De la filmographie assez ramassée de Carl Franklin (8 longs métrages en trente ans) n'émerge vraiment qu' "Un faux mouvement", film noir sorti en 1992 qui avait fait naître beaucoup d'espoir et semblait pouvoir indiquer que Carl Franklin allait marcher sur les traces d'un Spike Lee. La suite sans être honteuse n'a jamais été à la hauteur de ce condensé de violence écrit par Billy Bob Thornton et Tom Epperson qui plantent immédiatement le décor avec une tuerie aussi sauvage que méthodique asphyxiant d'emblée le spectateur. Les organisateurs d'une partie ne se doutent pas lorsqu'ils ouvrent la porte à une des habituées de la maison qu'elle apporte la mort avec elle. Il ne fait pas bon être dealer dans cette banlieue cossue de Los Angeles car le racket n'est jamais très loin, il sera cette fois très violent. Sans aucun effet de style, presque caméra à l'épaule , Carl Franklin nous rappelle que dans le business de la drogue, le prix d'une vie ne pèse rien, notamment pour "Pluto" (Michael Beach) sorte de monstre froid sorti des meilleures universités pour qui planter un couteau dans les entrailles d'une victime ligotée et bâillonnée à l'aide d'un sac plastique semble être un moyen comme un autre de joindre l'utile à l'agréable. A côté de lui, son complice (Billy Bob Thornton) et sa petite amie junkie (Cynda Williams) qui a servi d'appât semblent tout aussi dangereux mais leur état nerveux n'augure rien de bon quant à leurs chances d'échapper à la police ou à leur complice si lui prend l'envie de voyager en solitaire. Le contexte semble tout de suite donné d'une poursuite sanglante dans la grande cité quand le scénario suite à la dislocation du trio de malfrats, bifurque vers Star City une campagne profonde de l'Arkansas où l'enquête se poursuit avec les deux inspecteurs du LAPD obligés de collaborer avec un flic du cru (Bill Paxton) aux pratiques rurales mais faisant preuve d'un enthousiasme et d'une tenacité à toute épreuve. C'est alors une sorte d'ambiance à la "Twin Peaks" sudiste qui nous est proposée avec comme point de référence, Dud Cole (Jim Metzer) flic propre sur lui dont la parenté avec l'agent du FBI Dale Cooper interprété par Kyle MacLachlan semble évidente. La série qui vient de sortir sur les écrans de télévision fait alors un carton Outre-Atlantique. Le film nous emmène dès lors résolument sur une autre voie plus psychologique, remontant sur les traces du passé chaotique de Fantasia (Cynda Williams) la jolie junkie qui s'était rêvé un avenir radieux en quittant son trou paumé pour la cité des Anges. Les portraits remplis d'humanité que brosse Carl Franklin montre outre sa capacité à marier les atmosphères, son sens du détail et une volonté de proposer un cinéma où l'action jamais gratuite se met au service d'un propos plus large. Au final "Un faux mouvement" reste une sorte d'ovni au sein de la galerie de thrillers de cette décennie beaucoup plus démonstratifs. Une originalité de ton qui s'est malheureusement rapidement perdue dans des productions moins ambitieuses.
Très mal connu en France mais apprécié par ceux l'ayant découvert, « Un faux mouvement » n'est pas un film facile à critiquer. Il paraît à la fois très simple et assez complexe, certains éléments s'avérant assez inhérents aux polars classiques, d'autres nettement moins. Il y a un bon équilibre entre forces de l'ordre et criminels à l'écran, sans jamais être manichéen ou simpliste dans la manière de retracer les deux récits. Le scénario est globalement très réaliste, ce qui lui donne un côté parfois très sec : pas de lyrisme, pas de grands discours sur le Bien et le Mal, pas de personnages héroïques venant sauver la nation. D'ailleurs, c'est sans doute cet aspect qui m'empêche d'être réellement enthousiaste, car pour le reste, la réalisation de Carl Franklin ne cède à aucune facilité, filmant au plus près des protagonistes intéressants, souvent complexes, faisant de cette opposition quelque chose de presque crépusculaire, mais finalement assez sensible, à l'image du lien unissant spoiler: Dale et Lila, rendant le dénouement d'autant plus brutal : ni rédemption, ni « derniers mots » poignants, juste une fusillade dont personne ne sortira indemne, la mort de cette même Lila faisant même froid dans le dos par son réalisme glaçant. Solide interprétation, notamment du regretté Bill Paxton, bien entouré par des seconds de qualité, notamment Billy Bob Thornton que l'on a toutefois connu plus marquant. Bref, un thriller pas comme les autres justement parce qu'il ne cède pas aux codes habituels tout en restant dans une logique de polar très classique, les artifices en moins : ce n'est pas forcément l'approche que je préfère, cela n'empêche pas de découvrir avec intérêt cette « course-poursuite » presque sociale, portrait amer d'une Amérique urbaine méprisante vis-à-vis de sa campagne : une œuvre de qualité.
