Mon principal reproche n'est pas la violence qu'elle met en scène, mais la manière dont elle prétend la résoudre. La série présente le harcèlement et les violences scolaires comme une succession de cas individuels auxquels il suffirait d'apporter une réponse musclée. Un élève violent apparaît, un héros intervient, le problème disparaît. Cette mécanique fonctionne peut-être comme ressort dramatique, mais elle me semble profondément réductrice.
Les violences à l'école ne surgissent pas dans le vide. Elles sont le reflet de dynamiques sociales, familiales, culturelles et institutionnelles bien plus larges. Le harcèlement, les rapports de domination ou l'exclusion ne sont pas seulement le fait de quelques « mauvais élèves » : ils s'inscrivent dans un environnement collectif qui les produit ou les tolère.
Or la série choisit systématiquement l'approche inverse. Elle personnalise chaque problème et suggère qu'une intervention individuelle suffirait à rétablir l'ordre. Cette vision permet de construire des scènes d'action efficaces, mais elle évacue toute réflexion sur les causes profondes des violences qu'elle prétend dénoncer.
J'ai également été gêné par l'idée qu'un ancien militaire puisse accomplir ce que les enseignants seraient incapables de faire. Les enseignants ne sont pas là pour imposer leur autorité par la force, mais pour éduquer, accompagner et transmettre. Opposer ces deux rôles me paraît être une simplification excessive de la réalité scolaire.
Au final, j'ai eu l'impression de regarder une série d'action déguisée en réflexion sur l'éducation. Le spectacle est peut-être au rendez-vous pour certains, mais le traitement du sujet manque à mes yeux de nuance et de profondeur.
Mais le pire, c'est en arrivant au milieu de la série, le scénario se met à apologiser les corrections corporelles, faisant fi des droits des enfants (CIDE). On voit une prof battre avec une baguette les doigts d'une enfant et expliquer calmement que c'est la meilleure chose à faire pour l'éducation de tous. Tant qu'on y est, elle aurait pu aussi permettre l'exécution des enfants récalcitrants après torture dans la cour devant tout le monde.
Alors c'est sûr, en France, certains vont jouir de voir violenter les enfants. Pourquoi? Parce qu'ils se seront faits eux mêmes violenté dans leur famille, dans leur paroisse ou même à l'école. Et ils sont persuadés que c'est comme ça qu'on éduque, par la peur, la terreur. Stop! Vos traumatisme, soignez les chez un psy. Cassez la chaine de la violence. Sinon, ce seront à vos enfants de le faire. Des milliers de livres de sociologie l'ont démontré depuis très longtemps.
Et pour les autres qui sont juste content de voir du spectacle, pensez que des pédagogues d'extrême droite n'attendent que d'arriver au pouvoir pour mettre en place cette fiction dans la réalité. Quand vous retrouverez vos gamins en sang à la sortie de l'école juste parce que le prof sera mal luné, je ne suis plus très sûr que vous trouvez ça trop bien la violence institutionalisée.
À quand une série qui s'intéressera vraiment à l'école, à ses difficultés, à ses contradictions et à la complexité de sa mission éducative ?