Dernier Hong Sangsoo en date, A Traveler's Needs, une nouvelle fois avec Isabelle Huppert, n'est pas le film le plus facile à cerner de son réalisateur. Il s'ouvre sur une conversation en anglais des plus étranges entre une jeune femme coréenne et Huppert, une conversation dont on ne comprend pas réellement la teneur. Qu'est ce qui est en train de se passer ? Est-ce-que c'est un genre de thérapie ? Une sorte de répétition artistique ? Le spectateur reste dans le flou pendant de nombreuses minutes et il voit défiler une relation étrange entre ces deux femmes qui semblent être très proches, mais en même temps pas tant que ça, avec un échange d'argent à la fin.
C'est rare d'avoir un film qui représente quelque chose qui est visiblement de l'ordre du quotidien, qui n'a rien d'extraordinaire et qui pourtant surprend et semble un peu insaisissable, comme si on n'arrivait pas réellement à percevoir la totalité des enjeux d'une conversation totalement anodine.
On comprendra mieux par la suite, tout en laissant spectateurs et personnages assez sceptiques sur ce que l'on est en train de regarder et sur le comportement, les méthodes d'Huppert. Son personnage, Iris, est au centre du film, lui et son comportement qui dénotent dans la société coréenne. Clairement elle n'a pas les codes et pourtant se fait accepter par tous.
Elle a quelque chose de magnétique, comme toujours chez HSS elle vivra des situations qui semblent se répéter, se répondre, d'une manière touchante et poétique. Comme à son habitude maintenant il n'y a plus d'intrigue, plus de péripéties, plus de retournement de situation quelconque, plus d'enjeux, plus que la poésie.
Iris (Isabelle Huppert), une Française, vit à Séoul des cours de français qu’elle donne à des Coréens déconcertés par sa méthode peu orthodoxe. Un jeune poète coréen lui offre un toit.
Dix ans après "In Another Country" (2012), cinq ans après "La Caméra de Claire" (2017), Isabelle Huppert tourne pour la troisième fois avec Hong Sangsoo. La star française s’est abondamment expliquée dans la presse sur l’étonnante méthode du réalisateur coréen et sur le plaisir qu’elle prenait à sa direction : «Moins Hong Sang-soo m’en dit et plus ça me plaît» a-t-ele confié à Libération.
Qu’Isabelle Huppert prenne plaisir à ses tournages – et se fasse payer ainsi des voyages sympas en Extrême-Orient, tant mieux pour elle. Le problème est le spectateur qui est le grand oublié de ces happenings improvisés entre le réalisateur et ses acteurs.
Hong Sangsoo tournant environ deux films par an, j’en ai chroniqué près d’une vingtaine depuis que je tiens ce blog car j’ai le masochisme d’aller les voir tour. Ces critiques sont assez drôles à lire dans leur ordre chronologique – si ce n’est que je m’y répète beaucoup de l’une à l’autre : j’y oscille métronométriquement entre un abattement défaitiste et un sursaut d’indulgence. Comme si j’essayais de me persuader, sans doute influencé par les critiques laudatives de la presse autorisée, que les films de Hong Sangsoo valaient décidément mieux que ce que j’en pensais.
Mais vient le moment de dire stop. Il est peut-être arrivé avec ce film de trop. Qu’y voit-on ? Trois scènes qui s’étirent interminablement ("La Voyageuse" dure quatre-vingt-dix minutes alors que les précédents films de Hong Sangsoo avaient l’élégance d’en durer quinze ou vingt de moins) entre lesquelles s’intercalent quelques plans de coupe filmés en extérieur. On y voit Isabelle Huppert, qui, dans tout le film, porte la même robe à fleurs et le même gilet vert, successivement dans trois appartements : face à une élève coréenne pianiste amateure, avec une autre plus âgée que rejoint son mari, enfin chez le jeune poète qui l’héberge avant que sa mère ne débarque. Saute aux yeux la façon surréaliste dont ont été tournées ces scènes : avec deux mots d’indication sur leurs personnages, les acteurs ont été abandonnés à eux mêmes devant une caméra qui tourne sans interruption. On les sent mal à l’aise dans cet exercice d’improvisation qu’ils ponctuent de rires gênés qui masquent mal leur nervosité. On aurait aimé qu’ils se tournent vers la caméra et qu’ils aient le courage de dire : « arrêtons ce cirque ».
Mais quel ennui ! On attend qu’Isabelle Huppert donne de l’intérêt et de la vie à ce film. En vain. Tout est inintéressant, laid, totalement creux. Une perte de temps
Malgré une Isabelle Huppert égale à elle-même, c'est-à-dire remarquable, ce film au scénario minimaliste et improbable n'est qu'une fable fugace, si légère qu'elle est balayée de notre mémoire dès la sortie de la salle par le moindre coup vent, mais saoulés par l'alcool de riz coréen.dont raffole et abuse Iris l'héroïne mystérieuse de cette nouvelle toute aussi étrange qu'inclassable..
