« En premier lieu, je crois que je mettrais Reflets dans un œil d’or. C’est un film que j’aime dans sa totalité ». Ainsi répondait John Huston à Bertrand Tavernier et à Rui Noguiera quand dans un entretien datant de 1970, ils lui demandaient quel était son film favori. Le grand réalisateur avait pourtant à l’époque déjà un vaste choix parmi sa foisonnante et très hétéroclite filmographie. Déjà plus de 25 films au compteur et non des moindres dont « Le faucon Maltais » ( 1941), « Le trésor de la Sierra Madre » (1948), « Quand la ville dort » (1950), « L’odyssée de l’African Queen » (1951), « Moulin Rouge » (1952) ou encore « les Désaxés » (1961). Le roman éponyme de Carson McCullers paru en 1941 avait déjà fait l’objet de plusieurs projets d’adaptation inaboutis dont en 1957 celui où Burt Lancaster, sous la direction de Carol Reed à partir d’un scénario de Tennessee Williams, devait interpréter le rôle qui sera tenu chez Huston par Marlon Brando. Initialement, Montgomery Clift était le premier choix de Huston pour le rôle du Major Weldon Penderton et Marlon Brando prévu pour celui du lieutenant-colonel Morris Langdon. Monty Clift décédant en 1966, Brando endosse son rôle et Brian Keith prend sa place. Elizabeth Taylor et Julie Harris sont les épouses respectives des deux officiers. Le scénario est confié à Gladys Hill qui travaille régulièrement avec Huston et au novelliste Chapman Mortimer. Dans une garnison de Géorgie où sont en formation de futurs officiers, cohabitent en proximité deux couples dysfonctionnels dont chacun des membres, dans une sorte de torpeur ambiante, tente de trouver une issue à son mal-être. Le nœud de cette intrigue étouffante, s’enroule autour de la personnalité complexe du Major Penderton, qui dans le milieu viril par essence qu’est l’armée doit douloureusement gérer une homosexualité refoulée face à une femme dont la soif de vivre pleinement lui fait peur et qui par ses provocations sexuelles vécues comme des humiliations, le ramène constamment à son impuissance. L’enseignement de l’art de la guerre qu’il prodigue aux jeunes officiers où les références à des généraux illustres comme Napoléon, Rommel ou Patton sont nombreuses, ne font qu’enfoncer un peu plus le Major dans la solitude et la détestation de lui-même. Les poses extatiques devant la glace, mimant une cérémonie de décoration pour bravoure ou encore les séances de musculation se terminant par un massage facial avec les crèmes de maquillage de sa femme ne sont que des artefacts dérisoires. Se désincarnant progressivement faute de repères auxquels se raccrocher, le Major perd pied comme le montre la torture qu’il inflige au cheval de sa femme qu’il n’arrive pas à monter correctement. Le hasard plaçant face à son regard un jeune soldat (Robert Forster) qui apparemment sans aucun tabou se promène régulièrement nu en forêt, fait se sentir moins seul le Major qui peut ainsi satisfaire son tempérament passif à travers le voyeurisme tout en se prenant à fantasmer une rencontre qui le fera enfin exister. La tension sourde entre les quatre personnages semble ne pouvoir trouver d’issue qu’à travers une mutation opportune permettant de mettre fin à cette relation toxique en quittant une caserne où le temps semble s’être figé. Mais le scénario tout comme le roman commence par la citation suivante : « Il y a un fort dans le Sud où, voici quelques années, un meurtre fut commis », ne laissant guère de doute sur le drame inéluctable qui sanctionnera une homosexualité impossible à assumer dans le contexte décrit par Carson McCullers. Si Huston était si fier de son travail, on peut penser que sa collaboration très fructueuse avec Brando alors jugé comme hors de contrôle y est pour beaucoup. En effet les deux hommes ont réussi à rendre toute la complexité de la situation mais aussi la souffrance d’un homme qui sans qu’on ne sache rien de son parcours antérieur, se trouve placé dans une situation inextricable comme écartelé entre l’image qu’il veut ou doit donner face à l’institution qui l’emploie et sa nature profonde. Elizabeth Taylor, Brian Keith et Julie Harris sont bien sûr des premiers violons remarquables face à un soliste et à un chef d’orchestre en parfaite osmose. C’est peut-être cette miraculeuse alchimie lui permettant de dévoiler une sensibilité dissimulée derrière tous les attributs d’une virilité souvent exposés notamment dans sa relation avec Humphrey Bogart qui a tant plu à John Huston dont le film est en outre magnifiquement photographié par Oswald Morris qui avait déjà travaillé à quatre reprises avec le réalisateur. Pour être en cohérence avec le titre du film, Huston et Morris avaient fait subir un traitement spécial à la pellicule pour obtenir une coloration mordorée devant accentuer le contraste entre les différentes atmosphères qui nimbent le film. Des séances test n’ont pas convaincu les spectateurs et la production a choisi de s’en tenir à la version traditionnelle. La coloration voulue initialement par Huston est désormais disponible en support DVD. Pour conclure sur Marlon Brando, ceux qui douteraient de son statut de plus grand acteur de tous les temps qui lui est encore parfois attribué peuvent se faire une idée en le regardant à l’œuvre dans « Reflets dans un œil d’or ».
