Maqroll
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5 - Chef d'oeuvre
Démarquage du Roi Lear de Shakespeare dans le Japon du XVIe siècle, Ran est une épopée énorme contant les malheurs et la déchéance jusqu’à l’anéantissement total d’une famille marquée par le sang et la mort… La scène inaugurale, dans la plus pure tradition du théâtre nô ouvre superbement le film par la confrontation du vieux roi Hidetora et de ses fils. Elle est suivie d’une scène de bataille terrible et d’autant plus oppressante qu’on n’en perçoit aucun bruit et qu’elle est seulement accompagnée d’un fond musical qui se révèle un tragique contrepoint. Des scènes de famille d’une force inouïe se succèdent où sont passés en revue tous les pires sentiments de l’humanité. Les portraits parallèles des deux brus du vieux roi sont d’une justesse psychologique saisissante, opposant Dame Kaede, sorte de Lady Macbeth implacable et cruelle dans son désir de vengeance, et Dame Sué, qui a trouvé sa voie dans le bouddhisme. Œuvre noire, œuvre de fin de carrière et de vie, Ran affiche un pessimisme foncier qui trouve son point culminant dans la diatribe finale du bouffon Kyoami à l’encontre des dieux… La réalisation est d’une virtuosité continuelle avec une recherche incessante sur chaque plan, chaque cadrage, les couleurs, les sons, les bruits… Jamais peut-être la guerre n’avait été filmée de cette façon réaliste et implacable, belle comme la mort (les armées d’arquebusiers qui déciment les troupes du seigneur arrogant et sûr de sa force). Le miracle est la façon dont Kurosawa rend compte de la grandeur shakespearienne et de son contenu tout en inscrivant ce film dans son discours personnel et même intime (voir notamment les dialogues entre le roi et son bouffon). La fin touche au sublime alors même que le dénouement de cette terrible histoire est suggéré et non montré, la représentation imaginaire atteignant des sommets bien plus élevés que celle de la réalité.
Ajoutée le 25 sept. 2011 à 19h57
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