L’histoire présente les réalisateurs Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol, Éric Rohmer et Jacques Rivette comme les cinq pères du mouvement cinématographique, surnommé la Nouvelle Vague. Ils avaient tous commencé leurs carrières comme critiques de cinéma aux Cahiers du Cinéma. C’est-à-dire qu’ils analysaient les films en profondeur avant de les réaliser eux-mêmes.
Ces cinq icônes figurent dans le nouveau film Nouvelle Vague de Richard Linklater (Avant l’aube, Boyhood), dans lequel il s’agit du tournage du film célèbre À bout de souffle (1960) de Godard. J’ai lu quelque part que Nouvelle Vague est un hommage au mouvement et, plus spécifiquement, un amuse-bouche du travail fondateur de Godard. Je rejoins complètement cette perspective. Soixante-cinq ans après sa sortie, À bout de souffle est toujours considéré comme une œuvre classique du genre et celle que tous les cinéastes en herbe doivent étudier. Mais en 1959, À bout de souffle, qui est basé sur un résumé narratif écrit par Truffaut, dont la source était un article tiré d’un journal de 1952 au sujet d’un criminel, représentait le premier long métrage pour Godard, qui a seulement réalisé des documentaires à cette époque-là.
Nouvelle Vague capte très bien les sentiments de Godard en 1959, qui croyait que ses anciens collaborateurs des Cahiers du Cinéma l’avaient déjà dépassé et, par conséquent, il désirait les rattraper. Linklater dépeint effectivement l’environnement concurrentiel qui poussait Godard à créer une œuvre sans pareille. Il a décidé de filmer Nouvelle Vague en noir et blanc pour créer une synergie avec À bout de souffle. Il illustre l’intrigue de celui-ci, une liaison entre Michel, un criminel français qui a tué un policier (Jean-Paul Belmondo), et Patricia, une jeune journaliste américaine et étudiante à la Sorbonne (Jean Seberg). Nouvelle Vague reconstitue les scènes clés du film de Godard afin que les spectateurs puissent s’immerger dans l’histoire du tournage. À mon avis, il est nécessaire de regarder le film de Godard pour vraiment comprendre et apprécier celui de Linklater. Il est important d’observer comment Godard a sélectionné les scènes pour raconter l’histoire et présenter des personnages crédibles. Il est également important d’étudier les performances des acteurs principaux, Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, pour évaluer comment Aubry Dullon (Jean-Paul Belmondo) et Zoey Deutch (Jean Seberg) les incarnent. Ce n’est pas une tâche facile de représenter à l’écran les vedettes du cinéma, surtout en répliquant leurs performances dans des rôles très connus.
De surcroît, Guillaume Marbeck, qui joue le rôle de Godard, avait une responsabilité énorme. Il devait représenter un symbole de la Nouvelle Vague qui inspirait des générations de metteurs en scène. Le scénario de Michèle Pétin et Laurent Pétin a réussi à illustrer les motivations de Godard à redéfinir le cinéma. Godard a changé le cinéma en utilisant des moyens non orthodoxes. Par exemple, en réalisant À bout de souffle, il tournait sans scénario, une méthode qui énervait vraiment Jean Seberg, qui était une grande vedette à cette époque-là. En plus, pour réduire les dépenses, au lieu d’embaucher des acteurs, il engageait des gens qu’il connaissait ou qu’il rencontrait dans la rue comme figurants dans le film. Godard avait aussi tendance à annuler ou à raccourcir les jours de tournage, une pratique qui a presque poussé Georges de Beauregard, le producteur, à retirer le financement du film.
Nouvelle Vague est un film très ambitieux qui cible une audience très spécifique : celle qui a une connaissance de Godard et de la nouvelle vague. Malgré ces contraintes, le film marche grâce à l’équipe qui l’a mis en œuvre. Le scénario, qui mélange des éléments du vrai tournage avec des moments imaginés, comme la scène où Belmondo et Seberg dansent le Hully Gully, est très engageant. Linklater a dirigé le film d’une façon fluide, où l’histoire se déroule naturellement. Les acteurs Guillaume Marbeck (Godard) et Aubry Dullon (Belmondo), qui n’avaient pas beaucoup d’expérience avant le tournage, sont magnifiques. Zoey Deutch (la fille de l’actrice Lea Thompson et du metteur en scène Howard Deutch), qui est actrice depuis l’âge de quinze ans (la moitié de sa vie), incarne si bien Jean Seberg, avec ses cheveux blonds coupés à la garçonne et son français avec un petit accent américain, qu’il est difficile de les distinguer. Nouvelle Vague est un film à ne pas manquer.