Pour moi, Ed Gein est la meilleure des trois saisons de Monstre. L’interprétation des acteurs est tout simplement remarquable : ils sont justes, puissants, profondément crédibles. On y croit à chaque instant. La réalisation, elle aussi, est d’un très haut niveau. On plonge littéralement dans la folie — la folie pure.
Le personnage de Gein, fou, halluciné, schizophrène, est exploré avec une intensité rare. La série parvient à rendre palpable ce vertige intérieur, sans tomber dans le sensationnalisme. Il y a certes quelques passages de gore, mais cela reste mesuré, cohérent avec l'histoire de personnage.
On peut relever quelques libertés scénaristiques par rapport à l’histoire réelle d’Ed Gein, mais elles demeurent mineures. Après tout, les archives sur cet homme sont limitées, et les ajustements servent davantage à la mise en scène qu’à la trahison du réel.
J’ai particulièrement aimé les transitions vers les films cultes inspirés de son histoire. C’est une idée brillante : montrer à quel point la culture populaire s’est nourrie — parfois jusqu’à l’excès — de ces faits divers et de cette folie. La série souligne justement que nombre de classiques de l’horreur trouvent leur source dans cette histoire, même si tous ne sont pas cités.
Certains spectateurs ont moins apprécié cette dimension autour d’Ed Gein. Moi, au contraire, je la trouve essentielle : cet homme, malgré l’horreur de ses actes, a influencé de façon tragique et fascinante tout un pan de la culture.
La dernière partie de la saison m’a particulièrement marquée. Elle aborde frontalement la pathologie mentale, la schizophrénie, les hallucinations et les délires psychotiques. La scène finale, avec Charles Manson, Ted Bundy etc.. et cette danse autour de lui, a choqué certains — mais moi, je l’ai trouvée magistrale.
Elle illustre à merveille ce moment de passage entre vie et mort, cette montée d’endorphines qui rend tout lumineux et presque euphorique. Et puis, cette ronde de tueurs autour de lui, c’est symbolique : ce sont ses « héritiers », ceux qu’il a inspirés, comme une macabre reconnaissance. Lui qui cherchait à être vu, reconnu — il l’est enfin, d’une manière terrible, mais cohérente avec toute sa trajectoire.
Je pense que beaucoup n’ont pas saisi cette dimension métaphorique, presque poétique, de la fin. Et c’est dommage, car Ed Gein n’est pas seulement une série sur un tueur : c’est une plongée dans les tréfonds de l’esprit humain, et dans le miroir dérangeant que la société tend à sa propre fascination pour la folie.
Enfin, on reconnaît très bien la patte de Ryan Murphy dans la réalisation : ce sens du rythme, de la beauté morbide, du malaise élégamment mis en scène. Ed Gein m’a beaucoup fait penser à la saison 11 de American Horror Story, NYC — même atmosphère poisseuse, même esthétique froide et sensuelle, où la folie et la solitude se mêlent dans une chorégraphie visuelle d’une intensité rare.