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CrystalEagle
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3,0
Publiée le 31 juillet 2026
Rastignac et Bel-Ami brûlaient, Nicolas grimpe l'échelle sociale sans avoir jamais décidé d'y poser le pied. Aucun rêve, rien qu'un vide assez large pour qu'on vienne s'y installer. Ce que le capitalisme français des années 70 sacre en grand fauve n'a fait que changer de berger. Et oui, le mouton reste un mouton. Claude, l'écrivain sans éditeur, est le vrai gouffre du film. Je n'arrive pas à y voir un cynique, plutôt un blessé qui écrit à la place d'un autre la vie qu'il n'a plus la force de vivre, jusqu'à convoiter ses conquêtes. Architecte d'un arriviste logé dans un corps d' corruption des puissants aurait fait un sujet trop confortable, de ceux qui nous laissent du bon côté de l'écran. Deville vise plus bas et plus juste : notre aptitude à devenir n'importe quoi, dès lors qu'on nous fournit un mode d'emploi et une autorisation.
L'architecture est une boucle : Nicolas aborde une fille dans un square, part conquérir le monde pour la mériter, et ruine des existences en chemin. Chaque femme un palier, chaque palier une institution. Elles ne sont là que pour être gravies, et le film ne leur accorde jamais le contrechamp qui démentirait le regard de Nicolas. Ce sont pourtant les hommes que Deville abîme le plus, l'un creux, l'autre estropié dans tous les sens du terme. Schneider, Birkin et Bolkan tiennent chacune leur palier avec une présence magistrale. Le récit épouse si docilement l'opportunisme de son héros qu'il saute et improvise avec lui, jusqu'à mitrailler tout ce qui passe : machisme, magouilles politiques, presse de caniveau. Le procédé est cohérent, mais l'inventaire prend le pas sur la nécessité, et je me suis ennuyer ferme. J'ai aimé l'ironie de surface, ces intérieurs cossus caressés par la lumière pendant qu'on s'y dévore méthodiquement. Mais pas un plan ne s'est pourtant détaché, c'est un film qui s'oublie finalement très rapidement car Deville préfère la vitesse à la composition.
Jean-Louis Trintignant relève le pari le plus casse-gueule du film, incarner un homme dont l'intériorité est un trou, et comme très souvent, je ressors sans savoir quoi penser de lui. C'est peut-être le rôle qui veut ça, il gagne sans plaisir. Jean-Pierre Cassel signe la plus grande performance du film. Assis, immobile, souriant, une menace de sacristie derrière ses fiches et son lait fraise. Il tient le film du seul regard et voit son mouton s'éteindre lentement du poison qu'il lui a administré.
Que de souvenirs... La première fois que j'avais vu ce "Mouton enragé", j'étais en compagnie d'une pote. Et je lui avais dit quelque chose du genre : "hé, pince-moi, je dois être en train de rêver debout". En effet, je n'arrivais pas à croire à ce que je voyais. Et aujourd'hui ? L'effet de surprise n'est plus là bien sûr, mais le ressenti reste le même. Cette histoire est, fondamentalement parlant, impossible à croire. Le personnage arriviste, affairiste, séducteur et prédateur existe, mais on a peine à croire qu'un mec aussi peu sûr de lui et effacé ait pu devenir pareil requin. Mais dans ce cas là, pourquoi ça fonctionne aussi bien, me direz-vous ? Parce qu'il y a cette idée que tout est entièrement piloté par un écrivain raté et qui vit une vie par procuration. Parce qu'il y a une histoire très riche, comme dans tous les bons Deville. Parce qu'il y a un côté immoral totalement assumé. Parce que ces dames, toutes sans exceptions, y endossent des rôles qui, moralement parlant, ne les met pas en valeur. Elles prennent des risques. Et parce que l'interprétation y est de haute volée. Tous les acteurs y sont excellents. Mais on ne saura faire autrement que de dégager Jean-Pierre Cassel et Jean-Louis Trintignant du lot. Ce dernier interprétant un personnage qui est un parfait opposé de ce qu'il était dans la vraie vie. La mise en scène de Deville n'atteint pas les fulgurances vues dans "Le paltoquet", "Péril en la demeure" ou "Eaux profondes", mais en terme d'histoire, c'est de la mécanique de précision.
