Avec une mise en scène somptueuse, des costumes et des décors qui brillent à l’écran, The Serpent Queen se distingue parmi les drames historiques. Samantha Morton incarne une Catherine de Médicis à la fois vulnérable et impitoyable, et parvient à donner à ce personnage reconnu pour sa dureté une profondeur inattendue. Le ton mêle finesse et cruauté (intrigues de cour, trahisons, séduction) avec un esprit mordant qui ne sacrifie pas l’émotion à l’ambiance. Certes, quelques libertés anachroniques et ruptures de ton viennent ponctuer le récit, mais elles ne viennent qu’ajouter à son originalité et à son audace. En bref : un spectacle riche, surprenant, à savourer.
Quant à Henri II, qu’on lui apporte le bonnet d’âne, non comme une moquerie de cour, mais comme un acte de justice symbolique. Qu’on le lui pose sur le crâne, à la place du heaume, pour rappeler que l’orgueil sans pensée n’est que la plus noble des ignorances. Le bonnet d’âne n’est pas ici une insulte, mais une couronne d’ironie : l’attribut des puissants qui ont cru régner alors qu’ils ne faisaient qu’obéir à leurs passions. Henri II n’était pas un monstre, ni un sot au sens populaire du terme. Il était ce que produit toute société de privilège : un homme privé d’apprentissage intérieur. Il avait la sincérité des âmes fermées, la droiture des coeurs dociles, le courage de ceux qui n’ont jamais compris le monde. Son éducation avait façonné un corps de roi, mais jamais une conscience de roi.
Sous son poids, Henri II retrouverait enfin la mesure de sa propre petitesse. Il apprendrait peut-être, dans cette humiliante parure, que la bêtise du pouvoir n’est pas un défaut d’esprit, mais une maladie du coeur : l’incapacité de se voir tel qu’on est. Qu’on lui apporte donc le bonnet d’âne, comme on apporterait à un soldat sa médaille ou à un martyr sa couronne : qu’il le porte non pour sa honte, mais pour notre mémoire. Car chaque siècle, pour avancer, a besoin de ses rois d’aveuglement. Ces figures qui, par leur étroitesse, montrent ce que l’intelligence aurait pu sauver. Henri II restera de ceux-là : un roi sincère, loyal, pieux, et pourtant vide ; un homme à qui l’histoire n’a laissé que le bruit creux de son armure et le sifflement d’une lance perdue. Ainsi, qu’on lui pose le bonnet d’âne sur le front, et que l’on écrive dessous : "Ci-gît un roi qui régna sans comprendre, et mourut sans savoir pourquoi."