Au-delà de l'aspect esthétique assez spéciale (première fois que je vois un film avec cette couleur), c'est dans son souci de centrer l'intrigue sur la psychologie et la profondeur de ses personnages que reflets dans un oeil d'or trouve à mes yeux sa force et son originalité. C'est étrangement aussi pour cette raison qu'il pourra en dérouter plus d'un car les protagonistes sont brossés de manière totalement dénudés comme on le voit rarement au cinéma. On sait dès le début qu'un meurtre a été commit, on ne sait pas sur qui, par qui et encore moins pourquoi, mais Huston nous fait un contré pied remarquable en nous permettant de côtoyer la victime et le meurtrier avec le même regard innocent, risquant même de s'attacher au dernier et de le comprendre avant qu'il ait commit l'irréparable, il ne s'agit pas de justifier le geste, mais de comprendre avant de juger, d'être à la fois l'avocat de la victime et du bourreau pour les voir dans tout ce qui constitue à la fois leurs part d'ombre et de lumière. Un film d'une humanité rare ! Brando, il n'y a pas de mots pour décrire à quel point il est déchirant dans ce film. Ça dépasse l'entendement !
Un grand drame avec des interprètes grandioses. Les personnages sont profonds, ambigus et névrosés. La qualité de la mise en scène est digne de John Huston et la photographie teinte en dorée est superbe. Une histoire envoûtante et mystérieuse.
Ca rappelle un peu "Tant qu'il y aura des hommes" : une vie de garnison médiocre et pathogène, une femme d'officier délaissée et cédant à l'adultère. Mais là les pulsions sexuelles perverses (fétichisme, masochisme, voyeurisme...) sont explicitement mises en scène. On a aussi de très beaux dialogues sexuellement allusifs, avec sens cachés parfois comiquement obscènes. Les supposées valeurs militaires sont très subtilement ridiculisées. L'action est aussi bien serrée et construite que dans une pièce de théatre. Brando en ganache rigide et complètement dépassée par ses pulsions fait une composition étonnante, totalement à contre emploi de son image. Bref c'est excellent.
J'ai vu ce film , il y a 25 ans, à l'époque j'étais très jeune et le sujet me troublait ..Le sujet oui, oui mais pas son traitement que je trouvais lourd, empesé et terriblement vieillot . Elisabeth Taylor en objet de désir, je n'y arrivais pas..Je voyais juste une femme rondelette, vulgaire , lourdement maquillée et trop vieille comme tous les autres personnages...25 ans plus tard, il m'apparait toujours aussi vieillot, aussi peu convainquant avec des clins d'oeil bien lourds aux désirs homosexuels de Brando (photo de statue grecque, soldat qui monte à crue nu etc) ..Mais surtout quel ennui ....
