Voir MELODIE EN SOUS-SOL aujourd'hui, près de 50 ans après son tournage, permet un jugement plus serein qu'à l'époque où la guerre faisait rage entre tenants de la Nouvelle vague et défenseurs de l'Audiardmania. Ne boudons pas notre plaisir devant un film policier (ce que ne sait plus faire le cinéma français d'aujourd'hui) qui s'appuyait sur un solide roman de John Trinian bien adapté par Albert Simonin. Plaisir encore devant le jeu virevoltant d'Alain Delon et des seconds rôles très bien tenus, Maurice Biraud et Jose-Luis de Vilallonga en tête ; la camera cinemascope s'autorise quelques beaux plans (en général sur Delon) et la musique (tonitruante) de Michel Magne crée l'ambiance. Partant de là, les insuffisances de la réalisation d'Henri Verneuil (personnage sympathique mais cinéaste limité) plombent le film : aucun parti n'est tiré du décor cannois, de l'ambiance du casino et du monde qui entoure les héros du film ; si le film reste agréable à suivre dans son déroulement, le spectateur reste indifférent, jamais tenu vraiment en haleine ; le jeu de Gabin (qui, en fait, ne jouait plus que Gabin à cette époque) est pauvre et stéréotypé ; quant au fameux dialogue d'Audiard, remettons les pendules à l'heure : quelques bons mots d'auteur perdus au milieu d'un océan de banalités, entendus dans maints films, sur la vie en prison, le gros coup, les femmes. Remarquons enfin que ce film, dont les ambitions étaient purement commerciales, est totalement déconnecté de la réalité de la France de 1962 (De Gaulle au pouvoir, fin de la guerre d'Algérie et arrivée massive de rapatriés, bouleversements dans le monde de la chanson et l'industrie du disque, explosion de la télévision sur l'ensemble du territoire, etc). Alors, MELODIE EN SOUS-SOL, ni grand film ni navet : une production commerciale sans véritable relief mais le plaisir d'un film policier comme on n'arrive même plus à en produire aujourd'hui (voir le catastrophique A BOUT PORTANT qui "triomphe" sur les écrans de cette fin d'année).