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JSCooper
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3,5
Publiée le 4 août 2026
Deuxième long-métrage né de l’association magique entre le réalisateur Marcel Carné et le poète-scénariste Jacques Prévert, "Drôle de drame" (1937) est un monument d'excentricité cinématographique. Cette comédie policière loufoque, pastichant le classicisme britannique pour mieux dynamiter la bien-pensance française, s'impose comme un joyau d'humour absurde et de satire sociale dont la modernité continue de surprendre, même s'il souffre des outrages du temps sur sa forme.
La force absolue du film réside dans les dialogues d'une virtuosité étincelante signés Jacques Prévert. Truffé de jeux de mots poétiques et de réparties légendaires (l'inoubliable joute oratoire autour du mot « bizarre » entre Louis Jouvet et Michel Simon est entrée au panthéon du cinéma), le script sert d'écrin à un casting de monstres sacrés exceptionnel. Michel Simon est formidable de dualité en botaniste obligé de se cacher sous les traits d'un auteur de romans policiers à succès, tandis que Louis Jouvet incarne un évêque d’une hypocrisie puritaine réjouissante. Jean-Louis Barrault, hilarant en tueur de bouchers végétarien, et Françoise Rosay, bourgeoise autoritaire impériale, complètent ce tableau de haute volée. Ensemble, Carné et Prévert livrent une satire féroce et d'un cynisme jubilatoire de la haute bourgeoisie, de sa morale de façade et de ses institutions.
Pourtant, cette fantaisie débridée n'est pas exempte de quelques aspérités qui ternissent un peu le plaisir de visionnage aujourd'hui. Le premier écueil pour le public contemporain réside dans un jeu d'acteurs extrêmement théâtral. Héritage des débuts du cinéma parlant des années 1930, les comédiens déclament leurs textes de façon très appuyée et grandiloquente, ce qui peut déconcerter par son manque de naturel. De plus, pour servir son éloge de l'absurde, le film s'appuie sur un scénario volontairement décousu et "bordélique". L'accumulation frénétique de quiproquos croisés, d'incohérences physiques volontaires et de détours narratifs donne par moments au film un aspect artificiel et confus qui peut égarer ceux qui recherchent une progression logique rigoureuse. Enfin, les limites techniques de l'époque imposent une bande-son parfois grésillante et manquant de clarté, demandant une attention auditive soutenue pour capter toute la finesse des répliques.
"Drôle de drame" n'en demeure pas moins un classique hautement recommandable de notre patrimoine cinématographique. Porté par une liberté de ton et une insolence créative phénoménales, ce vaudeville surréaliste mérite d'être redécouvert pour la beauté de sa langue et de sa distribution, malgré ses rides techniques et narratives.
Avec Drôle de drame, Marcel Carné détourne les codes du polar et du vaudeville dans une fantaisie absurde où le non-sens devient une véritable mécanique poétique. Le film repose largement sur l’énergie incroyable de ses dialogues et sur le plaisir manifeste des acteurs à faire exister cet univers de personnages excentriques, entre Louis Jouvet impassible et Michel Simon délicieusement grotesque. Derrière son apparente légèreté burlesque, l’œuvre dégage une étrangeté très singulière, presque surréaliste, qui donne au chaos narratif une saveur durablement fascinante. Pourtant, cette accumulation de quiproquos, de ruptures de ton et d’excentricités finit parfois par tourner à vide, comme si le film se grisait lui-même de son propre délire verbal. Une comédie atypique et audacieuse pour son époque, portée par un charme absurde indéniable, mais dont la fantaisie débridée crée aussi une certaine distance émotionnelle.
Drôle de drame est un film où tout déraille : les identités, les rôles, la morale, l’ordre social. Personne n’est vraiment à sa place, tout le monde ment ou se déguise, et c’est précisément ce désordre qui rend le film si réjouissant. Sous ses airs de farce, Carné et Prévert signent une satire féroce de la bourgeoisie, du clergé, de la police et de tous ceux qui prétendent incarner la respectabilité. L’intrigue met un peu de temps à trouver son rythme et tourne parfois en rond, entre vaudeville, policier et absurde. Mais les dialogues sont d’une modernité folle : irrévérencieux, pleins de formules qui claquent encore aujourd’hui. Le fameux “Moi, j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre…” résume à lui seul l’esprit du film : absurde et immédiatement mémorable. Visuellement, le film garde une atmosphère étrange, presque théâtrale, où le burlesque côtoie toujours quelque chose de plus noir. Louis Jouvet est impérial, à la fois inquisiteur, grotesque et génial, tandis que Michel Simon donne au film une humanité monstrueuse et dépassée. Chaque situation devient un petit jeu de massacre où les puissants perdent leur masque, les honnêtes gens deviennent suspects, et la foule se révèle aussi ridicule que dangereuse. Un film moins bouleversant que jubilatoire, mais qui rappelle à quel point ce vieux cinéma peut encore être vivant, insolent et profondément attachant.
