Païsa
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Yasujirô Rilke
Yasujirô Rilke

272 abonnés 1 059 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 février 2009
Deuxième film de la trilogie néoréaliste de Roberto Rossellini, «Paisà» (Italie, 1946) se découpe en six scènes qui trace l’avancée des troupes américaines sur le territoire italien. De Sicile aux marais du Pô, la cartographie que dessine en creux les lieux du film présente un pays détruit, croulant sous les ruines d’un fascisme dévastateur. Chacune des scènes, qui apportent au film sa dramaturgie, applique un contre emploi des canons américains. L’époque n’est plus à l’intelligibilité totale. La barrière des langues, des cultures et des usages défavorise toute capacité de transmission. Difficile dès lors de transmettre un ordre, de transmettre une idée ou un sentiment. L’avancée des G.I. est ralentie par une incapacité totale à communiquer. L’histoire du cinéma a retenu Michelangelo Antonioni comme un cinéaste de l’incommunicabilité or «Paisà» témoigne que Rossellini avait déjà fait sien ce phénomène moderne. Le moyen esthétique avec lequel Rossellini transmet cette nouvelle donne sociale bouleverse, en son époque et aujourd’hui encore, les codes de narration selon Griffith et Eisenstein. Il n’est plus question, pour Rossellini de raconter une histoire. Le réel est l’histoire de l’homme en tant qu’il est la condition aliénante de la conscience humaine et le cinéma, dans son devoir universel, se doit d’être porteur de l’histoire des hommes. Rossellini fait du réel et de la réalité l’outil premier de la création. Bien que «Paisà» emprunte quelques codes du mélodrame, notamment pour les très belles scènes du G.I. avec l’enfant voleur et de la prostituée avec le G.I., il révolutionne, dans le sillon de «Roma citta apertà» et préfigurant «Germania anno zero», la pratique même du cinéma. Si certains, au terme de la première décennie du deuxième millénaire, occultent la révolution engendrée par Rossellini (à travers tout son cinéma), il en est d’autre qui, dans un acte d’une grande valeur artistique, se souviennent des grands films néoréalistes comme «Paisà».
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 11 novembre 2011
Grandiose en mise en scène, un Rosselini de grande qualité. Cependant on préfèrera Allemagne année zéro ou Rome ville ouverte où le tout est mieux fiscellé et moins attendu.
TTNOUGAT

699 abonnés 2 530 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 25 août 2009
A ne regarder qu'après "Rome ville ouverte",c'est indispensable surtout pour les jeunes nouveaux spectateurs.Ce film n'est pas un documentaire mais c'est encore mieux :c'est un document chargé de sens.Il raconte 6 histoires dans l'ordre du temps qui passe.La première en Sicile, est malheureusement un peu hachée par la mauvaise qualité du DVD (merci en passant à "Films sans frontières" pour tous ses efforts tirés de copies épouvantables)c'est une tragique et brève histoire d'amour.La seconde à Naples, est insolite au possible,elle est pleine de tendresse entre un grand noir, militaire américain ,et un petit enfant blanc orphelin.La troisième à Rome, est bien triste,Fellini en reprendra l'esprit dans "les nuits de Cabiria" en 1957.La quatrième est sans doute la moins réussie,elle se passe à Florence.la cinquième,dans la province Romagne,constitue une pose spirituelle.C'est un sujet qui imprègne l'oeuvre de Rossellini et on le sent bien tourmenté.Enfin la sixième et dernière est visuellement la plus réussie.Elle se passe dans la plaine du Pô...Le cadavre de l'homme tué par les allemands dérivant,accroché à une bouée est inoubliable.Un bien beau film,rare dans le catalogue cinéma et qui mériterait une copie neuve sans le moindre doute.
 Kurosawa

674 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 18 janvier 2015
Le pari du film à sketchs était osé et se révèle moyennement convaincant. Je ne dirais pas qu'une histoire est clairement moins intéressante qu'une autre, ni que l'une d'entre elles sorte véritablement du lot, mais le procédé de réaliser une succession d'intrigues a pour conséquence un rythme haché et une impossibilité d'identification aux personnages. Il y a tout de même bien une cohérence entre ces sketchs: la fin de la guerre et les tensions entre "partisans", allemands et américains. Maigre connexion que celle-ci, trop générale, et pas suffisamment exploitée tout au long du film. Mais "Paisà" n'est pas raté pour autant. Rossellini avait mis la barre tellement haute avec "Roma, città aperta" que j’attendais énormément de celui-ci. Reste des moments particulièrement émouvants, comme ces tentatives de dialogues entre des enfants italiens et des soldats américains, ou encore l'épisode du monastère à la fois drôle et grave. Un film inégal centré sur la parole et la libération d'un pays.
Plume231

