Ma critique du film "La Femme infidèle"
Vu sur le replay de Arte, un samedi après-midi de Janvier 2025.
Quand ce film a été tourné, j'étais à peine né, et je me demandais si je l'avais vu ou pas. Je ne sais pas.
Du coup, je vais utiliser le mot voir et pas le mot revoir, en ce qui me concerne.
Mais quelle joie de voir Stephane Audran et Michel Bouquet, jeunes.
Quel plaisir de voir ici tout le talent de Claude Chabrol.
Mais quel bonheur de voir un film si bien.
Synopsis : faut il l'écrire ? Très simple. Une phrase résume tout.
Un homme découvre que sa femme le trompe, la fait suivre par un détective et finalement tue l'amant.
Tout d'abord, première chose à dire, ce film a très bien vieilli, presque pas pris une ride. Ce film semble bien montrer la mentalité de la fin des années 1960, avant ou après mai 1968, peu importe, déjà liberté des meurs et encore convention sociale. Mais ce film montre bien aussi les lassitudes des couples après dix années de mariage ou après le premier enfant, et à mon avis, cela, c'est intemporel. C'est une histoire qui ne se démode pas.
Ensuite, autre chose à dire : la qualité de l'interprétation des deux protagonistes principaux, mais même des seconds rôles.
Trop fort. Ce film est à voir (ou revoir) déjà pour cela, c'est ce que je pense.
Et puis, bien sur, un mot sur le scénario et la manière dont cela est filmé.
Le scénario est une master class, tout bien pesé, les scènes qui s'enchainent comme il faut.
Les dialogues sont au service du scénario, les deux sont de très bons niveaux.
Et la manière dont cela est filmé est trop belle, alternance de plongée, contre plongée, plan droit.
Alternance entre gros plan et plan large ; alternance de nombreux plans fixe, quelques travelling et zoom arrière.
Toujours bien choisi. Un plaisir.
Beau décor, beau costume, bande originale sympa. Tout bien.
Certes, les grincheux diront que la police scientifique, les tests ADN et autres et etc ... pas crédible.
Les super grincheux diront que ce n'est pas une ambiance thriller.
Ils rajouteront surment que pas crédible de
déplacer un corps en pleine journée.
Moi, je leur dirais de se remetre dans le contexte, ce film a plus de 50 ans, ce film a inspiré des générations de thrillers.
Certains y voient une critique sociologique, une critique de la bourgeoisie de Neuilly (ou grande banlieue) du temps de De Gaulle et de Pompidou, mais je pense qu'il faut d'abord y voir une superbe oeuvre cinématographique.
Comme le dit Télérama, c'est : "suspense feutré, mise en scène élégante, l’infidélité comme remède temporaire au mariage, le meurtre comme médicament miracle : du grand Chabrol." C'est un excellent résumé.
Spolier.
C'est après 30 minutes exactement que le mari cocu téléphone au détective privé.
C'est à 45 minutes exactement que le mari cocu sonne à la porte de l'amant.
C'est à 54 minutes exactement que le meurtre de l'amant a lieu. Une scène de confrontation entre les deux hommes qui durent donc 9 minutes et qui est une sacrée réussite, une scène rare, me semble t'il.
Les deux scènes qui suivent où il masque le crime et fait disparaitre le corps durent plus de 13 minutes, très fort.
Et bien sûr, viendront ensuite les trois scènes avec les policiers qui sont de grandes réussites aussi, elles ont surement inspiré d'autres films. Ces scènes semblent minutées, courtes et directes, comme il le fallait. Pas une seconde de trop. Pas un seul mot mal placé. La quintescence de ce film dans ces trois scènes entrecoupées de la scène où elle découvre la photo de l'amant dans la poche de la veste. Mais on discutera quand même de ce que chacun a compris à la fin.
Fin du spoiler.
C'est cela qui me fait écrire que la construction de ce film est remarquable.
Bon, le moment de donner une note est venue.
Sans hésiter, je vais mettre 5, je vais dire que ce film est un chef d'oeuvre.
Merci à Arte de nous le proposer.
Et donc, si vous aimez le bon cinéma, je vous invite à le voir ou le revoir, sans hésiter et même sans plus attendre.