"Le Mouton enragé" (1974) est une transposition de "Bel-Ami", le roman de Maupassant, dans la France des années 1970. Pour quiconque a lu ce classique, le déroulement de l'intrigue est assez prévisible. On y trouve le même cynisme, la même vision pessimiste de la réussite sociale (mais la réalité dépasse souvent la fiction) et le même côté décalé : la façon dont Nicolas Mallet, le protagoniste incarné par Jean-Louis Trintignant, séduit toutes les femmes qu'il rencontre est volontairement caricaturale. Comme dans le roman, la plupart des personnages sont des êtres vides, dotés d'une faible vie intérieure et donc d'une faible moralité. spoiler: Le personnage interprété par Romy Schneider, belle comme le jour, constitue l'une des rares exceptions et connaîtra une fin tragique. Nicolas Mallet, au contraire, semble totalement dépourvu de sentiments et aura un brillant avenir. Lorsqu'enfin certaines circonstances suscitent en lui un sursaut d'honneur et d'humanité, on devine que le cynisme et l'immoralité reprendront vite le dessus.spoiler: L'esprit du film est très fidèle à celui de l'œuvre de Maupassant, mais il ne s'agit sans doute pas d'une des plus belles réussites de Michel Deville. A mes yeux résultat est trop prévisible et trop lisse : je lui préfère largement l'excellent "Péril en la demeure".
Michel Deville n'est ni amoral ni pessimiste. Son sujet semble moins exprimer sa vision sociale que constituer un simple essai sur l'arrivisme. L'approche du cinéaste n'est sans doute pas sans âpreté ni sans une certaine froideur, mais n'a pas la noirceur des études de moeurs les plus désenchantées. Probablement parce que derrière la gravité morale des actes de Nicolas Mallet, la mise en scène conserve un peu de fantaisie, voire l'espièglerie récurrente de Deville. Mallet est un employé de banque modeste et timide; jusqu'au jour où, sur les conseils d'un étrange ami, il s'emploie à devenir un personnage important par tous les moyens: séduction, trafic d'influence...Mallet se fond avec succès dans le milieu des affaires et de la politique avec toujours moins de scrupules. Au côté de Trintignant, sorte de candide perverti, Jean-Pierre Cassel compose un être cynique dont on ne sait précisément s'il incarne l'ambivalence humaine ou une conscience diabolique. Mallet et lui ont du moins l'excuse qu'autour d'eux règnent la corruption et les ambitions. Seul le personnage de Romy Schneider spoiler: échappe à l'indignité ambiante et Roberte semble destinée à figurer une victime expiatoire.
Voilà ce que, personnellement, j'appellerais "Vraie nouvelle vague", dans le sens où ce genre de films avec des situations qui seraient absurdes dans la vraie vie le sont aussi à l'écran, avec parfois des dialogues voire des comédiens pas à la hauteur, quand ce n'est pas la réalisation. Ici tout est tellement juste, bien joué et finement réalisé que l'invraisemblance fait place à une sorte de roman moderne, servi magistralement par le casting, de Jean-Pierre Cassel en personnage plus que bizarre à Jane Birkin égale à elle-même, c'est-à-dire d'un naturel désarmant et d'un sacré talent qui ne s'arrête pas à son physique. Et que dire de Trintignant et Schneider qui crèvent l'écran ? Vraiment, une sorte de, comment dire... Soft thriller ? Difficile à décrire, mais grand film, je ne comprends pas comment à presque 50 ans je n'en avais jamais entendu parler.
A aucun moment, je n'ai adhéré au propos de ce film dont j'attendais beaucoup.... Mise à part l'affiche de mes comédiens préférés, je n'y ai trouvé aucun intérêt. Je m'y suis ennuyée et n'ai pas cru une seule seconde à cette ascension improbable. Comment ce film a-t-il pu avoir autant de succès ? Mystère......
Excellent casting pour ce film qui fleure bon la liberté des années 70, tant dans les mœurs que dans les affaires… décors, costumes, autos, ambiance, quel bonheur… avec le Mouton Enragé on ne pourrait presque pas s’empecher de penser que c’etait mieux avant… merci Romy Schneider, Jean Louis Trintignant et Jean Pierre Cassel pour cet excellent moment.
