Le Rideau déchiré est un Hitchcock mineur, mais pas dépourvu de charme. Le film s’appuie sur un contexte de guerre froide propice à la tension, et la mise en scène, parfois inspirée, rappelle par instants le talent du maître pour manipuler l’espace, le regard et l’attente. La célèbre scène du meurtre dans la ferme en est l’exemple le plus éclatant : réaliste, étouffante, elle démontre que même dans un projet moins enthousiasmant, Hitchcock sait encore surprendre.
Pourtant, l’ensemble manque de souffle. Le scénario d’espionnage, parfois confus ou étiré, peine à maintenir un rythme soutenu. L’alchimie entre Paul Newman et Julie Andrews — casting imposé par le studio — reste étonnamment tiède, ce qui affaiblit la dimension émotionnelle. À cela s’ajoute une musique de John Addison, correcte mais bien loin de l’impact que Bernard Herrmann aurait pu apporter, rendant certaines scènes étonnamment neutres.
Le film apparaît ainsi comme un divertissement convenu, qui déroule son intrigue sans véritable prise de risque. Mais il demeure agréable à regarder : quelques seconds rôles savoureux, une direction visuelle encore habitée, et des éclairs de mise en scène rappellent que même en demi-teinte, Hitchcock sait tenir son spectateur.
En somme, Le Rideau déchiré n’est ni un échec ni une réussite marquante, mais un film solide, honnête, parfois frustrant, qui mérite un 6/10 pour ses qualités formelles et son efficacité intermittente.