Bon ben le Isabelle Huppert un peu un traquenard.... le genre de cinéma expérimental tourné en video qui nous a franchement endormi par son dispositif répétitif ( le film est construit par une succession d'entretiens). On cherche un sens là où il n'y en a peut être pas et il y a même une sorte de génance à voir Isabelle Huppert reconnaître devant ses "élèves" à qui elle est sensée apprendre le français ( tout en parlant tout le temps anglais) qu'elle n'a aucune expérience et qu'elle teste sa méthode...bref vous l'avez compris j 'ai eu l'impression de perdre mon temps ou d'être le cobaye d'une sorte de cinéma proto-expérimental
Dans ce film Sud Coréen, Isabelle HUPPERT, toujours impeccable, joue le rôle étrange et atypique d’une française arrivée dans ce pays étranger. Le scénario raconte donc le parcours de cette femme qui apprend le français avec des méthodes pas très académiques et s’insère avec bonheur dans la vie de ce pays avec des comportements parfois atypiques et mystérieux non dénués d’humour. On se laisse porter par ce film qui n’est pas sans intérêt. Il porte également un regard intéressant sur la société Sud Coréenne.
Bernard CORIC
(Film visionné à la journée GNCR le 12/11/2024 à la FEMIS)
Ces derniers temps, Hong Sang-Soo m'inquiétait. La dernière fois que nous l'avions vu en chair et en os, à Cannes en 2023, il semblait très diminué, presque aveugle et s'exprimant difficilement. Ces derniers films, minimalistes jusqu'à l'épure, touchaient à mon sens les limites du système HSS : trop peu de matière, un manque d'inventivité que je mettais sur le compte de la maladie.
Avec le retour d'Isabelle Huppert pour une troisième collaboration, Hong Sang-Soo retrouve me semble-t-il un peu de son énergie. On est d'abord rassurés par la présence rassérénante de quelques manies visuelles (les zooms et les dézooms), narratives (il est toujours plus agréable de parler en ayant bu de l'alcool - ici le makgeolli, un alcool de riz à l'apparence de lait fermenté) et conceptuelles (les mêmes dialogues sont dit au mot près dans des situations différentes, parfois par des personnages différents).
Nous sommes en terrain connu, et la petite musique du coréen est toujours agréable à entendre : mélange aérien de situations loufoques (la méthode d'Isabelle Huppert pour apprendre le Français aux coréens qui l'emploient est franchement bizarre), de moments de gêne captés sur le vif (la scène de jalousie de la mère, une pépite) et de poésie rôdante dans tous les plans.
La voyageuse est aussi zébré d'idées de mise en scène fulgurantes (le gilet vert d'Huppert sur une terrasse verte, un premier plan flou lors qu'elle est couchée sur le rocher) et de réflexions plutôt nouvelles sur la nature de la poésie, qui donnent lieu à des scènes intrigantes et profondes (les traductions sur Google).
Sans atteindre la complexité et la richesse narrative des films de sa jeunesse, La voyageuse marque un retour en forme de Hong Sang-Soo, aidé ici par une Isabelle Huppert au sommet de son art, d'une précision chirurgicale dans son jeu blanc, à la fois incarné et mystérieux.
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2,0
Publiée le 15 janvier 2025
Après le Japon dans "Sidonie au Japon" en 2023, Isabelle Huppert visite le voisin, la Corée du Sud, dans la peau d'un personnage, dont la raison de son séjour est ici plus floue. Elle incarne Iris, une Française qui enseigne le français à Séoul alors même que ce n'est pas son métier. Ce n'est pas forcément quelque chose de jamais vu, notamment pour des particuliers, mais elle a une méthode peu académique. On la suit donc avec ses élèves dans une histoire en trois parties. Un triptyque avec des échanges de banalités qui ressemble parfois à une thérapie. Si l'on semble voir le même schéma se répéter lors des deux premières parties, la dynamique entre la professeure et les élèves est différente. spoiler: Il y a une sorte de domination avec la première femme tandis que la seconde a plus de répondant et se questionne sur sa méthode. Il y a quand même des moments gênants comme quand elle fait du rentre-dedans au mari. Si j'ai toujours eu du mal avec les films que j'ai vus de Hong Sang-soo, je n'ai pas trouvé "A Traveler's Needs" désagréable à suivre malgré ma note, mais je m'interroge sur son intérêt...