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3,0
Publiée le 25 avril 2012
Tueurs en cavale, une belle mètisse, un blanc psychopathe à queue de cheval et un noir glacial filent vers leur perte dans un trou de l'Arkansas...Carl Franklin a voulu faire de "One False Move", un film sale qui ne montre pas la violence comme une chorègraphie aseptisèe! Un pari tenu où le cinèaste noir capte sans fard le racisme et l'exclusion de l'Amèrique des annèes 90 et d'aujourd'hui avec des personnages lumineux que ce soient Michael Beach, Billy Bob Thornton, l'excellent Bill Paxton et la surprenante Cynda Williams! Un thriller qui nous cueille comme un crochet au foie et qui a reçut le prix de la critique au festival du film policier de Cognac en 1993...
Comment dit-on déjà ? Petit grand film ou grand petit film ? Je garde un énorme souvenir de One False one. Je crois avoir rarement ressenti au cinéma la peur viscérale d'un flic qui ne s'étant jamais occupé d'autre chose que des problèmes de chiens écrasé dans sa petite bourgade se retrouve face à un os : le grandbanditisme à ses portes avec l'angoisse à gérer, sa famille, les amis du quotidien, et cette menace qui va tout bousculer dans sa vie jusque là réglée comme du papier à musique... C'est un vrai polar mais les codes rappellent ceux du western (on pense inévitablment au train sifflera trois fois) et c'est toute l'intelligence de ce petit bijou signé Carl Franklin.
Ecrit par Tom Epperson et Billy Bob Thornton, un bon p'tit polar du tout début des années 90 qui aura l'air de rien bien influencé le genre de l'époque. Si l'ensemble a prit un sacré coup de vieux, il parvient tout de même à créer une véritable ambiance lourde, offrant un spectacle violent et désespéré, servit par de très bons acteurs (si l'on excepte Cynda Williams, à baffer) et un scénario efficace.
un film méconnu hélas du grand public qui commence de façon terrible et surprenante et qui tout de suite vous glace le sang. le reste est tout aussi captivant avec une pléiade de personnages atypiques un très grand moment de cinéma.
Un polar Crépusculaire. Qui débute comme un polar urbain-et violent- avant de s'offrir une virée dans les plaines de l'Arkansas ou l'histoire prendra un tournant tragique. Avec des personnages coincées et frustrées dans leurs situation d'origine ou partis se perdre dans les grandes villes.Ponctuée de scènes de suspenses très fortes, un polar qui avait fait du bruit à l'époque, sorti la même année que le Réservoir Dogs de Tarantino, mais qui est tombé dans l'oubli.
Du thriller,ce film a hérité la sécheresse et la rapidité du trait. On voit, dans la scène d'introduction, un gang à la petite semaine surgir au beau milieu de la soirée et trucider froidement tous les invités pour une sombre histoire de drogue. L'abcès de la violence est crevé,dans ce qu'elle de plus cru et brutal. Film poignant!
Ce n’est pas un thriller d’une grande originalité faisant même preuve d’un classicisme éprouvé dans sa réalisation mais pourtant le long-métrage parvient à maintenir l’intérêt grâce à autant à ses personnages travaillés qu’à son atmosphère poisseuse. Le film peut également s’appuyer sur une très solide distribution.
Un polar froid, violent et efficace. Pas de poursuite de voitures ou de fusillades interminables. Juste un scénario bien ficelé avec de très bons acteurs (Paxton, Thornton notamment) qui mène à un dénouement qu'on devine inévitable, sans pathos ni dialogues inutiles. Tout à fait recommandable.
Carl Franklin a une filmographie relativement moyenne mais ses premiers films méritent que l'on revienne dessus et montre un véritable amour pour le polar et la série noire fataliste . Un Faux mouvement illustre parfaitement cela. Sorte de polar ou se mêle Road-movie et chronique, le film prend son essence dans un coin paumé des U.S.A. que Franklin inscrit dans le réel avec ce qu'il y a de plus sombre c'est à dire racisme, jalousie, lâcheté... Personne n'en sort totalement indemne tant les personnages sont rongés par leurs demons. Niveaux casting le tout est excellent, Billy Bob Thornton campe un psycho camé, Bill Paxton est un excellent shérif redneck et la méconnue Cynda Williams est une parfaite femme fatale plus paumé que garce.