4 406 abonnés 4 639 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 juillet 2010
Autour de six récits qui n'ont que pour points communs de se dérouler pendant la guerre et d'être présenté dans un ordre chronologique, Roberto Rossellini a montré dans un style quasi-documentaire et ultra-réaliste les ravages et les blessures qu'ont engendré le conflit qu'elles soient collectives ou individuelles. Ici pas la moindre trace d'emphase ou de noblesse, ici c'est l'égoïsme et l'incompréhension entre les êtres qui règnent en maître. Le moment le plus marquant est sans conteste la traversée d'un homme et d'une femme qui cherche à rejoindre son ami à travers l'Arno partagé par la présence des allemands, des facistes et des résistants italiens. L'angoisse pavient sans mal à gagner le spectateur. Rossellini ne se permet pas non plus la plus petite touche d'espoir même pas, au contraire plutôt, dans le dernier récit. La guerre est cauchemardesque et elle est présentée telle quelle. La fin d'un récit arrive brutalement et on n'a pas encore compris ce qui vient de se passer qu'on doit immédiatement passer au suivant. Porté des acteurs pour la plupart non professionnels convaincants, "Paisa" est un film à la réalisation parfois confuse mais qui présente des moments très forts. Une oeuvre qui n'a rien perdu de son impact.
selenie

7 443 abonnés 6 649 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 janvier 2026
Si la forme du film est un film à sketchs, soit séparé en six segments indépendants les uns des autres il existe bien un fil conducteur, à savoir la libération de l'Italie par les alliés et donc les différentes parties suivent chronologiquement et géographiquement l'avancée des troupes alliés dans la botte italienne, par son arrivée en Sicile, puis en arrivant à Naples, puis à Rome, et en continuant vers le nord avec Florence, la Romagne et enfin le delta du Pô. Chaque partie est séparé par une coupe en "noir" et chaque partie a une introduction en voix Off pas forcément nécessaire mais qui donne une dimension documentaire à un film qui a déjà un style très naturaliste. Le film subit l'écueil du genre, à savoir que les parties de durée équivalente sont d'un intérêt et/ou d'une qualité différente et inégale. Mais les segments abordent des sujets nécessaires dans le contexte géo-politique et social inhérent à la guerre. On aurait aimé un peu plus de tension et/ou de prise de risque mais ça reste une immersion dans l'Italie de 43-44comme un témoignage pregnant et lucide.
Site : Selenie
weihnachtsmann

1 617 abonnés 5 725 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 29 décembre 2017
Même si j’avoue une préférence pour les 3 premiers, les six films sont forts par leur portée historique et le réalisme cru de leur narration. Il y a une sorte de fatalisme italien qui d’un côté voient leurs libérateurs mais leur malheur reflété dans les yeux de l’étranger
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

91 abonnés 4 227 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 18 avril 2025
Six histoires anecdotiques témoignent de ce que fut, à travers le pays, la libération de l'Italie. La relation des italiens avec le libérateur, américain ou anglais, est au coeur du sujet et semble marquer l'incompréhension et la distance de langage, entre les alliées et la population.
Cela dit, le propos de Rossellini reste difficile à interpréter et on peine parfois à deviner ce que son approche réaliste peut avoir de symbolique, si on part du principe que le dépouillement et la simplicité des histoires suggèrent une idée universelle sur la guerre. Je ne me suis jamais intéressé au sort des personnages, forcément survolés, et si chacune des histoires est cruelle, aucune n'est émouvante.
Cette oeuvre néo-réaliste, donc pas précisément légère, ne cherche peut-être finalement qu'à saisir des moments illustratifs du drame de l'Italie des années 43-44. Témoignages immédiats et crédibles d'une époque qui, malgré la victoire envisagée, n'a rien de triomphal. Le spectacle de la misère et de la mort, de la souffrance d'un peuple, est comme un enseignement pour la postérité. Pour ma part, je ne suis pas très réceptif au néo-réalisme et au cinéma de Rossellini, et j'ai fait mon devoir de cinéphile.
JamesDomb
JamesDomb

