Yann Gozlan retrouve Pierre Niney, quelques années après l’emballant « Boite Noire », et a eux deux il nous offre 2h au cœur du milieu étrange et dérangeant du coaching. Sur une idée de Pierre Niney lui-même, « Gourou » est un film qu’il n’est pas forcément facile de cerner et de qualifier. On peut malgré tout considérer qu’il s’agit d’un thriller plutôt rondement mené, sans temps morts, aves vrais moments de tensions et de suspens, le tout habillé d’une musique agréable et d’un vrai travail sur le son. Même si, dans la forme je n’ai pas tout aimé de « Gourou », je reconnais malgré tout que le film est maitrisé, avec des vraies scènes fortes et quelques effets de caméra bien sentis. Ce que j’ai moins aimé en revanche, c’est peut-être certaines facilités de mise en scène (des ralentis inutiles) et des petits moments un peu trop démonstratifs. On va dire que Yann Gozlan, dans son envie de bien faire, se laisse aller ici et là à quelques petits poncifs de réalisation déjà maintes fois vus et revus, mais rien de rédhibitoire. Concernant les scènes se séminaires, elles peuvent mettre mal à l’aise, je dirais même qu’elle doive mettre mal à l’aise. Elles semblent surjouées, excessives, à la limite de l’irrationnel. Mais qui sait réellement si ce n’est pas sur ce ton exalté que les « coachs de développement personnel » débitent des poncifs mâtinés de pseudo psychologie de bazar ? Ne connaissant rien à ce monde, je ne jurerais pas que ces scènes ne sont pas conformes à une certaine réalité. On ne peut pas dire que Pierre Niney ne donne pas 200% de son potentiel dans ces scènes. Lui qui a déjà naturellement un vrai charisme de fou, le laisse exploser sans retenue sur la musique d’Alan Parson Project dans des moments où on oscille à la fois entre le ridicule et l’hystérie collective. Je ne vois rien à reprocher à Niney pour qui le rôle semble avoir été écrit sur mesure et qui se glisse dedans comme dans un costume italien. Plutôt sympathique au début (même si il parle mal à ses employés que pourtant il tutoie et appelle par leur prénom),
il vrille de plus en plus pour devenir pathétique et inquiétant, cynique et manipulateur. Inquiété par un projet de loi qui voudrait réglementer l’activité de coach, il choisit l’attaque au lieu de la défense, se positionnant de plus en plus dans l’anti système, jusqu’à un passage à « TPMP » qui s’avèrera lourds de conséquences.
Pierre Niney est impérial, et on n’en est pas très surpris. A ses côtés Marion Barbeau à un rôle bien trop sous-écrit à mon gout. Epouse, elle tente d’incarner une sorte de (petite) caution morale pour le personnage de Matt mais son rôle est trop silencieux, trop écrasé et la comédienne n’a pas assez de matière pour faire vivre ce rôle comme il l’aurait fallu. En revanche, Jonathan Turbull, lui, bénéficie d’un rôle
plein de surprise, multicouche
et dont il exploite chaque seconde. « Gourou » est un peu une sorte de réquisitoire contre cette nouvelle mode du coaching de vie, qui s’apparente quand même beaucoup à une sorte d’endoctrinement sectaire. A partir de mises en scène bien huilées, des shows faussement spontanés mettent en scène un homme charismatique qui enivre son public de mots creux emballé dans un langage pseudo scientifique. Sous prétexte d’aider son prochain, on lui fait les poches.
Avoir ajouté à cette exploration du phénomène une intrigue vaguement policière dans la dernière demi-heure du film n’est pas dérangeante, elle souligne surtout la dérive d’un personnage prisonnier de sa propre mégalomanie.
Cette intrigue policière est un peu téléphonée, mais ce n’est pas bien grave. On va dire que le dernier quart d’heure à Vegas est le plus faible, le fond du trou étant atteint pour Vasseur, ce dernier quart d’heure enfonce un clou déjà totalement incrusté. Et puis il y a ce fameux passage chez Hanouna. « TPMP » apparait comme une émission voyeuriste où on peut raconter n’importe quoi sans aucune vérification, sans aucune contradiction, en résumé elle apparait exactement pour ce qu’elle était, La dérive anti système, anti élite, anti intello de ce millionnaire imbu de lui-même colle malgré tout parfaitement à ce passage qui laisse quand même songeur. Non dénué de petits défauts, « Gourou » est malgré tout un long métrage efficace et percutant qui offre à Pierre Niney un rôle à sa mesure, ou plutôt à sa démesure.