Tient encore la distance près de 50 ans après sa réalisation. Pour les beaux yeux de Jane Birkin et de Romy Schneider, pour le jeu exquis d'un Trintignant au sommet de son art, pour le scénario tortueux sinon crédible, pour le doux parfum du Paris des bistrots dans les années 80...
Le décès récent de Jean-Louis Trintignant, est l'occasion de revoir certains des films les plus célèbres d'une filmographie la plus capée du cinéma français ( avec celle de Michel Piccoli).
" le mouton enragé " fait figure de film phare de sa filmographie parmi d'autres titres fameux.
Réalisé en 1973, par Michel Deville ( dont c'est un des meilleurs films), sur un scénario de l'écrivain Christopher Frank, il nous donne à voir l'ascension sociale par les femmes, d'un jeune employé de banque, qui suit, pour y parvenir, les directives et conseils d'un de ses amis d'enfance dont on comprendra la motivation à la fin.
Film qui s'attache à souligner l'importance des frustrations, du ressentiment dans les motivations humaines les plus sombres. L'ascension sociale est aussi montrée comme détachée de toute prise en compte de critères moraux.
De Ville, s'attache aussi à égratigner la sphère politique, ici composée d'affairistes dénués de toutes convictions et guidés par le seul souci du lucre.
Particulièrement réussi, " le mouton enragé " est composé d'un casting féminin absolument exceptionnel, de charme, de beauté et de talent. On notera évidemment la présence de Jane Birkin, de Romy Schneider, d'Estella Blain (ex femme de Gérard Blain, dans son dernier rôle avant sa fin tragique quelques années plus tard) mais aussi de Florinda Bolkan magnifique Bresilenne dont la carrière cinématographique sera surtout italienne ainsi qu' une apparition furtive de Christine Boisson.
Pour la petite histoire, Florinda Bolkan est connue pour sa longue relation intime avec la plus importante productrice européenne de cinéma de l'époque : cousine italienne de Luchino Visconti.
" le mouton enragé " est simplement un des films français des années 70 parmi les plus accomplis.
Avec un cynisme ahurissant, 'Le Mouton enragé' raconte sur un mode balzacien et tragi-comique l'ascension météorique de Nicolas Mallet, mouton devenu lion. Prostitution, collusion entre la politique et les milieux d'affaires, trafic d'influence et journalisme à scandale : c'est toute la société pompidolienne qui en prend pour son grade, et avec elle, la Ve République en général. Deville, toutefois, ne se contente pas de proposer un brûlot politique - 'Le Mouton' se dérobe d'ailleurs à toute interprétation univoque malgré sa conclusion sous forme de morale - car le film se lit aussi comme une réflexion psychanalytique sur la transgression et, à travers la relation entre Mallet et Fabre (dont on découvre le secret à la fin), sur la volonté de pouvoir. C'est enfin (surtout ?) un extraordinaire objet cinématographique, virevoltant, et servi par 'un casting formidable : Trintignant, Cassel, Birkin et Schneider sont en effet brillants.
Bon petit film, assez spécial dans son scénario, ultra cynique, il fallait oser ! Ce qui m'a de suite frappée c'est la fraîcheur et l'intelligence des dialogues, certaines répliques sont croustillantes et font mouche encore aujourd'hui, des décennies après sa sortie. Le casting est délicieux. Dommage que dans la deuxième partie des longueurs se fassent ressentir, et on perd un peu le fil.
Michel Deville nous propose une histoire montrant une belle progression. Un Drame aux dialogues délicats, au scénario ambitieux et original, alliant humour, cynisme et sensualité. Il nous conte une histoire libertine savoureuse et prometteuse qui vire malheureusement à une sordide machination politico-économique. La mise en scène est sans faille, le casting de très haute volée avec une lumineuse et troublante Romy Schneider, un sublime Jean-Louis Trintignant, jouant le rôle de Nicolas un employé de banque ambitieux. Il séduit Marie Paule (la Jeune et pétillante Jane Birkin), en parle à son énigmatique ami éditeur (Jean-Pierre Cassel) qui lui propose une mission incongrue. À voir ou à revoir, ce film qui, tourné il y a presque 50 ans, n'a absolument pas pris une ride.