Le film s’inspire de la vie de Nevenka Fernández, jeune diplômée (25 ans), conseillère municipale de la ville de Ponferrada (en Castille-et-León, connue pour son château des Templiers, afin de sécuriser le chemin des pèlerins pour Saint-Jacques-de-Compostelle), chargée des finances (1999-2000) et qui fut, brièvement, la maitresse du maire, veuf, Ismael Álvarez (du Partido Popular, parti libéral conservateur, dirigé alors par José María Aznar, également de Castille-et-León et président du gouvernement espagnol). La réalisatrice décrit bien la toxicité masculine à travers le maire, autoritaire, pervers narcissique qui harcèle Nevenka, sous son emprise, telle un lapin paralysé par les phares d’une voiture. Non seulement féministe [la réalisatrice avait dénoncé les violences conjugales dans « Ne dis rien » (2003)], le film est aussi politique en évoquant la corruption du maire clientéliste (faisant travailler des entreprises locales sans appel d’offres) et dont beaucoup d’habitants sont redevables, et indirectement de son parti. Outre la justesse et l’objectivité du scénario et des dialogues, le film doit beaucoup à Mireia Oriol (Nevenka), 28 ans, naïve à ses débuts (on l’avait informée du donjuanisme du maire) mais qui ose porter plainte, malgré le peu de soutien de ses parents et l’hostilité des habitants de Ponferrada, et Urko Olazabal, 46 ans [qui avait joué dans « Les repentis » (2021) de la cinéaste], manipulateur au sourire séducteur mais aussi carnassier. Le recours à la fiction (d’après une histoire vraie) est plus efficace que « Black box diaries » (2024) de la Japonaise Shiori Itō, journaliste de profession, qui réalisa un documentaire sur son combat pour faire juger Noriyuki Hamaguchi [journaliste influent de la télévision TBS et proche de la police et du Premier Ministre (2006-2007 et 2012-2020) Shinzō Abe (1954-2022)] qui l’a violée (à 25 ans) le 3 avril 2015, dans un hôtel Sheraton de Tokyo alors qu’elle était inconsciente car droguée.