127 abonnés 1 061 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 septembre 2006
Paisà conte la reconquête de l’Italie par les Alliés de 1943 à 1945 vue à travers six sketches (pour compenser les moyens techniques et matériels donnant ainsi une synthèse des évènements et des ellipses de temps) ayant pour cadre une ville ou une région italienne. Rossellini, après « Rome, ville ouverte » dresse un portrait de l’Italie toute entière à l’heure de la Libération. On y voit un commando américain qui débarque sur les côtes siciliennes, des enfants affamés qui volent des chaussures à un soldat noir, un G.I. qui revient à Naples pour revoir une jeune fille dont il est amoureux, une infirmière américaine qui recherche un compatriote qu’elle ne retrouvera que mort, un couvent franciscain où les moines tentent de convertir deux aumôniers (un juif et un protestant), dans le delta du Pô, les soldats allemands massacrent des partisans italiens et américains. Le découpage en sketches donne une impression de reportages pris sur le vif, un aspect documentaire épuré où l’émotion n’est pas dissimulée et remplie d’une poignante dignité. Rossellini, par une pureté de style, dépeint encore une fois sans artifices les massacres physiques et psychologiques de la guerre sur les hommes. Aucune morale n’est faite, seuls content les constats. Paisà n’atteint peut-être pas le chef d’œuvre « Rome, ville ouverte » (les sketches sont inégaux) mais possède encore aujourd’hui un véritable impact émotionnel. Rossellini met en scène l’homme de la rue dans le décor naturel, celui de l’Italie ravagée par les désastres de la guerre, le marché noir et la pauvreté. Le cinéaste filme la souffrance, la résistance du peuple italien (le dernier segment avec les longs travellings suivant le cadavre d’un partisan flottant sur le Pô est hallucinant). Rossellini clôt son film par le massacre des résistants que les allemands précipiteront anonymement dans l’eau avec cette phrase en voix-off « Cela s’est produit pendant l’hiver 44. Au Printemps, la guerre était terminée ». Amer et indispensable.
Hotinhere

790 abonnés 5 460 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 22 mars 2026
Six nouvelles (certaines poignantes et d’autres plus inégales) qui retracent dans un style néoréaliste, l’horreur de la Guerre vécue par une nation à la recherche de sa dignité perdue.
Charlotte28
Charlotte28

203 abonnés 2 820 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 août 2023
La narration insère au sein d'un résumé de l'avancée des troupes américaines six séquences du quotidien du peuple italien confronté aux anglophones avec lesquels le dialogue se tisse parfois par une émotion (Carmela et le jeune voleur avec leur GI respectif) ou demeure cacophonique jusque dans une dimension tragique (Francesca) permettant d'illustrer la réalité du conflit et de la "Libération" après laquelle rien n'est résolu. De plus la mise en scène tout en assumant l'aspect documentaire met en évidence la pertinence de sentiments, d'espoirs, d'états d'esprit semblant n'appartenir qu'aux temps de liberté et aussi vivaces voire plus dans une si douloureuse adversité - même pour ceux qui devraient s'ajuster à la réalité tels ces moines dans leur tour d'ivoire. Atteignant la variété sans éparpillement (bien que l'intérêt puisse fluctuer) dans ces six exemples, l'intrigue manifeste les diverses attitudes face au danger, à l'autre et à soi-même avec un casting impeccable. Lucide.
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 20 mai 2026
Deuxième opus de la "trilogie de la guerre" de Roberto Rossellini (avec Rome, ville ouverte et Allemagne, année zéro), littéralement tournée sur les décombres de la Seconde guerre mondiale, Païsa est aussi le moins accessible de ces trois films. Constitué de six récits indépendants les uns des autres, le long-métrage nous plonge dans plusieurs temps forts de la libération de l’Italie par les Alliés, et nous rappelle toute la cruauté de la guerre. Malgré des séquences marquantes et des fulgurances de mise en scène, il est souvent difficile de se repérer dans cet entrelacs d’histoires aux enjeux très différents et aux trop nombreux personnages qui se croisent et se recroisent et finissent par nous égarer dans la narration.
GéDéon
GéDéon

133 abonnés 710 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 8 février 2026
Si les différentes histoires contenues dans ce long-métrage de Roberto Rossellini ne comportaient pas une pointe d’ironie, on pourrait croire à un simple documentaire sur la libération de l’Italie à la fin de Seconde Guerre mondiale. En effet, ce film, sorti en 1946 et composé de six chapitres distincts, évoque des situations où Alliés, partisans, Allemands et population se croisent dans un chaos meurtrier. Cette structure narrative représente un bon patchwork réaliste de cette période historique mais constitue également un frein à son caractère dramatique. Ces hommes et femmes, dont aucun n’est véritablement un héros, traversent l’écran sans que l’on puisse éprouver la moindre empathie pour eux. Bref, une œuvre de mémoire indispensable mais anecdotique.
Patjob
Patjob

