De la vie de George Sand, les auteurs ont piqué au vol quelques faits saillants pour brosser une série épique, manière capitaine Fracasse, avec ou sans jupon, sur une rebelle féministe telle qu'on se l'imagine deux siècles plus tard.
Problèmes : le scénario lui-même tord les faits et la réalité historique à son seul profit (le couple était séparé de commun accord bien avant que le baron perde ses nerfs - il y eut 3 procès actant surtout les conditions de la séparation - Solange fut enlevée par son père bien après le jugement, etc.). Mais surtout, Aurore Dupin n'avait ni le physique, ni les manières, ni le ton enflammé, ni les grandes enjambées de son interprète, Nine d'Urso, dont le choix est une erreur de casting pure et simple. Difficile d'imaginer, sous cette grande fille fébrile, au visage creux, la "vraie" George Sand, petite (1m58) comme les femmes d'alors, plutôt potelée, aux grands yeux andalous et à la personnalité complexe, fusionnelle avec ses enfants, maternelle avec ses compagnons, généreuse avec ses amis et plutôt indifférente aux ragots, à la fois rêveuse romanesque, esprit libre, de nature joyeuse, ouverte à tout, avide de nature, voyages, découvertes, mais solitaire et sédentaire dans l'écriture, en perpétuel questionnement et observatrice réaliste des événements de son époque bouleversée, des mœurs et comportements de ses contemporains, mais d'un pragmatisme implacable face aux contingences de la vie, car à Nohant comme à Paris, c'est elle qui faisait bouillir la marmite !
Du procès qui mit un terme aux louvoiements de M. Dudevant, elle devait plus tard constater que "l’indissolubilité du mariage n’est possible qu’à la condition d’être volontaire, et, pour la rendre volontaire, il faut la rendre possible. Si, pour sortir de ce cercle vicieux, vous trouvez autre chose que la religion de l’égalité de droits entre l’homme et la femme, vous aurez fait une belle découverte."
Pour autant, en faire une héroïne rebelle est une interprétation pour le moins abusive ! La liberté, l'autonomie étaient le terreau naturel de son éducation, mais sa tempérance la portait au respect, à la compréhension, à la recherche de solutions, sûrement pas à la rébellion !