Les frères Matt Duffer et Ross Duffer ont encore frappé. Et franchement… quel plaisir de retrouver cette patte-là. Cette façon presque oubliée de filmer l’aventure, l’étrange et la science-fiction avec des yeux d’enfant émerveillé et un cœur d’adulte nostalgique.
Avec The Boroughs : Retraite rebelle, on replonge immédiatement dans cette vibe très Spielberg des années 80, ce parfum de vélo rouillé, de néons fatigués, de mystère cosmique et de bande improbable embarquée dans quelque chose qui les dépasse complètement. Et honnêtement, ça manque énormément dans les productions actuelles.
La série se dévore presque d’une traite. Elle n’a pas de grandes prétentions philosophiques ou pseudo-intellectuelles, et c’est précisément ce qui la rend attachante. Elle raconte son histoire avec sincérité, avec énergie, avec amour du genre. Oui, l’inspiration de Cocoon saute parfois aux yeux — difficile de ne pas y penser — mais le scénario prend une direction différente. Ce n’est pas du copier-coller, c’est une parenté d’ambiance. Une même tendresse pour des personnages âgés qui refusent doucement de devenir invisibles. Et on adore ça.
Le vrai cœur de la série, ce sont eux : ces septuagénaires complètement improbables, drôles, cabossés, humains. Les acteurs sont excellents justement parce qu’ils ne cherchent jamais à “jouer le cool”. Ils existent naturellement. On prend le temps de les aimer, de rire avec eux, de les regarder s’embrouiller comme une vieille bande de potes qui aurait accidentellement ouvert une porte vers autre chose. Et cette humanité-là fait énormément de bien.
Les frères Duffer montrent encore leur immense culture de la science-fiction, mais surtout leur passion sincère pour elle. Il y a d’ailleurs un petit easter egg que beaucoup ne remarqueront probablement pas : l’échange entre Sam et sa fille “À plus ma petite puce.” / “À plus tard gros lézard.” rappelle énormément la relation entre Rachel et Saul Weintraub dans la sublime saga Les Cantos d'Hypérion de Dan Simmons. Et là, impossible de ne pas sourire comme une vieille lectrice de SF qui reconnaît un clin d’œil discret entre passionnés. D’ailleurs, plus j’y pense, plus je me dis que les Duffer seraient peut-être les rares aujourd’hui capables d’adapter Hypérion sans lui enlever son âme.
Et puis il reste tous ces mystères délicieux.
Qui est réellement “Maman” ? D’où vient-elle ? Que se passe-t-il exactement avec Sam dans cette scène finale étrange face au miroir ?
Les Duffer laissent juste assez de zones d’ombre pour nourrir l’imagination sans frustrer complètement. On reconnaît bien là leur façon de raconter : ils aiment les réponses… mais ils aiment encore plus les frissons qu’il y a juste avant.
Au final, The Boroughs : Retraite rebelle n’est peut-être pas une série révolutionnaire. Mais elle possède quelque chose de plus rare aujourd’hui : une âme. Une vraie.
Et parfois, c’est largement suffisant pour embarquer tout le monde dans l’aventure.