Ça va être coton de ranger Tiger King (Au royaume des fauves en VF) chez les documentaires. Le film de Rebecca Chaiklin et Eric Goode joue sur plusieurs tableaux : true-crime, portrait atypique, tragédie humaine, immersion dans les parcs animaliers. Au final, on ne se risquera pas à grand chose à affirmer que l'œuvre est inclassable. Cela tient à une chose : Joe Exotic, le propriétaire over the top d'un zoo en Oklahoma.
Coupe mulet improbable, accoutrement bariolé, piercings et tatouages à tout-va, comportement imprévisible ; c'est peu de dire que le cowboy peroxydé est fou (croyez-moi, vous êtes loin d'imaginer le niveau). Les sept épisodes passés en sa compagnie ainsi qu'à celle de ses proches, partenaires ou concurrents (la plupart assez singuliers également) évoquent le passage dans la quatrième dimension. Faut-il en rire, en pleurer, s'en choquer ? Je dirais les trois à la fois, tant la somme de rebondissements et de révélations font l'effet d'uppercuts en plein estomac.
En creux, Tiger King dépeint la trajectoire d'un homme pétri de bonnes intentions rattrapé par sa nature égocentrique et manipulatrice, jusqu'à ce qu'elle détruise toutes ses belles idées. Ces adversaires ne seront pas absous, ne vous-y trompez pas. Carole Baskin (responsable d'un refuge animalier) semble plus morale, mais son comportement trahit une froideur authentique. De son côté, Bhagavan Antle, également à la tête d'un zoo, peut se montrer aussi odieux qu'un requin de la finance.
Quelle leçon tirer d'une telle histoire ? Que le combat opposant les défenseurs des animaux n'aura profité à personne, et surtout pas aux animaux.
Il n'est pas interdit de rire d'une telle ironie. Il est cependant fort probable qu'il s'accompagne d'une tristesse. Il me parait cependant limpide que le film aurait bénéficié a être plus ramassé et moins chaotique dans sa narration.