Un film très surprenant et très intense, revu en 2026, il possède un charme certain, presque envoutant. On navigue entre le film de mœurs, le polar et le film d’angoisse. Un style très lent, très épuré néo-Bresonnien , et une esthétique soignée. Il y a un côté surréaliste aussi, et on pense souvent à Luis Bunuel dans la deuxième partie, avec des clins d’œil évident à « Belle de jour » sorti un an plus tôt ; avec Stéphane Audran prenant la place de Catherine Deneuve .
Un thème aussi très « révolutionnaire » pour l’époque de cette femme bi-sexuelle, business woman, indépendante, complément affranchie des normes sociales, très Chabrolienne, mente religieuse à l’attraction fatale.
Bien sûr le film doit beaucoup à l’interprétation remarquable du trio : Stéphane Audran qui tient là probablement son plus beau rôle : élégante , envoutante , sensuelle , aux yeux de biche, maquillée comme une madone ,ultra chic en pantalon Y. St Laurent, . Trintignant , lui aussi excellent , qui sort un peu de son personnage habituel pour livrer une dose d’empathie plus rare chez lui , et la jeune Jacqueline Sassard qui ne fera pas une grande carrière au cinéma ( quelques films italiens de série B ) mais qui est parfaite ici , dans son rôle de sauvageonne perdue, perverse, mais très séductrice.
Le chassé-croisé entre les 3 personnages est très réussi, attraction, répulsion, séduction et haine. Une scène où les 3 amants se cherchent, se séduisent, se frottent est un must du genre, magnifiquement filmée par Chabrol , un érotisme bataillien incroyable, une scène culte, rien n’est montré, tout est suggéré , mais d’un érotisme torride, presque insoutenable, inégalée, à montrer dans les écoles de cinéma .
Esthétiquement c’est aussi un film très soigné, très créatif, sûrement un des plus rigoureux et « cinématographique » de Claude Chabrol. Il est à son apogée, il prend son temps de faire du beau cinéma, comme un vrai artisan ; .
Une bande son originale excellente de Pierre Jansen, compositeur attitré de Chabrol, son alter ego musical : lancinante, angoissante, oppressante qui accompagne parfaitement bien toutes les séquences de l’évolution du drama. Des cadrages excellents, au couteau, presque des tableaux, proche du surréalisme, et en cerise sur le gâteau des plans en extérieur dans le Saint Tropez de 1968, en hiver , encore sauvage, déserté, superbe.
Une œuvre majeure de Claude Chabrol, à redécouvrir.