43 abonnés 755 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 mars 2026
C’est une suite de six court-métrages, l’équivalent de six nouvelles littéraires, qui présentent autant de situations dans l’Italie reconquise progressivement du sud au nord entre juin 1943 et début 1945 par les troupes alliées. Ils sont d’inégal intérêt : le premier est représentatif d’un des thèmes du film : la confrontation entre les cultures Anglo-Saxonne et Italienne, qui débouche ici sur un malentendu ; les deux suivants abordent des relations humaines, au centre desquels l’espoir puis la désespérance ; le quatrième est anecdotique ; le cinquième est décalé, abordant des questions d’ordre théologiques ; et le dernier, de caractère dramatique (voir le plan déchirant du tout jeune enfant désemparé qui pleure près du cadavre de ses parents) est à la fois un hommage aux partisans et une dénonciation de l’horreur et de l’absurdité de la guerre. Le film ambitionne de donner une vision synthétique de ce pays dévasté et de sa population. S’il manque de cohésion, il laisse toutefois une impression de pénétration de la réalité (c’est en cela un vrai représentant du néoréalisme), avec un style qui fait souvent penser au documentaire.
Alexcherbourg
Alexcherbourg

22 abonnés 103 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 janvier 2011
C'est un film à sketches, autour de la campagne d'Italie de la 2nde guerre mondiale, qui ne sont pas séparés par des cartons mais par des images d'archive, conférant une grande fluidité et un aspect documentaire au récit.
A cet effet, on aurait probablement préféré que le cinquième acte, qui raconte la visite de 3 aumôniers des troupes alliées dans un monastère, soit coupé. Rossellini nous y sert des bondieuseries et une morale tranchante, manquant totalement de rigueur par la faiblesse de son argumentaire et pour la cohérence de l'œuvre. Cet acte comporte une erreur de montage (raccord), indigne. Faute de moyens pour rejouer la scène? Faute de rigueur une fois de plus?
Par ailleurs, d'une manière plus générale, la vision donnée des « deux » camps est très manichéenne. Rossellini semble investi d'un besoin impérieux de fédérer l'Italie autour de son libérateur. On est très proche de l'esprit de la propagande, art dans lequel le réalisateur est passé maitre depuis la réalisation de quatre films fascistes pour Mussolini. Cette volonté est toutefois très loin de l'humilité qui nous devrait être exemplaire: Rossellini est meilleur pour donner des leçons que pour les appliquer à lui-même, ce qui est toujours dérangeant.
En revanche, le film comporte deux points forts récurrents: les acteurs amateurs fort bien dirigés et le talent indéniable avec lequel le réalisateur capte en six voyages l'essentiel des splendeurs de l'Italie (l'objectif documentaire sur la libération de l'Italie est lui-même pleinement accompli).Le filmage des paysages ou des monuments est d'une beauté à couper le souffle.
La première destination est la Sicile (autour du débarquement des forces alliées) et Rossellini nous livre une œuvre parfaite. Suffisamment confuse pour décrire la cacophonie de l'époque mais sans aucunement nuire à l'intelligibilité, d'une puissance tragique incommensurable.
Le deuxième voyage, à Naples, est le portrait d'un homme noir initialement décrit comme un objet ou un animal de compagnie, avant que son humanité ne nous soit finalement révélée. Ce thème est particulièrement primitif, mais la mise en scène est poétique et pleine de tendresse.
La troisième escale, à Rome, la plus intimiste, est d'une grande amertume, d'une noirceur presque fantastique, et d'un grand pessimisme sur les rapports sentimentaux.
Le quatrième acte nous montre les splendeurs de Florence, contrastant avec l'âpreté des combats.
Enfin, le sixième et dernier acte, filmé en plaine du Pô, nous renvoie au premier tout en explorant davantage le thème de la confusion. Il débute en effet sur le plan d'un corps jeté à l'eau avec une bouée sur laquelle est accrochée une pancarte portant la mention "partisan". Partisan de qui? des fascistes? des nazis? du roi? Le sens du mot permettrait toutes ces pistes. Des plans clicheteux et la mise à mort finale nous rappellent une fois de plus qu'il convient de choisir, pour choisir bien, le camp du libérateur.
Ainsi, exemplaire sur le plan formel, souvent passionnante, Paisa est une œuvre didactique et prosélyte, un visage magnifique balafré d'une horrible cicatrice.
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