"How do you remake your reputation with the dead ?"
Avec un casting et une équipe technique très peu modifiés, ce qui relève d'un petit exploit pour une suite réalisée neuf ans plus tard, Wolf Hall déroule les mêmes codes visuels et scénaristiques, hommage aux vieilles séries historiques de la télévision publique, lenteur parfois étouffante, caméra à l'épaule, jeu d'ombres et lumières, musique d'époque parfois parasite, photo remarquable et intelligence dans les rapports de force présentés avec un calme paradoxal et cynique où les seuls mouvements sont ceux des regards et des destinées.
Une fois que l'on est rentré dans l'ambiance de la première saison, la seconde permet d'appréhender toutes les subtilités d'une réalisation qui s'est affirmée et d'une interprétation qui, malgré quelques changements de distribution parfois déroutants par manque de ressemblance et de type de jeu (Norfolk et l'évêque Gardiner, principalement), portée par une musique beaucoup moins envahissante. Là où Mark Rylance affichait un visage identique en toute circonstance, il épouse cette fois toute une palette d'émotions, en phase avec l'accumulation de désillusions qu'il subit, comme en témoigne son rapport aux fantômes du passé, la lente construction d'une prison de remords et de regrets.
Au final, Wolf Hall s'apparente plus au théâtre existentiel et introspectif de la seconde moitié du XXème siècle qu'aux séries shakespeariennes ou à celles plus récentes et plus spectaculaires façon Les Tudors beaucoup plus cinématographiques, l'itinéraire de Cromwell étant décrit comme celui d'un intellectuel, né du peuple (ce qui n'est historiquement que partiellement vrai) et s'élevant au mérite, acceptant le jeu trouble du pouvoir, auteur et victime de l'arbitraire de la Cour et des luttes d'influence plus que du Roi lui-même. On n'est pas très loin du Becket d'Anouilh ou de l'absurde camusien, plus encore dans le tout dernier épisode, magistral d'intelligence.
"You people, what will you do without me ?"