Inconsolable depuis la mort de sa femme, Sam est amené par sa fille et son gendre dans un village résidentiel de retraités en plein milieu du désert: The Boroughs. Bien loin des décors lugubres d'un vulgaire EHPAD, le lieu à tout d'une amorce au paradis pour des personnes âgées venues y finir paisiblement leurs jours entre parties de golf et barbecues avec ses voisins.
Placé ici contre son gré, Sam a du mal à s'adapter à cette nouvelle vie et, surtout, à surmonter la douleur de son deuil. Heureusement, l'accueil chaleureux de Jack et de son groupe d'amis, habitants du quartier, lui fait quelque peu oublier son chagrin.
Mais, un soir, Sam est témoin d'une situation qui dépasse l'entendement, révélatrice de sombres secrets derrière la façade de rêve entretenue par The Boroughs...
La simple mention du nom des frères Duffer comme producteurs de "The Boroughs" suffirait presque à ranger la série comme un "Stranger Things" version retraités et... il est vrai qu'il y a un peu de ça, même si, évidemment, "The Boroughs" est plus dans l'inspiration de certains productions Amblin de la grande époque (on y ajoutera forcément le "Cocoon" de 1985 et sa suite) que dans le décalque bien plus littéral de leur esprit et de références 80's au sein du hit de Netflix récemment terminé. On y retrouve en effet la même forme de sincérité naïve qui en émanait (sans que cela soit péjoratif à aucun moment) pour traiter de personnages aux failles universelles attachantes, lancés dans la résolution d'un mystère fantastique pensé en vue d'en épouser les contours et, bien sûr, ici, plus particulièrement consacrés aux affres de ceux qui arrivent au crépuscule de leurs vies.
Là-dessus, "The Boroughs" fait un carton plein de moments vraiment touchants, que cela soit par le difficile retour à la surface malgré la disparition de son âme sœur à travers son héros (et auquel répond parfaitement les têtes du clan antagoniste voulant faire survivre un amour que la force des choses ne devrait plus permettre), le coup de poignard en plein coeur que représente la trahison de celle que l'on croyait faite pour vivre à jamais à ses côtés, l'inéluctabilité de sa propre mort à venir, un enfant qui ne comprend plus son plus proche parent ou encore les étincelles d'un amour naissant faisant fi des années... Cette principale corde sensible de la série fait des merveilles sur la palette de questionnements existentiels qui assaillent des personnages conscients de l'arrivée de leurs propres fins et engendre ainsi une des plus belles complémentarité de groupe que l'on ait vue depuis un moment, où chaque individualité trouve presque logiquement une raison d'être dans le regard ridé de l'autre pour se soutenir dans l'adversité.
De surcroît, "The Boroughs" peut se targuer d'avoir trouvé le casting vieillissant idéal afin d'exalter ce cœur émotionnel constant: Alfred Molina en tête, Alfre Woodard, Denis O'Hare, Clarke Peters, Geena Davis, le voleur de scènes Bill Pullman ou encore Jane Kaczmarek (sans oublier les petits "jeunes" Jena Malone, Rafael Casal et les "vilains" Seth Numrich et Alice Kremelberg, cette dernière crève d'ailleurs l'écran à chaque apparition). Tous élèvent de façon incontestable la série jusqu'à lui donner une âme qui ne serait clairement pas la même sans eux.
En effet, si l'on en restait juste à l'énigme stricto sensu qui gouverne "The Boroughs", réponse extraordinaire (et toute même bien conçue) aux préoccupations des protagonistes vis-à-vis de leur grand âge, il faudrait bien reconnaître que, passé ses manifestations très intrigantes des premiers épisodes, celle-ci faiblit au fur et à mesure que le voile entretenu sur elle se lève, entraînant la série vers une résolution hélas trop convenue, où seul subsiste cet attachement savamment créé envers sa petite bande de résidents qui continue à la porter à la fois en chœur et en individualités pour y trouver une forme de guérison à ses maux internes.
Pas exempte d'un formatage Netflix trop entendu et redondant sur ce point donc, où même la petite porte laissée ouverte vis-à-vis d'une éventuelle deuxième saison laisse un arrière-goût d'obligation, "The Boroughs" n'en reste pas moins une série (qui mériterait de rester juste une minisérie) retrouvant quelque peu la magie et l'innocence d'une époque révolue grâce à un casting investi au service d'une belle et poignante ode au troisième âge et des fragilités de cœur laissées dans l'ombre de celles des corps.
"La tragédie de la vieillesse n'est pas d'être vieux, mais d'être jeune. À l'intérieur de ce corps vieillissant se trouve un cœur toujours aussi curieux, aussi affamé, toujours aussi plein de désir que dans sa jeunesse..." disait Camus, la série ne pouvait pas le souligner de plus belle manière.