La Fabrique du mensonge
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Yves G.

1 845 abonnés 4 020 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 19 février 2025
Les films sur la Seconde Guerre mondiale sont légion ; mais rares sont ceux qui choisissent de se focaliser sur les chefs nazis. "La Chute" (2004), sur les derniers jours d’Hitler dans le bunker de Berlin, fait exception ; l’interprétation de Bruno Ganz a durablement marqué les esprits.

Joachim A. Lang a choisi de s’intéresser à Joseph Goebbels, le ministre de la propagande du Reich. Le titre original allemand est particulièrement intelligent : "Führer und Verführer", qui, jouant sur la paronymie, signifie « Le Führer et le séducteur ». À l’international, le film est diffusé sous le titre « Goebbels and the Führer ». Le titre français est moins immédiatement compréhensible qui renvoie à un sujet d’une brûlante actualité : la propagande, la fabrication de fausses nouvelles et la manière dont un régime autoritaire utilise l’information pour manipuler l’opinion publique.

Ce constant rappel de l’actualité du sujet – la célèbre citation de Primo Levi « C’est arrivé et tout cela peut arriver de nouveau » est martelée au début et à la fin du film pour nous rentrer dans la tête – n’est pas la dimension la plus pertinente de ce film. Comme si la Seconde Guerre mondiale et les délires du régime nazi ne se suffisaient pas à eux seuls pour nourrir la mouture d’un film.

Pour l’historien, comme pour le cinéphile, est autrement plus intéressante la description de la garde rapprochée du Führer, aveuglément fidèle à son chef, mais divisée par de sourdes rivalités. Dans cet aréopage exclusivement masculin, Joseph Goebbels est un personnage à part. Affligé d’une maladie osseuse qui le privera de l’usage de son pied droit, il est réformé en 1914 et ne peut se parer, comme Goering, son ennemi intime, du titre d’ancien combattant. De petite taille (il mesure 1m65 à peine), il est bien loin des canons de beauté de la race aryenne. Rallié de la première heure au NSDAP, il a en charge la propagande qu’il manie avec une maîtrise éprouvée pour permettre l’accession de Hitler au pouvoir en 1933 puis le durcissement de la dictature.

"La Fabrique du mensonge" puise dans une documentation abondante, notamment dans le Journal de Goebbels. Il fait alterner des images de fiction et des images d’archives – telles que le fameux discours de 1943 au palais des sports de Berlin.

Contrairement à l’idée qu’on pouvait s’en faire, Goebbels n’a pas été toujours en accord avec Hitler. Le film montre par exemple ses réticences au bellicisme à tout crin du Führer à partir de 1938, le ministre de la Propagande ayant bien senti que l’opinion publique allemande y était réticente. Mais la dévotion au Führer pour lequel Goebbels nourrissait un amour quasi-filial finissait toujours par l’emporter.

On découvre aussi le couple qu’il formait avec Magda, érigé en modèle dans l’Allemagne nazie, avec leurs six enfants adorables. Il a en fait connu bien des déboires. Goebbels a bien failli divorcer en 1938 pour épouser une actrice tchèque, Lída Baarová, mais en a été empêché par Hitler lui-même. La scène est presque comique qui voit le Führer, en plein préparatifs de guerre, devoir intercéder entre Joseph et Magda fermement décidés à se séparer. Et la figure de Magda, réduite à cause des conditions de son suicide, à une nazie chevronnée et une mère sacrificielle, apparaît autrement plus complexe dans le film.

"La Fabrique du mensonge" n’atteint pas son double but affiché : nous expliquer comment l’information est manipulée et nous prémunir contre le risque de bégaiement de l’Histoire. Mais il réussit fort bien à décrire l’une des figures les plus célèbres mais aussi les moins connues de l’entourage d’Hitler.
Les sorties de Philippe
Les sorties de Philippe

76 abonnés 100 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 février 2025
Nous voici plongés dans la vie de Joseph Goebbels, le propagandiste du IIIe Reich, depuis l’Anschluss (1938) jusqu’à la fin, à Berlin en 1945. Un film très documenté, le dignitaire nazi tenait en effet un journal quasi quotidien de ses actions et pensées. On pense à des films comme La Chute (2004) ou La Conférence (de Wannsee, 2022). Le réalisateur Joachim Lang fait le pari audacieux d’intercaler en permanence dans le film des images d’archives, et ça fonctionne très bien.