Je mets 3 par respect pour l'aspect 'classique' et le prestige mérité des acteurs et de Prévert. Mais même avec ce dernier, un roman aussi pauvre ne pouvait pas se transformer miraculeusement en chef d’œuvre. Il faut dire que certains aspects de la mise en scène sont très discutables. spoiler: Par exemple le gag interminable de l'accumulation des bouteilles de lait ou le myosotis agité... C'est du burlesque de cirque.spoiler:
Revu aujourd’hui en salle dans une très belle version restaurée, « Drôle de drame » demeure un régal intact. Distribution exceptionnelle, dialogues d’une richesse inouïe — qui comptent parmi les plus célèbres du cinéma français — et ton singulier mêlant burlesque, non-sens et satire féroce : tout concourt à faire du film une expérience jubilatoire. Comme le souligne très justement Jacques Lourcelles, il s’agit d’« un ballet de fous évoluant comme dans un autre monde », dynamitant avec une insolence réjouissante les fondements mêmes de la société bourgeoise. Car sous ses airs de fantaisie loufoque, le film développe une véritable entreprise de sabotage. Figures d’autorité ridiculisées (l’évêque, la police), respectabilité bourgeoise tournée en dérision, logique narrative elle-même mise à mal par l’absurde : l’univers de Prévert fonctionne comme une machine à dérégler l’ordre établi. Les personnages, tous plus excentriques les uns que les autres, semblent évoluer dans un monde parallèle où les normes sociales n’ont plus cours, révélant par contraste leur arbitraire. Reste que le film doit l’essentiel de sa réussite à ses dialogues et à ses interprètes. Tous sont remarquables, même si leur jeu, volontiers outré, frôle parfois le cabotinage — excès qui s’accorde néanmoins avec la stylisation générale. En revanche, la mise en scène de Marcel Carné apparaît plus en retrait. D’un point de vue strictement cinématographique, elle demeure relativement fonctionnelle, presque effacée, comme si elle se contentait d’accompagner le texte sans chercher à le prolonger visuellement. Ainsi, sans aller jusqu’à parler de chef-d’œuvre, « Drôle de drame » s’impose comme une réussite majeure, portée par la verve inimitable de Jacques Prévert et par une distribution d’exception, au service d’une satire aussi corrosive que réjouissante.
Un film incompris à sa sortie, son côté burlesque ayant pu décontenancé à l’époque, puis adulé par la suite car vu comme précurseur. Le duo Marcel Carné derrière la caméra et Jacques Prévert aux dialogues fait mouche, entouré d’une excellente distribution Louis Jouvet et Michel Simon en tête. On ressent toute l’inimitié qu’il y a entre les deux acteurs notamment dans la scène du souper encore célèbre aujourd’hui.
Une comédie très théâtrale, très écrite. On est dans de la comédie de boulevard qui enchaîne les punchlines et les bons mots sans temps morts. Les dialogues sont savoureux et les acteurs s’amusent autant que le spectateur.
Je sais que ce film est considéré comme un classique mais c'est vraiment du théâtre absurde, du grand n'importe quoi. On comprend son manque de succès à l'époque. Carné ou Prévert ont quand même fait beaucoup mieux que cette grosse farce. Culte ? "Bizarre, bizarre" en effet....
Impossible pour moi de choisir un Carné ! Celui ci à son charme particulier: humour décalé, parfois incompris. Acteurs époustouflants. Il ne manque que mon idole, Arletty…… Je suis fan de tous les acteurs.
Usant à l'envi des comiques théâtraux et d'humour noir, cette comédie loufoque conserve un rythme trépidant grâce à un récit où s'enchevêtrent péripéties, quiproquos, folles coïncidences sans cesser de railler ceux qu'il met en scène, tour à tour ridicules, pathétiques, hilarants. Finement écrits (voire cultes) les dialogues sont servis par de dynamiques comédiens menés par un inénarrable Louis Jouvet. S'appuyant sur la thématique du masque ou du déguisement, ce vaudeville grinçant oscille entre comédie de moeurs, parodie de film noir et enquête absurde dans une atmosphère sautillante refusant tout temps mort. Une folle dinguerie, une fort intelligente réflexion, un moment de rires savoureux!
A l'origine, le scénario est celui d'un vaudeville classique tirant sans doute sur l'humour noir. Mais, au fur et à mesure que se développe l'intrigue, les rebondissements et les quiproquos hasardeux, typiquement théatraux, du vaudeville paraissent moins utiles à imprimer le rythme du récit qu'à exprimer l'anticonformisme de Prévert. Maître de l'absurde et proche du surréalisme, Prévert brode des péripéties abracadabrantes autour du meurtre présumé d'une épouse bourgeoise et de la clandestinité de son mari (Michel Simon), spécialiste de botanique mais surtout écrivain scandaleux de romans policiers. L'histoire progresse, de plus en plus loufoque et toujours plus improbable! Au passage, Jacques Prévert ridiculise comme il se doit la bourgeoisie, la police et le clergé, lequel est représenté par un évêque protestant chargé de famille, un puritain qui n'hésite pas cependant à se travestir en écossais (kilt et lunettes noires!) pour éliminer les traces de ses escapades coquines. Louis Jouvet compose ce personnage irrésistible avec la raideur et la dignité qu'on imagine. Chacun des comédiens, d'ailleurs, trouve dans cet effectivement drôle de drame - et c'est la qualité principale du film de Carné- un emploi tout en dérision et cabotinage.
Trop daté, scénario trop alambiqué. Jeu d'acteurs trop théâtral. Le film m'a ennuyé et perdu. J'en attendais un film aux jeux et dialogues savoureux, n'en est resté dans ma tête qu'un film d'un autre temps qui n'a pas supporté les années.
Alors là; on atteint le quasi summum du scénario parfait, huilé, synchronisé, pas d'incohérences et en plus c'est vraiment "drôle"; mais pas dramatique malgré un titre qui le dit ; mais cela aurait pu être le cas. Les acteurs sont formidables même les moins connus. Le seul bémol, les décors! Ils sentent très, trop fort le studio, visible comme le nez au milieu de la figure. Mais, on passe la dessus. A voir par tous, sans exception