Olivier Marchal fait partie de ces cinéastes constants aux univers très identifiables. Un peu comme – toutes proportions gardées bien sûr – un Woody Allen, un Guy Ritchie (hors blockbusters), un Michael Bay ou un Pedro Almodovar. Chez lui, cet univers est caractérisé par l’opposition entre gangsters et policiers où la frontière entre les deux est parfois ténue et poreuse. On retrouve donc toujours des flics, des bandits, des racailles, des ripoux et tout ce qui fait le décorum de ces deux groupes à travers des films policiers ou des polars sombres et supposément réalistes (le monsieur était un ancien grand flic du 36 avant de devenir réalisateur mais aussi et de plus en plus acteur).
On l’a connu avec « Gangsters », il a eu son moment de gloire artistique et au box-office avec « 36, quai des orfèvres » puis il a commencé à radoter et finalement se retrouver sur les plateformes de streaming. Depuis, il alterne films juste corrects avec d’autres plutôt sympathiques et réussis dans le genre. « Bastion 36 » entre dans cette dernière catégorie et se positionne plutôt comme un bon cru. On y entre un peu comme dans des pantoufles car on connaît le cinéaste et sa filmographie et on sait à peu près ce que l’on va voir.
Dans ce nouveau long-métrage, pour Netflix cette fois, il y a aussi bien ce qui fait le sel de son cinéma et pourquoi on l’aime (ce qui est paradoxalement aussi pourquoi on peut le détester). En tout cas plus que ses quelques ratés relatifs comme « Overdose », son précédent sur Prime, qui était peut-être un peu moins engageant. Il y a certes un côté cliché et prévisible qui peut faire tiquer. Cependant, on a déjà vu pire et, encore une fois, cette cuvée 2025 est clairement dans le haut du panier de sa filmographie. De toute façon, il semblerait que si on est client de ce genre de films et plus précisément du style Marchal, il est peu probable que l’on trouve l’un de ses films ratés. Pour le moment en tout cas.
Cette fois, « Bastion 36 » est un peu plus proche du thriller que du pur film policier ou d’action. Et la grosse surprise du film est d’avoir choisi Victor Belmondo, jeune et plutôt frêle, pour être la tête d’affiche du film dans ce rôle de flic violent et enragé. On ne l’aurait pas vu là, on était même quelque peu dubitatif, mais il est finalement très crédible et excelle dans ce rôle. Il confirme que, malgré qu’il fasse partie de ces « nepostar » tant raillés, il mérite d’être dans ses films et fait preuve d’un talent versatile et de plus en plus prometteur.
La mise en scène de Marchal est stylisée comme il faut, encore une fois dans les teintes froides baignées dans le gris, et s’avère encore une fois musclée comme il faut dans les séquences mouvementées et au plus proches des personnages dans celles plus intimes. L’intrigue, à base de complots, de secrets d’état, de meurtres, d’alliances surprises et de corruption est stimulante même si elle n’invente rien. La gravité et l’aspect solennel du ton colle bien à l’univers (aucune blague lourdingue ici) et tous les acteurs sont à leur place.
Alors bien sûr il y a certes quelques clichés propres au cinéaste ici et à son côté films de gangsters à l’ancienne (le flic tourmenté, le grand patron véreux, ...). On retrouve aussi ici ce côté trop sérieux et très premier degré qui pourra en déranger certains - voire même les faire rire - ainsi que quelques moments qui s’apparentent à des passages éculés. On ne le niera pas. Mais « Bastion 36 » est assez bien fait, maîtrisé et prenant sur ses deux heures pour satisfaire les amateurs du genre.
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