Tout comme Joan Crawford avec "Johnny Guitare", sorti la même année d'ailleurs, Marilyn Monroe a également droit à son western, réalisé par Otto Preminger. Sauf que c'est beaucoup moins féministe, corrosif et pertinent. Eh oui, Crawford avait réussi à passer de sex symbol à actrice confirmée tandis que Marilyn, bin... reste Marilyn. Malgré un indéniable talent de comédienne, elle est toujours sous-estimée par les producteurs qui la voit comme un objet. Et c'est malheureusement ce qu'elle incarne dans ce film : un objet.
Pour filer la comparaison avec Crawford, cette dernière incarnait une impitoyable tenancière de bar tandis que Monroe incarne une chanteuse de cabaret. Qui court en plus après son mec pour aller accomplir ses désirs à lui dans une ville lointaine. Le ton est posé. Puis, avance l'intrigue et Marilyn change de "propriétaire". Eh oui, vu que c'est une femme et que nous sommes dans les années 50, elle reste avec l'autre homme, le véritable héros dans toute sa splendeur viriliste, et le fils de ce dernier car elle a l'instinct maternel. Et vu que c'est une femme et que nous sommes dans les années 50, elle fait la popote. Et ses fringues sont souvent mouillées ou déchirées.
Vraiment, même si ce film a acquis le statut de film culte, je n'ai pu m'empêcher d'y voir ce rapport homme/femme très manichéen et hollywoodien qui a terriblement vieilli. Et puis en plus, j'aime pas les westerns. Donc autant dire que les pseudos batailles entre cowboys et amérindiens, ça va bien cinq minutes. Heureusement, il n'y en a pas trop.
Mais paradoxalement, tel le radeau sur cette rivière sans retour, je me suis assez agréablement laissé porter par le film. Certes, ça ne raconte pas grand-chose si ce n'est un adultère sous-entendu sans en être un et puis, encore une fois, c'est problématique à plus d'un niveau (y'a aussi une tentative de viol vite passée sous le tapis) mais il est aussi très important de replacer le film dans son contexte.
Certes, cela n'excuse pas tout mais, en ayant ce recul, on peut apprécier l'objet filmique en tant que tel et puis le film bénéficie d'une mise en scène assez plaisante et maitrisée. Comme la scène finale, icônisant instantanément et définitivement Marilyn ! Avant qu'elle ne se fasse enlever par son nouvel amant bien viril et son fils qui a appris à devenir un homme entre temps grâce à une arme à feux. Ah ! Les années 50...