Le réalisateur Pascal Bonitzer transpose de nos jours le célèbre commissaire Maigret, son pardessus et son éternel pipe, pour l’adaptation du roman « Maigret et les vieillards ». Je n’ai pas lu ce roman de Simenon, j’ai d’ailleurs très peu lu cet auteur et je ne suis pas grande fan de ces polars surannés et datés. Mais l’idée d’une commissaire Maigret transposé ici et maintenant est suffisamment séduisante sur le papier pour attiser la curiosité. Dans sa forme le film est tout l’opposé des standards du moment : d’une durée d’à peine 1h20, habillée d’une bande originale passe partout, le tout filmé de façon académique tel un téléfilm du vendredi soir sur le service public, « Maigret et le Mort Amoureux » n’a rien du blockbuster en puissance. On a un tout petit peu de mal à situer d’intrigue dans le temps, les accessoires sont modernes mais la PJ est toujours Quai des Orfèvres sous les toits, on peut donc supposer qu’on est au début des années 2000-2010, à la louche. Dans cet environnement moderne, c’est peu dire que Maigret détonne avec son pardessus sans âge, son chapeau, sa pipe et son refus de la modernité. Je sais bien que c’est le propre du personnage et qu’il n’est pas question de le dénaturer, mais c’est là qu’on constate quand même le côté daté des romans de Simenon, même adaptés aujourd’hui. Et puis je ne suis pas certaine que de nos jours les commissaires fassent des enquêtes de terrains et mènent des interrogatoires seuls sans leur équipe. Ceci étant dit, Denis Podalydes compose un Maigret fort convaincant. Bien sur il faut se sortir de la tête des Maigret précédents, à la TV comme au cinéma, pour apprécier celui-ci plus moderne quoi qu’il en dise, moins ventripotent, plus acide dans ses réflexions aussi. Autour de lui, les gouvernantes, curés et autres princesses semblent aussi un peu hors du temps, un peu « confits ». Anne Alvaro tient le haut du panier, elle est une gouvernante pincée, cinglante et insondable, véritable grenouille de bénitier. Elle a la sale manie de répondre aux questions de la police par une autre question, posée de façon peu hautaine, qui est assez exaspérante.
Anne Alvaro fait presque peur dans la peau de cette Jacotte, à qui le scenario réserve le rôle le plus intéressant.
A côté d’elle, les autres seconds rôles ne font que passer, mais je souligne quand même que cela fait plaisir de retrouver la trop rare Irène Jacob dans le rôle de Mme Maigret. Ils forment ensemble un couple si charmant qu’on aurait presque envie de les voir dans d’autres films après celui-là ! Le scénario, dont je ne peux pas dire s’il est fidèle ou non à l’esprit d’un livre que je ne connais pas, se suis sans difficulté et sans déplaisir. On est devant un film policier policé, il n’y a aucune violence même verbale. Ceci dit, Maigret a dans son équipe un petit jeune lieutenant qu’il maltraite un petit peu, et c’est presque déconcertant. Ce gamin est sans doute un novice, maladroit mais il le traite avec une froideur qui n’est jamais réellement expliquée ou justifiée. C’est une petite zone grise du scénario. La victime comme tous ceux qui l’entourent sont de la haute société, des antiquaires, des diplomates, des princesses, tout cela est guidé à l’extrême avec une pointe de condescendance qui fait tiquer de commissaire, et on le comprend.
Le dénouement est un peu déconcertant mais surtout, comme dans les bons romans noirs, il est « double-couche ». On croit à un dénouement et hop, un tout petit détail à la toute fin nous fait douter ! Le film nous laisse sur cette incertitude et nous laisse nous faire notre propre idée. Personnellement la mienne est assez claire sur cette fin ouverte que je trouve intéressante et plutôt bienvenue
. Sans être inoubliable ni ébouriffant, ce Maigret (presque) tient la route. C’est un film qui est tout sauf moderne dans la forme comme sur le fond, mais qui fonctionne malgré tout.