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Tygra, la glace et le feu
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Un visiteur
1,0
Publiée le 9 avril 2009
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Tygra risque de ne guère impressionner les jeunes générations. Visuellement assez pauvre dans les décors comme dans ses personnages (on croirait du Hergé simplifié), et d'une animation qui, quoique largement potable pour l'époque, se trouve à mille lieues des techniques actuelles, on assiste ici à un simple défilé de scène d'action pas trop mal amenées mais toutes courues d'avance et peu trépidantes. Peut-être brille-t-il alors par les subtilités de sa dramaturgie ? Hélas, non, il ne s'agit que d'un donjon et dragon de base, qui se contente de se déplacer de péripétie en péripétie, portée par le mouvement continu de l'action, avec des personnages assez lisses de type méchant et gentil, quoiqu'une utilisation de nombreux rôles secondaires vienne un instant ré-hausser le niveau. Seuls le méchant et le "mystérieux guerrier" tirent, et encore, leur épingle du jeu. Quant au personnage principal, très décevant, c'est une sorte de mélange naïf entre tarzan, rahan, conan et musclor, dont la personnalité est bâclée et les gestes répétitifs. Les "créatures" de leur côté sont gentiment grognantes, et il reste la fameuse Tygra, qui n'a guère d'autre chose à faire que de trémousser son joli petit derrière en string médiéval pendant toute la durée de l'expédition, ce qui, bien que n'étant pas forcément désagréable, peine à maintenir l'intérêt. En définitive, l'attrait de ce film provient, j'imagine, essentiellement du vide existant à cette époque dans le domaine de la fantasy, ouvert par le seigneur des anneaux, le réalisateur Ralph Bakshi étant d'ailleurs celui qui deux ans plus tôt mit en images une version simplifiée et écourtée de l'oeuvre de Tolkien. Mais à moins d'être né dans les années 70-80 et de l'avoir vu tout jeune, ce qui inévitablement produit l'effet de nostalgie bien connu du cinéphilamateur, il parait difficile de s'y attacher aujourd'hui.
Tygra, c'est l'antithèse du manga japonais. Le dessin est léché, l'animation est coulée et certains décors de fond sont de véritables œuvres d'art réalisées au pinceau. Au commandes, Frank Frazetta, l'un des plus grands, sinon le plus grand artiste d'Heroïc Fantasy. Déjà connu pour la force et le mouvement qui se dégagent de ses toiles, il réussit ici la prouesse de retranscrire cela à l'écran. La technique du rotoscope, partiellement utilisée, offre une fluidité inattendue qui dynamise les phases d'action. La scène qui atteint le sommet de l'art de Frazetta est celle, follement érotique, où Tygra sort de l'eau pleine de volupté et de sensualité. L'histoire est plus anecdotique et c'est bien sûr la raison pour laquelle le film n'est parfait. Un méchant, un gentil, un sauveur dans l'ombre... mais il y règne une noirceur qui n'est pas non plus dénuée d'intérêt. Quoi qu'il en soit, l'intérêt artistique justifie à lui seul de faire un détour par ce film.
Après les déboires et le flop de son adaptation du "Seigneur des Anneaux", qui mêlait prises de vue réelles et animation traditionnelle (appelé le rotoscoping), l'animateur controversé Ralph Bakshi réitère l'expérience avec une histoire co-écrite par le génie du dessin féérique Frank Frazetta. Intitulé en français Tygra la glace et le feu, cette aventure baignant dans l'heroic fantasy pur et dur nous entraine dans un monde sans pitié où règnent sorciers, magiciennes, hommes-singes, ptérodactyles et autres créatures fantastiques uniques. Avec sa technique du rotoscoping, l'animation des images est aussi fluide que la réalité. Les mouvements des personnages étant filmés au préalable avec de vrais acteurs, on reste bluffé par leur précision. L'univers créé par Frazetta est, lui, magnifique : plaines désolées, forêts lugubres embrumées, montagnes de feu et forteresse de glace nous en mettent plein la vue. De plus, les personnages sont typiquement issus de l'heroic fantasy : un guerrier solitaire et intrépide, une princesse dénudée, un sorcier à la peau blanchâtre, des sbires ressemblant à des hommes de Cro Magnon et j'en passe. Pourtant, le scénario demeure quant à lui très manichéen : deux peuples en guerre, un mariage forcé, un chevalier servant partant délivrer une princesse enlevée... Ça ne vous rappelle rien ? Car l'unique défaut de cette production atypique reste sans aucun doute son histoire simpliste, aux rebondissements nombreux mais baignant dans un profond air de déjà-vu. Toutefois, le long-métrage reste foncièrement plaisant, surtout grâce à son imaginaire classique mais toujours aussi efficace, ses scènes d'action et son souffle épique, notamment grâce aux séquences mettant en scène l'imposant Darkwolf, directement inspiré du Death Dealer de Frazetta. En somme, une petite perle inégale mais cultissime.
C'est le monde du dessinateur américain Frank Frazetta : dessin hyper léché et outré, corps sexy, symboles à la Conan, monde des comics du groupe Marvel. Le film a vieilli, et la technique du rotoscope passe mal par moments (rotoscope : filmer un acteur réel et décalquer ensuite image par image sa silhouette sur papier afin de l'animer, donc double travail. Cette technique a été inventée par les frères Fleisher vers 1917). Le scénario manque d'originalité. Personnellement je préfère l'univers de Thorgal de Rosinski et Van Hamme.