Film d'animation de science-fiction français coécrit et réalisé par René Laloux, qui signe là son premier long-métrage, La Planète Sauvage est une œuvre atypique, d'une grande qualité. L'histoire se déroule sur la planète Ygam où vivent les Draags, une espèce d'humanoïdes mesurant douze mètres de haut, ayant atteint les plus hauts sommets de la connaissance. Leur existence s'écoule lentement, entièrement tournée vers la méditation. Leurs enfants raffolent de minuscules animaux familiers, les Oms, ramenés d'une lointaine planète dévastée, Terra. Une espèce considérée comme nuisible malgré le fait qu'ils admettent qu'elle soit intelligente et douée d'une faculté d'adaptation certaine. Mais lorsque certains spécimens parviennent à s'échapper et retournent à l'état sauvage, ils prolifèrent dans les parcs et volent les biens appartenant aux Draags. C'est ainsi que l'ont suit Terr, un bébé Om grandissant en captivité et parvenant à s'échapper. Ce scénario complexe, librement adapté du roman Oms en série de Stefan Wul, s'avère intrigant à visionner pendant toute sa courte durée d'une heure et dix minutes. On assiste pendant tout ce temps à un récit mature traitant de politique, de paix, d'esclavage et de révolte. Des thématiques très bien traitées via cette confrontation entre deux civilisations opposées où la place des humains est comparable à celle d'un animal de compagnie pour cette espèce dominante. L'univers crée est d'une grande richesse et d'une tout aussi grande inventivité. Le ton se veut adulte et questionne sur les conditions des différentes espèces. L'ensemble est porté par tout un tas de personnages appréciables appartenant aux deux camps. Des protagonistes qui entretiennent des rapports de domination et de soumission, soutenus par des dialogues profonds. Sur la forme, la réalisation du cinéaste français s'avère qualitative. Surtout, sa mise en scène évolue au sein d'un univers à la direction artistique singulière. Le dessin est véritablement unique et les coups de crayons aux teintes pastelles et colorées sont radieux. Les environnements sont particulièrement inspirés, tout comme les nombreuses créatures toutes plus étranges les unes que les autres peuplant ces lieux. L'animation utilisant le procédé de papier découpé est également original. Ce visuel déstabilisant est accompagné par une très bonne b.o. signée Alain Goraguer. Ses compositions tribales surprennent et dénotent un peu avec l'ambiance mais ses notes sont si plaisantes qu'elles finissent par coller avec les images. Cette aventure futuriste s'achève sur une fin réussie, bien que pas pleinement satisfaisante, venant ainsi mettre un terme à La Planète Sauvage qui, en conclusion, est un film d'animation méritant grandement d'être découvert.