David Lynch arrive, avec son dernier opus, à toucher la moelle même, la profonde réalité du cinéma, ce qui fait que celui-ci, 7e de son nom, soit lart ultime. David Lynch, on peut maintenant le dire, plus qu'un simple démiurge incarne le cinéma, c'est-à-dire l'épanouissement total de l'art, faisant appel à chacun de nos sens. Le choix du tournage en DV est ainsi très important : à la fois libération créatrice (le numérique captant à la fois plus de détails et étant plus flou dans sa mise en perspective) et aboutissement du cinéma (le réalisateur devient créateur total, celui qui porte la caméra, qui monte le film, et qui est à lorigine de la musique ici).
Cette odyssée intérieure d'une actrice (sic) est toute entière placée sous le signe du double, un double cette fois-ci enfoui dans chaque humain, contrairement à Mulholland Drive ou la bipolarisation était basée sur deux êtres de chair et de sang, mais en même temps écho à ce dernier.
Comme toujours chez Lynch, l'étrange provient du réel, et non l'inverse. C'est ainsi que plus il se rapproche du visage de ses comédiens, plus il capture leurs expressions les plus enfouies, refoulées, il capture le laid au point de le subjuguer en une fresque picturale des plus puissantes. C'est ainsi que naît cette sensation d'"inquiétante étrangeté" selon l'expression de A.Vidler, cette compréhension que tout ce qui fonde notre monde peut basculer d'un côté comme de l'autre, que demain peut être aujourdhui, et quaujourdhui est quand même hier.
Mise en abîme de son art, INLAND EMPIRE apparaît comme lautre face dune même uvre entamée avec Mulholland Drive : plus libre mais aussi plus plus aboutie, plus noire et cauchemardesque mais plus lumineuse, à la fois synthèse de luvre lynchéenne et volonté de tenter de nouvelles choses ; INLAND EMPIRE cest tout cela, un sommet, une charnière, une explosion créatrice à la figure des tenanciers dune soi-disant bonne manière de faire du cinéma.
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