"Cannibal Holocaust" est un mythe, à savoir un film que peu de gens ont véritablement vu, mais qui est connu de tous. En ce qui concerne ce dernier, sa réputation s'est surtout faite quant à son contenu jugé extrêmement violent. Ayant créé la polémique au moment de sa sortie, le réalisateur ayant même dû s'expliquer à plusieurs reprises, un statut culte s'est automatiquement greffé à ce projet. Mais voilà, entre ce qu'un film renvoie comme image et sa véritable qualité, il y a parfois un monde. Et honnêtement, je pense que c'est exactement le cas pour ce long-métrage. À défaut d'être absolument mauvais de bout en bout, il est clair que celui-ci est franchement peu intéressant si on le regarde d'un point de vue cinématographique. Déjà, car le véritable intérêt de celui-ci ne se situe que dans sa seconde partie, c'est elle qui a créé la polémique et les spéculations. Mais, d'une manière assez logique, il faut donc passer par la première avant d'y être confronté, et autant dire que cette entrée en matière laisse clairement à désirer. Soyons honnêtes, le début du film est très compliqué à regarder, car il sonne comme quelque chose d'extrêmement amateur. Cela se ressent déjà au niveau de la réalisation, parce que l'on voit rapidement qu'il y a peu de budgets au sein de ce projet. En conséquence, la caméra peine donc à proposer des choses intéressantes, le montage s'évertuant également à rendre le tout franchement indigeste. Et autant le dire, ce ne sont pas les comédiens qui vont sauver le tout, tous étant franchement mauvais. Aucune réplique ne sonne juste, on les sent totalement inintéressés. Enfin bref, ces premières minutes sont une véritable torture pour tout amoureux du cinéma. Cependant, comme je l'ai précisé, une seconde partie arrive et c'est celle-ci qui nous intéresse. Pour commencer, car elle se concrétise sous un format très peu répandu pour l'époque : le found footage. Même si cette esthétique n'est pas totalement nouvelle, il est peu de dire que cette caméra à l'épaule était surprenante pour un film de 1981. Et en ce sens, je pense donc qu'il faut quand même reconnaître cela à ce film : il a permis de développer ce genre. Par son approche "amateure" de la chose et dans cette envie de fournir une image proche du réel, il est clair que les leçons de son tournage serviront à façonner un concept qui trouvera son point culminant durant les années 2000. Cependant, il ne faut pas être dupe pour autant, car si on en tire des leçons, ce n'est pas forcément pour les bonnes raisons. Déjà, car même si ce point de vue renforce le réalisme, on a toujours du mal à croire à ce que l'on regarde, en partie à cause de ce casting encore très peu en jambe. Mais également, car l'approche du film pour nous faire croire à son univers est franchement douteuse, voire moralement discutable. En effet, comme approche, le long-métrage choisit la violence à outrance. Ici, son but est de choquer et d'offrir des images tellement horribles pour l'époque, que le résultat sera forcément perçu comme réaliste. Mais selon moi, que ce soit du point de vue de l'idée ou de la thématique qui cherche à être créée avec cela, il y a un problème. Déjà, car le film va trop loin selon mes critères (et je tiens à préciser que ce sont les miens, chacun ayant ses limites). Que l'on soit clair, voir de véritables animaux être violentés et/ou exécutés devant la caméra me révulse. Ce n'est pas acceptable d'en arriver là pour proposer de l'art, surtout que cette idée ne raconte rien. Beaucoup de gens ont essayé de défendre cette approche par la thématique du film, qui cherche à nous raconter la violence de l'homme poussée à l'extrême. Sur le papier, je peux comprendre, mais dans les faits, je trouve que c'est une raison franchement abusée. Dans l'écriture même du film, cette idée est mal intégrée pour commencer, car elle n'est jamais subtile. Certes, on aura toutes ces discussions dans ces environnements de télévision pour discuter de si ces images sont diffusables ou non, mais cela ne fonctionne pas. Quand on voit la qualité franchement médiocre des dialogues, on ne peut ressortir de cela avec une quelconque piste de réflexion. Le débat est tellement traité avec la lecture la plus basique possible, que ce n'est jamais intéressant. Surtout que, dans le fond, on sait bien que le film cherche uniquement à choquer. On voit bien que, face à un budget aussi ridicule, il fallait trouver un moyen de retenir l'attention du spectateur des années 80, ce dernier n'ayant jamais vu ce genre d'images. Et clairement, ça peut marcher dans les faits, mais pas si on prend du recul. Sincèrement, pourquoi avez-vous été choqué ? Parce que le réalisateur a développé une atmosphère et une réalisation malsaine, ou bien parce qu'il a simplement décidé de montrer de véritables images d'horreur ? Honnêtement, je trouve cela trop facile de simplement me montrer une chose réellement atroce pour me faire ressentir du dégoût. Ici, ce n'est plus du cinéma, ce sont juste les mêmes méthodes puantes que l'on voit partout aujourd'hui sur Internet, dans le but de choquer le monde. À partir du moment où le film a choisi cette direction, il est sorti du cadre du cinéma, et je n'aurai donc aucun remord à simplement le trouver immoral et hors de propos. Sachant également que, comme je l'ai déjà dit, le contenu purement cinématographquie (choix de casting, montage, réalisation, écriture) est clairement de mauvaise qualité. Alors, face à ce genre de projets, je peux certes dire que j'ai enrichi ma culture cinématographique. J'ai vu un mythe, un film que tout le monde connaît et qui a créé moultes débats. Mais sincèrement, dans le fond, je n'y ai rien ressenti. Le cinéma me touche par les émotions qu'il créait, pas en contournant vicieusement ces codes pour tenter de fonctionner. Pour conclure, un film à voir, mais clairement pas plus.