2, il a voulu faire un film reflétant le climat de peur et de violence qu'il a connu :
"Je vivais à Denver à la fin des années 70, dans un quartier difficile avec un maximum d’insécurité, de violence et d’abus en tous genres. J’étais, qui plus est, le garçon le plus jeune parmi tous ces jeunes à la dérive."
"C’était aussi l’époque où Ted Bundy était passé par chez nous en tuant plus d’une fois. Et Charles Manson faisait la Une avec le triste meurtre de Sharon Tate. J’ai même été confrontré au meurtre de la mère d’un ami qui vivait près de chez nous."
"Je vivais vraiment dans une ambiance ultra morbide, sans compter les abus de violences à l’encontre de nombreux jeunes par leurs parents. C’était vraiment une période noire de mon existence. La peur était en moi et dans ma famille."
Le personnage de Mando, joué par le talentueux Demián Bichir, ajoute une nouvelle dimension au film. Scott Derrickson évoque Mando comme un amalgame d’adultes influents de son passé, et souhaitait qu’il soit authentiquement mexicain. Demián a enrichi le personnage bien au-delà des attentes initiales du scénario. "Il en a fait un personnage beaucoup plus complexe", souligne le réalisateur, grâce à des discussions et un travail approfondi sur son passé et ses motivations.
Le tournage s'est effectué dans les conditions extrêmes de l'Ontario, où l'équipe a dû faire face à des blizzards, des routes barrées et des coupures de courant. Cet environnement naturel sauvage a apporté une authenticité inégalée au film, rendant les scènes encore plus immersives. "La sauvagerie météorologique du lieu" a renforcé la sensation de danger et d'isolement, ajoutant une couche supplémentaire de tension au récit.
Sorti en 2022, Black Phone a rapporté près de 160 millions de dollars de recettes dans le monde pour un budget estimé à 16 millions. En France, 452 381 spectateurs avaient vu le film en salles.
Le choix du camp de Kandalore comme lieu de tournage a été déterminant pour l'esthétique du film. Les structures anciennes du camp, associées au lac gelé, ont peu subi de modifications, accentuant l'authenticité des scènes. Ce cadre naturel a permis de jouer sur le contraste entre "l’intimité psychologique des personnages" et "l’écrasante force naturelle de la nature".
Colin Penman, le créateur des maquillages, s'est inspiré de son propre album de fin d'études pour recréer un look fidèle aux années 1980. En évitant la surcharge visuelle, il a opté pour des compositions subtiles et authentiques.
Les costumes ont été équipés d’éléments chauffants dissimulés, tels que des sous-vêtements chauffés avec des piles et des vestes retouchées pour être plus chaudes. Cette approche a permis de garantir la sécurité des acteurs tout en respectant l'authenticité des vêtements d'époque.
Le directeur de la photographie Pär Ekberg, en collaboration avec Scott Derrickson, a pris la décision d'utiliser la pellicule Super 8 pour capturer les rêves de Gwen. "Rien n’est n’égale ce genre de pellicule", confie-t-il en évoquant la beauté troublante qu'elle confère à l'image. L'instabilité du Super 8 a permis de créer une atmosphère hantée, imprégnant les scènes de références visuelles profondément ancrées dans l'analogique.