Il y a dans Podium une promesse de cinéma, une sorte d’étincelle initiale – presque fascinante – qui semble annoncer un film à part, à la fois grinçant et mélancolique, drôle et tragique. Et pendant un moment, on y croit. Le pitch est fort, le personnage principal est atypique, la prémisse regorge de potentiel.
Un ancien sosie de Claude François, rangé des paillettes, rattrapé par son double artificiel et par ses désirs refoulés : il y avait là de quoi construire une véritable comédie existentielle, un portrait touchant d’un homme en crise.
Malheureusement, tout ce que le film fait de cette promesse reste à moitié abouti, comme s’il se contentait de survoler ses propres ambitions.
L’écriture semble souvent se débattre avec son sujet, tiraillée entre plusieurs directions sans jamais en choisir une franchement. Il y a des fulgurances, oui –
cette idée du concours de sosies, par exemple, aurait pu donner lieu à une satire mordante sur notre société du spectacle.
Mais à chaque fois qu’on pense que le film va oser, il se ravise. Il revient à des conventions, à des effets comiques faciles, à des dialogues qui sonnent faux, ou à des ressorts émotionnels mal préparés. Comme si le film avait peur de ce qu’il pourrait réellement dire.
La mise en scène, elle aussi, souffre du même flottement. Tout est soigné, mais rien n’est incarné. Les chorégraphies sont bien réglées, les costumes font le travail, les décors sont parfois inspirés… mais tout cela reste en surface. Il manque ce supplément d’âme, ce liant qui transforme une succession de scènes en une œuvre cohérente. À trop vouloir brasser large – la nostalgie, la folie douce, le ridicule des sosies, l’amour, la filiation, la mort –, le film se perd. Il papillonne, il digresse, il s'épuise.
Et pourtant, il y a Benoît Poelvoorde. Et il est formidable. Il est habité, instable, attachant, parfois bouleversant. Il donne à Bernard Frédéric une intensité qui dépasse souvent le cadre du film. Son regard est chargé de quelque chose de plus grand que le rôle, une sorte de désespoir sincère qui rend son personnage terriblement humain. Mais tout le film repose sur lui, et lui seul. Autour, ça vacille. Jean-Paul Rouve a quelques moments de grâce, mais son personnage frôle la caricature. Julie Depardieu est crédible,
mais enfermée dans un rôle trop attendu : celui de la compagne lucide, opposée au rêve.
Ce qui dérange le plus, c’est cette sensation que le film n’assume jamais son propre vertige. Il veut à la fois se moquer et émouvoir, provoquer le rire et la tendresse, dénoncer le ridicule tout en l’embrassant… mais il ne parvient pas à concilier ces élans contradictoires. Résultat : il s’épuise à vouloir plaire à tout le monde, et finit par flotter dans un entre-deux gênant. On ne sait jamais si l’on doit rire, pleurer, compatir ou hausser les épaules.
Il y a quelques scènes réussies, tout de même : le face-à-face avec Évelyne Thomas, la préparation bancale du concours, certains échanges absurdes avec Couscous, ou encore ce moment étrange où Bernard tente de s’électrocuter, pastichant involontairement la mort de Cloclo.
Ces moments, plus absurdes que drôles, laissent entrevoir un autre film – plus radical, plus libre, peut-être plus cruel aussi – mais ce film-là n’advient jamais.
En définitive, Podium est une œuvre bancale, parfois fascinante dans ses égarements, mais jamais pleinement convaincante. Ce n’est ni un naufrage, ni une réussite. C’est un film qui flotte, qui hésite, qui parfois touche juste, mais qui, le plus souvent, reste prisonnier de ses propres hésitations. On en ressort avec l’étrange sensation d’avoir assisté à une copie en partie réussie… d’un film qui n’a jamais vraiment existé.