On reconnaît bien là le style de José Giovanni, scénariste et dialoguiste sur Classe tous risques, qui adapte ici son propre livre. Le roi du polar s’inspire de son passé de gangster pour décrire au plus près la réalité du milieu. Il n’est pas question de mystifier le bandit, comme on le voit souvent au cinéma, mais de raconter ce que signifie réellement vivre en marge du système.
Le gangster, ou le bandit, est une grande figure mythologique française, et Giovanni, ancien du milieu, pourrait facilement la démystifier. Mais il n’en est rien. Au contraire, en racontant la réalité, il élargit la figure du gangster dans la fiction. C’est dans l’intime, dans le vécu, que l’on parvient à toucher à l’universel. Attention toutefois : bien qu’il y ait du vécu dans Classe tous risques, ce n’est pas un récit autobiographique, mais une fiction. Une fiction inspirée notamment du Mammouth, grande figure de la Carlingue pendant l’Occupation, que Giovanni a rencontré à la prison de la Santé.
Giovanni ne s’inspire pas du Mammouth pour juger ses actes, mais parce qu’il y a vu la matière d’un récit sur la loyauté et le changement d’époque. Et Claude Sautet, le réalisateur, a parfaitement capté cela. Sa mise en scène sèche, sans artifice, colle idéalement au sujet. Adepte de la Nouvelle Vague, il embarque sa caméra au cœur de la ville pour renforcer l’authenticité. Visuellement, le film se situe à la croisée d’une mise en scène élégante et du réalisme de la Nouvelle Vague, ce qui lui donne un rendu profondément tangible.
Lino Ventura livre ici sans doute l’une de ses plus grandes performances. Il est très touchant en père de famille aimant, comme en homme traqué et lâché par ses amis. Jean-Paul Belmondo, encore peu connu à l’époque, est déjà un charisme sur pattes, parfait dans le rôle de l’inconnu qui n’a rien à gagner mais choisit de rester loyal.
Classe tous risques est un film de gangsters à la fois tragique et profondément humain. Jamais le film ne juge ses personnages : il se contente de les suivre dans leurs galères, et c’est précisément ce qui le rend si touchant et étonnamment moderne. C’est un grand film.