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1,5
Publiée le 8 juin 2021
Le film commence avec Brando dans le rôle d'un officier de l'armée. Sa femme a du mépris pour lui car il est impuissant et profondément renfermé. Elle a donc une liaison avec leur voisin un collègue officier. Quant à Keith sa femme (Julie Harris) elle est gravement déprimée suite à la mort de leur enfant et à tous ses moments avec leur domestique. Quant au domestique c'est un homosexuel efféminé qui gambade dans la maison pour le plus grand plaisir de sa femme qui aurait bien besoin d'une télévision ou de quelques livres. Ce film est-il bon ou le réalisateur John Huston est-il en train de se préparer pour son prochain film encore plus offensant. Malheureusement une fois que l'on a enlevé toute la valeur choquante il ne reste rien il n'y a aucune intrigue d'un grand intérêt et un gaspillage d'acteurs talentueux. Je n'ai aucune idée de ce que ce film essayait de dire si ce n'est que nous sommes tous hypocrites bien qu'il soit difficile de généraliser à partir de cette histoire puisque personne dans ce film n'agit comme quelqu'un d'un peu normal ou réaliste. C'est un raté bizarre mais un raté quand même...
Un très bon film d atmosphère la très désirable Liz Taylor quoique un peu fatiguante Marlon Brando tiraillé par ses désirs et ses pulsions homosexuelles dans l armée et à cette époque pas facile à aborder De très bons acteurs à vour
Avant de voir Reflets dans un œil d'or, j'avais vu quelques œuvres de John Huston, comme Les désaxés ou Le faucon maltais qui ne m'avaient pas conquis malgré une belle réputation, c'est donc le premier film de ce réalisateur que j'apprécie vraiment, enfin que j'adore tout simplement. Je peux comprendre qu'on n'apprécie pas ce film, c'est vrai qu'il ne se passe pas grand-chose, le rythme est lent, j'aurais pu trouver ça chiant moi-même, mais non ça m'a beaucoup plu. Je trouve aussi qu'adapter le roman de Carson McCullers au cinéma était tout sauf facile, c'est très difficile de captivé un spectateur avec une histoire sans aucune, ou presque, action, d'ailleurs ça se vérifie aujourd'hui puisque la grande majorité des nouveaux films sont essentiellement des comédies navrantes à humour grotesque ou des films d'actions bourrés d'effets spéciaux, vu que c'est-ce qui attire un large public. Les éléments qui m'ont le plus plu dans ce film, c'est la réalisation de John Huston, j'ai particulièrement adoré la scène de course du cheval, qui est magnifiquement filmée. Evidemment c'est impossible de ne pas parler de Marlon Brando, qui remplace Montgomery Clift disparu peu de temps avant le début du tournage, il est vraiment exceptionnel dans ce personnage d'homme impuissant, homosexuel refoulé, méprisant sa femme, qui oublie cela en prenant du plaisir avec des séances de musculation ou encore en battant un cheval pour une utopique virilité, un des plus grands rôles de sa carrière. La sublime Elizabeth Taylor, autre monstre sacré du cinéma, est également excellente et comme Brando est à la hauteur de sa réputation, en femme ne parlant presque plus à son mari et s'amusant à l'humilier. Brian Keith et Julie Harris sont très bons eux-aussi et forment l'autre couple de l'histoire, enfin pseudo-couple, tandis que Robert Forster complète ce casting avec un rôle bourré de dialogues, il doit bien avoir treize mots à dire en tout. Ce que j'ai adoré aussi, c'est qu'on comprend plus les personnages qu'ils ne se comprennent eux-mêmes, rien n'est expliqué, on ne voit pas un mélodrame, ce qui m'aurait à coup sur déplu, on rentre dans la psychologie des personnages, on assiste à la vie de quelques personnes et j'ai trouvé que c'était très réaliste. Je pense qu'on peut parler de chef-d'œuvre, même s'il est clair qu'il ne plaira pas à tout le monde.