Dans "In water", son précédent film, Hong Sang Soo avait choisi de tourner avec des images floues. Beaucoup avaient déploré cette "innovation" sans intérêt voire insupportable. Après avoir vu "La voyageuse", on finit par regretter l'image floue. Il n'y a rien d'intéressant, ni dans le propos ni dans la forme. C'est faussement intello, péniblement répétitif, et filmé avec des mouvements de caméra digne du premier film d'un gosse de 8 ans auquel on vient d'offrir une caméra premier prix de chez Lidl. Au secours !!!
À souligner Ours d’Argent à Berlin ! Une femme française dont on ne connaît ni le passé, ni ses motivations de vivre à Séoul, donne des cours particuliers pour gagner sa vie auprès de deux femmes. S’ensuivent des conversations en anglais et une approche très originale de transmettre une langue étrangère. Bravo à Isabelle Huppert, dans le rôle de cette femme extravagante. Répétitions de scènes, images floues, un film quelque peu inclassable, unique et très atypique, singulier et très surprenant ! Peu de séances à Paris… Pour un public averti et cinéphile !
J'ai adoré ce film, c'est un chef d'oeuvre à mon petit niveau, la rencontre de Lee Hye-young et Isabelle Huppert est une pure merveille. Les dialogues et situations ont une profondeur métaphysique abyssale et en plus j'ai ri.
1ère livraison du cru 2025 de HSS et 3ème collaboration de l’esthète sudcoréen et de l’égérie française. Oui, Huppert sert d’ange révélateur pour sourdre des personnages leur musique intérieur, mais l’intention étouffe toute épiphanie possible du réel.
A vu le film coréen « La voyageuse » du réalisateur Hong Sang-Soo qui a obtenu l’Ours d’Argent lors de la dernière Berlinade. Uniquement des plans séquences dont la caméra est pratiquement immobile, « La voyageuse » est un cinéma de l’instant fugitif, de l’impalpable où le spectateur attrape au vol une ambiance, une réminiscence légère comme un nuage. Iris (Isabelle Huppert) est une française qui vit en Corée. Pourquoi ? on ne le sait pas. Elle donne des cours de français improvisés et improbables en anglais. Elle est aussi décalée et inadaptée aux coutumes du pays que ses « élèves » on un mal fou à parler de leurs ressentis. Les scènes se répondent les unes aux autres comme de petits poèmes. Les répétitions sont savoureuses et sont source d’humour. C’est pour moi le projet le plus abouti entre Hong Sang-Son et Isabelle Huppert dont « La voyageuse » est la troisième collaboration. Pas de scénario mais beaucoup de dialogues, peu de costumes, peu de décors différents, ce film se tient par ses non-dits et la confrontation de la culture française et coréenne et par son actrice principale qui est de presque tous les plans. Iris saute au cou de ses interlocuteurs pour les embrasser, fait des clins d’oeil inopinés, bois comme du petit lait du Makgeolli (alcool au goût d’orgeat). J’ai beaucoup aimé cette nouvelle cinématographique très poétique, mystérieuse et contemplative qui m’a souvent fait sourire. Pour public cinéphile et huppérient en diable.
Malgré une Isabelle Huppert égale à elle-même, c’est-à-dire remarquable, ce film au scénario minimaliste, voire improbable n'est qu'une fable fugace,si légère qu'elle est balayée de notre mémoire dès la sortie de la salle par le moindre coup de vent mais soulés par cet alcool de riz coréen dont raffole et abuse Iris l’héroïne tout aussi mystérieuse que l'intrigue est étrange et inclassable...
Makgeolli et poésie. Moins flou que In Water, A Traveler's Needs reste un peu énigmatique tout de même, mais rien que de plus normal pour un film de Hong Sang-soo, n'est-ce pas ? D'où sort d'elle, cette Française en Corée qui donne des cours de sa langue natale, par le truchement de l'anglais, de manière pour le moins singulière ? Et quels rapports entretient-elle avec un jeune coréen dont elle partage l'appartement. Oui, Iris, puisque tel est son prénom, apprécie l'alcool de riz et s'émerveille des poésies qu'on lui traduit gentiment. Le film est doux et frais comme une brise de printemps, sauf pour une scène dont elle est absente et qui tranche avec tout le reste. A Traveler's Needs fait le même effet que les films précédents de Hong Sang-soo, pour peu que l'on soit sensible à son charme insidieux et évanescent, un peu cotonneux, aussi. Isabelle Huppert y trône en majesté, une brindille venue d'ailleurs, dont on ne saura rien de la vie d'avant. Ce rôle de créature éthérée, qui s'enthousiasme pour la beauté, avec une candeur désarmante, convient parfaitement à une actrice qui semble se laisser porter par son naturel curieux et gracieux. A partir du moment où il y a une bouteille de Makgeolli à proximité, la vie n'est plus alors que luxe, calme et volupté.