Fraîchement installée dans une ferme isolée d'Irlande, Dani effectue des travaux d'intérieur en l'absence de son mari, occupé par son poste de directeur d'asile dans la ville des environs.
Une nuit, alors qu'elle rejoint sa demeure après avoir cherché son téléphone dans sa voiture, un des patients de son époux vient frapper à sa porte. Il lui explique qu'il a vu quelqu'un pénétrer dans la maison pendant qu'elle était à l'extérieur et lui demande de lui ouvrir pour qu'il lui apporte son aide. Entre l'homme au comportement étrange devant la porte et les craquements qui se font entendre plus loin à l'intérieur, Dani reste pétrifiée...
Dans le genre summum d'angoisse en mode "Et vous, que feriez-vous ?", on peut dire que le nouveau film de Damian McCarthy ("Caveat") tape très fort avec sa séquence d'ouverture, installant de façon fracassante un climat glaçant par cette situation dingue mais bien rationnelle et dont les conséquences, elles, vont continuer à être alimentées par des braises surnaturelles ne demandant qu'à s'y consumer.
Car, en guise de réponse à l'effroyable dilemme de Dani, "Oddity" choisit une ellipse d'un an, nous annonçant le sort fatal de la jeune épouse par l'intermédiaire d'une rencontre entre son mari et Darcy, la sœur jumelle de cette dernière, aveugle mais dotée d'un don de clairvoyance grâce à des objets plus ou moins maudits qu'elle conserve dans sa modeste boutique d'antiquités. Rentrée justement en possession d'un indice-clé sur ce qui a pu arriver à sa sœur, Darcy part séjourner chez son ex-beau-frère et sa nouvelle concubine... accompagnée de la sculpture grandeur nature d'un homme en bois repliée dans une malle.
Certes, s'il ne fait guère de mystère sur les tenants et aboutissants globaux derrière la disparition tragique de Dani ou sur ce que Darcy a prévu de déchaîner comme fureur vengeresse sous le toit de sa jumelle défunte, "Oddity" va surtout jouer sur la manière dont va être révélée cette sombre vérité pour nous figer dans l'attente de la portée de la confrontation forcément violente qu'elle peut engendrer. Avec la force de frappe de sa séquence inaugurale comme tremplin, le film amplifie son atmosphère crispante en plaçant ses pions (fantastiques ou non) amenés inévitablement à se percuter sur son échiquier, à commencer par son éléphant de bois au milieu de la pièce: cet homme à la bouche agonisante dont l'immobilisme renvoie à celui du regard implacable de sa propriétaire sur ce qui est en train de se jouer dans ce huis-clos merveilleusement anxiogène. Là où cette présence de Golem sylvestre pèse perpétuellement de tout son poids avec un minimum d'effets interventionnistes (toujours très efficaces soit-dit en passant), le film déploie un irrésistible machinerie de soupape grandissante où coups fourrés machiavéliques et mensonges bouillent de concert pour resserrer la puissance de l'inévitable courroux autour d'un antagoniste particulièrement roublard pour tenter d'y trouver une porte de sortie.
Mais, là encore, "Oddity" se montrera lui aussi très malin sur sa conclusion, miroir idoine à son introduction pour en parfaire le retour de flammes, là encore en mode "Et vous, que feriez-vous ?" (on l'aurait fait aussi, il faut bien l'avouer) et sur les parts de folies rationnelles et surnaturelles avec lesquelles il n'aura décidément cessé de jongler avec maestria au sein de la montée en puissance de son récit.
En plus de créer au passage un ce que l'on pourrait qualifier de "Caveat"-verse (un certain p'tit lapin passe une tête et le personnage d'Olin Boole était présent dans un de ses courts-métrages), Damian McCarthy continue clairement d'étaler son talent pour les atmosphères dérangeantes et savamment dosée dans cet étonnant revenge movie paranormal. On a déjà hâte de découvrir son prochain et très intrigant projet, "Hokum" avec Adam Scott, ne serait-ce que pour se laisser happer à nouveau par une ambiance comme celle-là.