Rythme languissant je dois avouer m'être assez vite ennuyé devant Reflets dans un œil d'or, je ne sais pas comment est le roman mais sa transposition à l'écran n'a pas donné lieu à une histoire qui m'a passionné. Le couple vedette du film est tenu par Elisabeth Taylor et Marlon Brando acteurs mythiques mais qui n'ont jamais fait parties à titre personnel du panthéon de mes acteurs fétiches, chacun d'eux est frustré d'ailleurs tout le monde l'est à degré varié dans ce film même ce saugrenu personnage joué par Zorro David (dont ce sera l'unique apparition au cinéma), je ne sais pas à quoi il sert mais je présume qu'il était dans le roman. J'ai vu Reflets dans un œil d'or dans la version voulue par Huston c'est-à-dire avec une image sépia rappelant le doré du titre, intéressant mais vite fatiguant si le film ne vous plaît pas, Huston est un réalisateur dont j'adore vraiment certains œuvres (son L'Homme qui voulût être roi est tout simplement l'un de mes 10 films préférés) mais d'autres me laissent de marbre et c'est le cas de celui-ci.
Ce titre ne m'était pas inconnu , évoqué dans les filmo des protagonistes concerné. Enfin je le vois, merci le Passvidéo d'Orange (private joke) . Brando a remplacé Montgomery Clift mais le personnage y a peut-être gagné en épaisseur et n'en reste pas moins ambigu dans ses intentions. Liz est très bien ,comme on se l'imagine. Robert Forster ,énigmatique , simple idiot ou vrai intrigant ? Un film envoutant ,dont la fin ne laisse pas indifférent... La scène de fin est intense ainsi que l'effet de caméra ... déroutant...
Je ne l'avais encore jamais vu. Homosexualité refoulée, dans l'armée américaine et dans les années 60, adultère, alcool, folie, tous les ingrédients pour un drame passionnel à l'ambiance lourde. Ça a plutôt bien vieilli, mais il faut donc remettre dans le contexte, très osé pour l'époque. Elizabeth Taylor et Marlon Brando sublimes, et Robert Forster dans son premier rôle. Étouffant et envoutant.
Film centré sur la solitude, les névroses ou encore la frustration sexuelle, "Reflets dans un oeil d'or" se distingue par les brillantes performances de Marlon Brandon, Elizabeth Taylor ou encore de celle de Julie Harris, mais aussi pour la brillante et élégante mise en scène de John Huston qui nous offre quelques séquences assez marquante, dont celle d'Elizabeth Taylor montant nue les escaliers qui se reflète sur la pupille d'un soldat.
Au sein d'une garnison militaire, au sein d'un milieu sclérosé, les soubresauts de deux couples fatigués par la routine et les faux semblants. John Huston avait l'œil aiguisé dans ce qui est une peinture sans concession des mœurs de personnages coincés dans les conventions. Désirs refoulés, adultère, voyeurisme, obsessions de personnages tournant en rond, le film est à la fois touchant et inconfortable. Chaque personnage dégage une certaine antipathie tout en ayant quelque de terriblement humain. Huston s'intéresse au poids du groupe sur l'individu. Dans le rôle d'un gradé à l'homosexualité refoulé, Marlon Brando rappelle a quel point il est un acteur fabuleux, Elizabeth Taylor s'avérant un pendant très honorable également, dans un rôle de femme à la forte sexualité . Grand film de Huston assez surprenant tant le réalisateur s'était fait plutôt connaître pour ses histoires de camaraderie virile.
Le nom du réalisateur John Huston et le casting avec en tète d'affiche Marlon Brando et Elizabeth Taylor me donnait envie de découvrir "Reflets dans un oeil d'or" datant de 1967 et j'en sors très déçu !! Une histoire assez étrange sur l'adultère, le voyeurisme et la jalousie dans une bas militaire des Etats-Unis ou un haut gradé instructeur supporte mal la tenue et le comportement de sa femme en remarquant un de ses élèves très bizarre ayant un regard vicieux sur cette dernière allant même la voir dormir dans sa chambre et faire du cheval à poil dans les bois. Ce genre de long métrage ne me dérange pas mais malheureusement, je me suis beaucoup ennuyé et j'ai trouvé le temps long. La mise en scène de John Huston n'est pas terrible, on croirait qu'il fait un exercice de style mais ça ne marche pas pour ma part. Brando, Liz Taylor, Julie Harris ou le jeune Robert Forster font ce qu'ils peuvent mais, personnellement, la mayonnaise ne prend pas.