Fasciné par le potentiel cinématographique de cet univers peu exploré, Pierre Niney a contacté Yann Gozlan peu après la sortie de Boîte Noire. Séduit par l’originalité et la pertinence du sujet, le réalisateur a immédiatement perçu le coaching comme un "symptôme d’une société en crise" : "Le coaching m’apparaissait comme un sujet original et aujourd’hui plus que jamais pertinent au vu de la recrudescence de coachs en tous genres, boostée par les réseaux sociaux. Comment expliquer ce phénomène ? Perte des repères ? Injonction au bonheur et à la réussite ? Culte de la performance ?"
"Ensuite, ce projet m’offrait l’opportunité de proposer une immersion dans un monde spécifique, celui du coaching, un univers encore peu représenté ; et de dépeindre ses codes et son fonctionnement propre. Enfin, un autre élément lié au coaching m’a tout de suite fasciné : les séminaires. J’ai découvert l’existence en France de ces grands rassemblements où des centaines de personnes voire parfois des milliers se réunissent pour suivre les conseils et « l’enseignement » prodigués par des coachs. Je me suis inscrit à différents séminaires pour découvrir ce qu’il en était."
Yann Gozlan retrouve son acteur fétiche Pierre Niney après les thrillers Boîte noire et Un homme idéal.
Pour façonner son personnage, Pierre Niney s’est largement inspiré d’archétypes déjà présents dans le cinéma. Il cite notamment Tom Cruise dans Magnolia, Jake Gyllenhaal dans Nightcrawler, Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street, ou encore Paul Dano dans There Will Be Blood. Selon l’acteur, tous ces personnages ont en commun d’« éveiller, par leurs paroles, un animal dangereux chez les autres ».
Pour donner vie à l'univers du coaching, Yann Gozlan s'est plongé dans un véritable travail d'immersion. Il a compulsé des vidéos de coachs en ligne pour comprendre comment ce phénomène prospère dans notre société. Ses recherches l'ont mené à découvrir que "cet univers, à première vue un peu moqué, était en réalité une véritable industrie". Pour capturer l'énergie palpable des séminaires de coaching, le réalisateur s’est aussi rendu à plusieurs de ces grands rassemblements, déterminé à transposer à l’écran l’électricité et l’effervescence qu’il y a découvertes.
Pour Yann Gozlan, réaliser ce film constituait un défi majeur sur le plan visuel, éloigné de son style habituel. Il précise : "Je voulais absolument rendre compte à l’écran de la dimension énergie, électrique, cathartique". Habitué à des récits intimistes, le cinéaste s'est aventuré ici dans des scènes de foule lors des séminaires, qu'il considère comme "des événements très cinégéniques".
Le personnage de Matthieu Vasseur n'est pas seulement inspiré de coachs de vie français, mais puise également son essence aux États-Unis. Le célèbre Tony Robbins a été une source d'inspiration majeure, notamment pour son "charisme et flow exceptionnels". Les créateurs souhaitaient que le spectateur ressente, face à Matthieu, une fascination comparable à celle que Robbins peut susciter dans ses séminaires.
"Je suis fasciné depuis des années par ces figures d’orateurs à la parole quasi-magique mais aussi vénéneuse. La puissance des mots sur l’esprit et plus particulièrement sur les foules est un grand sujet de notre Histoire humaine. La mode du développement personnel boosté par les réseaux sociaux m’a inspiré cette idée originale. L’idée n’est évidemment pas de condamner tous les coachs de vie, mais de décrire les ambiguïtés et les dérives possibles de ces “gourous” modernes."
A noter la présence du comédien américain Holt McCallany, second rôle ultra-connu des US habitué au thriller et à l'action, qui campe aussi l'un des deux personnages principaux de la série de Fincher Mindhunter et le père de Zac Efron dans le biopic Iron Claw.
Comme dans Un homme idéal et Boîte noire, le personnage au centre de Gourou s'appelle Matthieu Vasseur. Yann Gozlan explique ainsi que ces trois films ont quelques points communs, mais aussi de grandes différences : "On peut les voir comme des thrillers qui questionnent les notions de vérité et de mensonge avec à chaque fois, un personnage sous pression, au bord de la rupture, pris dans une spirale infernale. Mais en même temps, les trois longs métrages sont très différents dans leurs récits et leurs tonalités."
"Par exemple, Gourou a un petit côté comédie noire, un ton parfois satirique et grinçant, qui n’existait pas dans les autres films. Le fait que le personnage principal s’appelle une nouvelle fois Matthieu Vasseur, c’est une idée à tous les deux, Pierre et moi. Il s’agissait pour nous d’un clin d’œil aux deux films qu’on avait faits ensemble."