Le film montre bien que son discours au Palais des sports en février 1943 («Voulez-vous une guerre totale?»), après la défaite de Stalingrad, constitue le sommet de sa carrière, et le place au plus près du Führer.

spoiler: Surprenant : Goebbels ne voulait pas la guerre au début, Hitler le force à changer sa propagande qui promouvait la paix.
Il va s’appuyer sur le meurtre d'un diplomate allemand à Paris par un activiste juif, ce qui donnera la Nuit de cristal le 9 novembre 1938, de façon à mettre en avant le danger juif…

Tous les aspects de sa vie son abordés, spoiler: notamment quand Hitler interdit au couple de divorcer, suite à ses infidélités, un vrai vaudeville!
On voit toutes les dimensions de son action : presse, radio, films (Le Juif Süss, Le Juif éternel, Kolberg).

C’est presqu'un documentaire mais non, c’est un moment de cinéma, un film glaçant qui ne vous lâche pas pendant deux heures.
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FaRem

10 571 abonnés 11 461 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 19 janvier 2025
Plus qu'un biopic sur le ministre de la propagande d'Hitler, Joseph Goebbels, Joachim Lang tente de nous faire vivre les coulisses de la machine médiatique du Troisième Reich dans un mélange de fiction et de documentaire puisque de nombreuses images d'archive sont intégrées et certaines reproduites. On découvre un homme qui comprend qu'il s'agit aussi d'une guerre d'images qu'il veut contrôler à coup de vérités arrangées et de mises en scène. Le présent compte, mais il évoque aussi ce qui sera raconté et montré dans cent ans. Malgré une prémisse intéressante, j'ai trouvé ce film très plat. Ça commence par l'interprétation forcée de Robert Stadlober, puis ce traitement scolaire ou encore cette reproduction d'époque théâtrale peu convaincante. Pour le coup, tout ce qui concerne l'endoctrinement et la propagande n'est pas traité de manière convaincante. Bref, c'est bancal et très loin d'être à la hauteur de la promesse du début... Il y avait mieux à faire.
traversay1

4 482 abonnés 5 353 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 27 décembre 2024
En Allemagne, le titre du film de Joachim Lang, Führer une Verführer, joue habilement sur les mots, le deuxième terme signifiant séducteur, spoiler: applicable au sinistre Josef Goebbels, ministre de la propagande, comme nul ne l'ignore, sorte de dircom de la barbarie, au temps du 3ème Reich.
La fabrique du mensonge, titre français à l'heure où ces lignes sont écrites, a l'objectif de nous montrer ses méthodes de manipulation des foules, à base de fausses informations, de discours enflammés et de films de divertissement, entre autres, mais la promesse n'est qu'à moitié tenue, dans le sens où l'on n'apprend presque rien, malgré un mélange malin de fiction et d'archives. Le film s'étend sur une longue période, de 1938 à 1945, ce qui a pour conséquence immédiate de donner l'impression de survol de la deuxième guerre mondiale, sans aucun approfondissement. La fabrique du mensonge s'attache également à la vie privée de son personnage central, dans l'évidente ambition de "l'humaniser", c'est à dire de le montrer non comme un monstre mais comme un homme qui a participé à des choses monstrueuses, et la remarque vaut aussi pour son chef, que l'on a rarement vu au cinéma aussi peu agité et presque "normal". Tout ceci pose évidemment question quant à la valeur du long-métrage, qui a clairement l'aspiration de parler aussi du monde d'aujourd'hui, en partant de l'idée que ce qui est arrivé hier pourrait se reproduire demain. L'été dernier, le film a divisé l'opinion allemande et n'a pas reçu la recommandation de Vision Kino pour être diffusé dans les écoles, contrairement à La zone d'intérêt, par exemple. Qu'en conclure ? Que ceux qui ont de l'intérêt pour le sujet doivent se garder de tout a priori et ne pourront se forger une opinion qu'après avoir vu le long métrage. Et que la discussion pourra alors être ouverte.
LCDC YT
LCDC YT

147 abonnés 359 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 20 novembre 2024
Complexe dans son approche dramatique, mais fort dans son message, LANG cherche surtout à peindre la régularité du mal, tout en cherchant également à parler de l'histoire, la grande, comme celle simplement des hommes prenant des decisions
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