soniadidierkmurgia
19 abonnés |
Lire ses 851 critiques
|
5 - Chef d'oeuvre
Robert Mulligan aura été un metteur en scène relativement peu prolifique avec seulement 20 films à son actif en presque 40 ans de carrière. Son cinéma se caractérise par une extrême sensibilité et une tentative permanente pour percer les mystères de l'enfance, qui n'est pas pour Mulligan un passage obligé, mais un vaste continent toujours à explorer. Il aura enchaîné les collaborations, souvent doubles, avec des acteurs aussi différents que Tony Curtis, Rock Hudson, Steve Mac Queen Gregory Peck, Richard Gere, James Caan ou Robert Redford. Avec « Du silence et des ombres » qui est l’adaptation du roman de Harper Lee « Ne tirez pas sur l’oideau moqueur » prix Pulitzer 1961, il réussit le tour de force d’un film tout àl a fois onirique et à forte portée sociale et politique. Maycomb, village imaginaire de l’Etat d’Alabama inspiré de Monroeville où Harper Lee vécut son enfance aux côtés de son père ,est au détour des années 30 fortement marqué par la pauvreté née de la dépression de 1929. Malgré tout, les habitants à force de solidarité arrivent à mener un vie harmonieuse et plutôt heureuse. C'est cette douceur de vivre qui nous est contée dans la première partie du film avec les aventures des enfants d'Atticus Finch avocat humaniste qui élève seul sa marmaille avec l'aide d'une gouvernante noire. Mais tout comme les enfants qui ont peur d'Arthur "Boo" Radley (Robert Duvall )- jeune homme autiste séquestré par ses parents - les habitants blancs du village vivent en marge de leurs voisins de couleur encore appelés "nègres". Mulligan établit un parallèle intéressant entre le racisme ordinaire et les peurs irraisonnées de l'enfance liées à la méconnaisance. Atticus Finch en défendant le jeune noir accusé à tort du viol d'une jeune femme blanche sans doute victime d'inceste de la part de son père, joue le rôle de pont fragile entre les deux communautés. Cette fois encore il échouera à faire entendre la voix de la minorité à une époque où les noirs doivent encore monter à l'arrière des bus. Gregory Peck avec la sobriété qu'on lui connaît, apporte toute l'humanité nécessaire à cette figure tutélaire de la lutte pour l'égalité des hommes. Atticus Finch est devenu le héros de cette lutte tant il fallait du courage pour s'opposer à la bétise humaine renforcée par les théories scientifiques des Gobineau et Vacher de Lapouge qui au XIXème siècle ont tenté de donner une caution scientifique à l'inacceptable. Mulligan conclut admirablement sa démonstration en donnant le rôle du justicier à l'autiste sur lequel les enfants projetaient toutes leurs peurs, qui les sauvera des coups de couteau du père indigne évoqué plus haut. Un film admirable en faveur de la tolérance qui devrait être montré dans tous les collèges pour enseigner que l'ouverture aux autres reste le meilleur garant d'une vie pleinement réussie. A noter que l'atmosphère du film a été reprise en grande partie par Jon Avnet dans "Les beignets de tomates vertes" film culte des défenseurs de la cause lesbienne.
Ajoutée le 16 oct. 2011 à 17h05
Signaler un abus